27 octobre 2014

Temps de lecture : 3 min

La revue INfluencia : Le marché plus fort que la grande distrib ?

La nostalgie du marché de la place du village ne s’est jamais aussi bien portée. Les nouveaux commerces (de bouche) lorgnent tous sur ce modèle de convivialité et de dialogue ; la recherche de la qualité des produits passe par la communication et l’esprit de quartier. Alors causons un peu !

La nostalgie du marché de la place du village ne s’est jamais aussi bien portée. Les nouveaux commerces (de bouche) lorgnent tous sur ce modèle de convivialité et de dialogue ; la recherche de la qualité des produits passe par la communication et l’esprit de quartier. Alors causons un peu !

Pourquoi aimons-nous tant faire le marché ? Pourquoi n’ont-ils jamais disparu et aujourd’hui ont-ils une telle cote ? Pourquoi servent-ils de modèle dans le développement de nouveaux types de commerces  ? Pourquoi ? Les produits frais de saison (pas toujours malheureusement) ? Les bonnes affaires possibles (pas forcément) ? La sortie dominicale (on peut trouver autre chose) ?… Il est surtout plus plaisant de rencontrer et discuter avec un producteur de légumes plutôt que de passer sa commande de surgelés depuis son ordinateur.

Les marchés alimentaires ont toujours été un lieu d’échange propice aux discussions et aux rencontres, jouant un rôle économique et social important dans les communes et les villes. C’est un fait. On va au supermarché, on fait le marché… Petites phrases anodines, s’il en est, qui révèlent cependant l’état d’esprit du consommateur face à l’idée de « faire ses courses ». L’anonyme et froid exercice de parcourir les allées d’un supermarché ne peut remplacer la balade joyeuse au milieu des étals d’un marché ; produits frais, ambiance bruyante, couleurs vives, les souvenirs d’enfance sautent aux yeux du consommateur qui, panier en main, se retrouve directement face au vendeur qui normalement connaît sa marchandise ! Et la discussion s’engage.

Discutons des produits !

Le produit frais se discute et les marchés sont faits pour cela. Parler de « terroir » et vous ravivez la flamme du marché du village ! Les restaurateurs l’ont compris. Yannick Alléno, le grand chef triplement étoilé, vient d’ouvrir son second « Terroir Parisien » près du quartier de la Bourse à Paris. Un bistrot canaille qui fait la belle part aux produits du terroir de l’Ile-de-France que l’on peut déguster juché sur des tabourets autour d’un îlot central ou emporter…

À quelques pas de là, la rue du Nil, sous l’impulsion du restaurant Frenchie, accueille maintenant l’équipe de « Terroirs d’Avenir » soit un primeur, un fromager, un poissonnier et un boucher. Quatre commerces liés par la qualité des produits (on ne sert que le meilleur) qui jadis ne servaient que les restaurants d’auteurs parisiens (Septime, Galopin, etc.). Grâce au duo Alexandre Drouard et Samuel Nahon, ils proposent le meilleur de la production artisanale de la région aux passants. Vous allez d’un commerce à un autre pour discuter et choisir vos produits rigoureusement sélectionnés par des passionnés. On ne va plus au marché par habitude, on y va pour trouver le bon produit et l’information qui va avec.

Certains lieux ont toujours été dans cette exigence de proposition. Ceux qui ont eu la chance de faire leur marché aux Halles de Lyon ou au marché de San Lorenzo à Florence comprendront l’adéquation contacts/produits. Des marchés ancestraux qui n’ont jamais renié la qualité des produits ( La Mère Richard et ses Saint-Marcellin ! ) et l’esprit convivial des lieux : discuter de funghi séchés ou de lardo di Colonnata avec les commerçants florentins est un délice pour les oreilles et les papilles puisque de toute façon, ils vous feront goûter fièrement leurs produits !

Un moteur d’essor pour les quartiers

Cet intérêt pour la vente à l’étalage a permis l’essor de quartiers, voire même le renouveau de commerces désertés. La rue du Nil à Paris, la Gipsstraße à Berlin ou encore le Broadway Market dans l’est de Londres. Le marché nomade dans ces cas-là se sédentarise, ne gardant que l’esprit convivial des bons produits frais sélectionnés, vendus par des passionnés à des passionnés. Tous les samedis, le Broadway Market situé entre Regent Canal et London Fields accueille des stands de fruits, légumes, épices devant les boutiques et les cafés des rues pour la grande joie d’une population chic et populaire qui retrouve l’esprit des commerces ambulants sur les places des villages.

À Paris, la rue de Charonne, boboïsée puis hipsterisée, est un repaire de bonnes adresses ayant chacune ses spécialités. De la Botte Gardiane, spécialisée dans les bottes confectionnées en cuir français, au Chalet Savoyard, roi des spécialités montagnardes, en passant par l’épicerie Pos (Produits Objectivement Savoureux) qui redonne des lettres de noblesse à l’épicerie de quartier, tous contribuent à la vie de la rue, l’esprit commerçant, la petite enseigne contre le géant de la distribution.

La nouvelle génération s’occupe d’ailleurs aujourd’hui de changer le fonctionnement du supermarché traditionnel pour redonner un caractère humain à ces grandes surfaces inodores et insipides en repartant du dicton « on n’est jamais mieux servi que par soi-même » ! Le concept parisien La Louve annonce l’arrivée du premier supermarché collaboratif en France, installé à Paris dans le 18ème. Créée par deux Américains, sur le modèle du Park Slope Food Coop de Brooklyn (13 000 membres depuis 40 ans) et du People’s Market à Londres, La Louve distribuera des produits locaux de qualité dont les prix seront attractifs du fait de l’autogestion mise en place par les membres de la coopérative. Une belle initiative pour renouer le contact qui permettra de dire sans honte que, oui, nous « faisons le super marché » !

Guillaume Cadot

Cover : Edouard Leon Cortes, Le marché aux fleurs, place de la Madeleine

Article extrait de la revue « Le Contact » disponible en version papier ou digitale ! Pour s’abonner c’est ici

La rédaction

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