16 avril 2020

Temps de lecture : 3 min

Salariés « non essentiels » : réussir sa reconversion en s’inspirant de 4 métiers d’antan

Le mois dernier, le gouvernement a invité les salariés des « secteurs économiques essentiels » à continuer de travailler. De quoi couvrir d’opprobre certains actifs qui jugeraient leur activité professionnelle non indispensable au fonctionnement du pays. Si votre métier vous semble effectivement superfétatoire et qu’une reconversion vous tente, voici quatre métiers jadis populaires qui pourraient retrouver leur notoriété.

Le mois dernier, le gouvernement a invité les salariés des « secteurs économiques essentiels » à continuer de travailler. De quoi couvrir d’opprobre certains actifs qui jugeraient leur activité professionnelle non indispensable au fonctionnement du pays. Si votre métier vous semble effectivement superfétatoire et qu’une reconversion vous tente, voici quatre métiers jadis populaires qui pourraient retrouver leur notoriété.

Le confinement est une épreuve qui questionne ce qui constitue notre identité une fois son versant professionnel écarté. À la célèbre question « Tu fais quoi dans la vie ? », on ne pourra bientôt plus se défausser en invoquant notre seule activité professionnelle. Que l’on soit en chômage partiel, en télétravail ou à l’orée d’un licenciement économique, l’isolement nous invite à réfléchir sur les représentations sociales que nous construisons lorsqu’on passe 50h par semaine derrière un bureau.

Un recul salutaire qui permettra peut-être d’entrevoir les éventuelles pertes de sens de nos métiers, mais aussi de nous interroger sur les activités qui mériteraient le plein investissement de nos forces d’action. À plus forte raison lorsque l’urgence climatique et l’injonction à décroitre insufflent un retour anthropologique au local. Un secteur d’avenir qui pourrait ressusciter de nombreux métiers d’antan.

Le laitier, gardien de la consigne

Vous avez vu une vidéo Brut sur les ravages qu’a la sédentarité sur l’espérance de vie et vous souhaitez vous reconvertir ? Optez pour devenir laitier ou brasseur, des figures incontournables des villes et villages de France jusqu’aux années 60. À l’époque, l’absence de réfrigération électrique et d’emballage jetable était notamment substituée par des ramasseurs de lait chargés de remplir chaque jour les cruches des habitants du village.

En plus d’un lien social quotidien qui donne du sens à sa profession, le laitier était chargé de récupérer les bouteilles consignées de la veille. Idem pour le livreur de bière chargé de remplir les écuelles – évidemment réutilisables – des ouvriers. À l’heure où l’usage du plastique jetable est devenu le symbole des dérives de la société de consommation, un tel mode de distribution par consigne pourrait offrir à ses métiers de livraison populaire une seconde vie. De préférence sans statut d’auto-entrepreneur.

Rémouleur, l’artisan en guerre contre l’obsolescence

Le métier de rémouleur consistait à affûter des objets tranchants sur une petite meule ambulante. Couteau, hachoir, ciseau, faucille et même des épées et poignards passaient entre les mains de ces affûteurs professionnels. Les rémouleurs se déplaçaient en petite charrette, brouette ou ramoulette. Ils s’arrêtaient à chaque coin de rue en agitant une clochette pour alerter de leur présence. Ce métier de naguère n’a pas complètement disparu : il reste plusieurs rémouleurs en campagne française qui utilisent des meules électriques embarquées dans des véhicules utilitaires. Il en resterait même cinq à Paris.

Au-delà du lien social, ce métier lutte contre l’usure des objets et favorise la durabilité des outils. Les rémouleurs étaient de pertinents exemples de soutenabilité de l’économie. Face à l’abondance d’objets pas chers et de mauvaise qualité qui saturent les étalages de nos magasins, la réparation est un moyen efficace d’endiguer la surproduction et les pollutions qui en découlent.

Lecteur public, le conteur d’histoire

Durant l’âge d’or de la période industrielle, les ouvriers travaillaient plus de 10 heures par jour. Les registres indiquaient parfois des cadences pouvant atteindre 12h à 16h de travail dans une seule et même journée, un rythme répété généralement six jours par semaine. Cette cadence insoutenable conduisait les héritiers de Sisyphe à se cotiser pour payer un lecteur public. Un lecteur professionnel chargé de lire à voix haute divers ouvrages pour divertir les ouvriers en pleine besogne. Les textes lus étaient divers : publication syndicale, journal du jour, court récit… Tout était bon pour irriguer les oreilles d’une classe sociale aliénée et dépossédée de ses moyens de production.

Aujourd’hui, l’isolement des personnes âgées en EPHAD et l’individualisme ambiant de nos espaces publics offrent au lecteur public une nouvelle chance : agir comme catalyseur social en luttant contre le repli sur soi. La situation est urgente : selon la Fondation de France, 12% de la population française souffrirait de solitude en 2014.

Réveilleur, l’horloge de la ville

Il s’agit d’un des petits métiers parisiens d’antan qui a existé jusqu’aux années 70. Rendu obsolète par l’invention du réveil mécanique, le travail des reveilleurs et réveilleuses était de réveiller le matin les ouvriers pour qu’ils soient à l’heure au travail. Pour y parvenir, ces derniers n’hésitaient pas à crier, siffler, lancer des cailloux, jouer de la trompette… Il s’agissait d’être créatif sans être intrusif puisqu’il était interdit de s’introduire chez la personne concernée.

En Angleterre et en Irlande, ceux qu’on appelait les « knock-uppers » utilisaient un long bâton en bambou et un petit bâton à lancer pour atteindre les fenêtres les plus hautes. Ce métier pourrait retrouver ses lettres de noblesse le jour où nous n’aurions plus d’électricité pour alimenter notre réveil-matin. Un scénario probable d’après les collapsologues dont l’étude porte sur les risques d’effondrement de la civilisation industrielle.

Salas Romain

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