10 juillet 2013

Temps de lecture : 2 min

Les ruines de Detroit: terreau fertile pour la créativité

Hier à l'agonie, Detroit, Do-It-Yourself city, préfigure la société de demain.

 

Qui ne connaît pas l’incroyable histoire de Sixto Rodriguez, relayée par le documentaire oscarisé, Searching for Sugar Man ? Un chanteur américain dont la carrière éphémère aux Etats-Unis le plonge dans l’oubli, alors même qu’il devient une icône en Afrique du Sud. Son come-back plus de 30 ans plus tard, n’est pas sans rappeler l’histoire de sa ville natale : Détroit.

Detroit ou comment l’inventivité et la créativité des habitants permettent de sortir de l’impasse.

Si le chômage, la corruption, l’endettement et les tensions communautaires sont le quotidien des habitants de Detroit, concerts, expos, fêtes et gastronomie sont aussi de la partie !

Un élan créatif inégalé anime Détroit depuis les années 40. Il n’est pas le fruit d’une politique gouvernementale volontariste mais celui de l’acharnement des habitants, les « doers » (ceux qui font). Symboles de la résistance moderne, ils n’attendent pas qu’on leur tende la main pour se relever et créer.

L’ancienne « Motor city » n’a cessé de voir émerger de grandes figures de la scène artistique, notamment musicale. De la soul au garage rock en passant par la techno, le rap ou la folk, tous les styles de musique sont représentés à Detroit entre la Motown, Eminem, Sonic Youth, The White Stripes ou Derrick May. La population n’est donc pas en reste quand il s’agit d’écouter de la bonne musique à domicile. Et les concerts privés des groupes les plus prisés rassemblent des gens venus de tous les Etats-Unis.

Comme dans le Berlin des années 90, les habitants prennent possession des ruines pour en faire des lieux de vie et de création. Les immeubles abandonnés servent de lieux d’exposition à des galeries alternatives où l’on donne l’opportunité aux artistes émergents de montrer leur travail. Les vélos remplacent les voitures, des bars, restaurants et magasins branchés ont désormais pignon sur rue. Un petit air underground qui plait, à tel point que l’immobilier connait une hausse jamais égalée depuis des dizaines d’années.

La gastronomie est aussi un des points forts de Detroit : les milliers de potagers bios ayant poussés sur les vestiges de l’industrie automobile fournissent aujourd’hui les plus grands restaurants de la ville. La mention « cultivée à Detroit » est une marque de qualité qui booste les exportations dans tout le pays.

Entre incubateurs et pépinières, de nombreuses initiatives encouragent les entreprises à s’installer à Detroit : « It’s startupville ». À titre d’exemple, le « Detroit Creative Corridor » met à disposition des infrastructures pour des jeunes voulant développer des entreprises liés au cinéma, à la mode, au design ou à l’architecture. Autrefois fuie par les investisseurs, Detroit les accueille aujourd’hui de plus en plus nombreux, pour des projets toujours plus innovants et créatifs !

C’est donc dans et par la crise qu’émerge le renouveau, le « nouveau départ ». A Detroit, l’effervescence est plus que palpable, elle se vit, se partage, elle nait d’une chose essentielle qui ne se mesure aucunement dans la vitalité économique d’une cité et qui est la condition fondamentale de la création : le talent.

Louise Gigon
Rubrique réalisée en partenariat avec La Société Anonyme

La rédaction

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