1 septembre 2010

Temps de lecture : 3 min

La revanche du réel

Foursquare et Facebook Places se sont déclarés la guerre au cœur de l’été. Les outils de géo localisation connaissent un réel engouement et réveillent plusieurs mythes en ce qu’ils incarnent une volonté civilisatrice et signent la revanche du réel contre la représentation. Par Thomas Jamet...

Foursquare et Facebook Places se sont déclarés la guerre au cœur de l’été. Les outils de géo localisation connaissent un réel engouement et réveillent plusieurs mythes en ce qu’ils incarnent une volonté civilisatrice et signent la revanche du réel contre la représentation.

Le principe est simple: dire où l’on se trouve, savoir où sont ses amis, connaître les avis sur un restaurant, un cinéma, un bar, ou encore son lieu de travail grâce à une application mobile liée à son réseau social. A chaque fois que la personne arrive dans un nouveau lieu, elle s’y inscrit («check-in»), et son réseau sait instantanément où elle est. Les pionniers et leaders du genre s’appellent Gowalla, MyTown ou Loopt. Liés aux réseaux sociaux comme Twitter et Facebook, ils permettent de viraliser instantanément les informations et proposent également un système ludique permettant de gagner des points au fur et à mesure de son exploration.

L’un de ces réseaux a su tirer son épingle du jeu: Foursquare. Il affiche une insolente santé avec plus de trois millions de membres, et se permet un affichage géant sur Times Square au moment où le mastodonte Facebook lance son propre outil, qui est pour l’instant limité au territoire américain mais dont il faudra surveiller de près l’évolution.

Il y a dans ce type de services des avantages évidents pour les enseignes qui y voient un moyen de toucher leur cible et de proposer des bons de réduction dans le lieu de vente. Le développement du mobile offre des perspectives de croissance vertigineuses pour ce secteur. Mais le succès des outils comme Foursquare est surtout d’avoir su rencontrer les attentes et le style de vie d’une nouvelle population urbaine connectée, avide de découvertes et de nouveautés. Ces «nouveaux explorateurs» tirent parti de ces outils pour découvrir, apprendre, partager, se valoriser auprès de leur réseau. En explorant, en répertoriant tous les endroits existants, en les «inventant» (au sens où l’on «invente» un trésor, où on le découvre), ces explorateurs urbains «dé-couvrent», «dé-mystifient», «dé-masquent» et révèlent des lieux, parfois cachés, aux yeux de tous. Ils font passer des pans entiers de la ville de Nature à Culture. Il y a quelque chose d’encyclopédique dans Foursquare et consorts.

Mais il y a peut-être également quelque chose de civilisateur, au sens où la culture 2.0. s’étend progressivement au monde entier grâce au mobile et aux réseaux sociaux. Il y a un indéniable aspect «missionaire» dans ces outils qui, grâce à la création partagée, «civilisent» autour de liens qui se créent autour des lieux. C’est ce que dit Michel Maffesoli dans son ouvrage «Le Lieu fait Lien» (éditions du Félin, 2003): un lien se tisse bel et bien autour des lieux dans notre néo-tribalisme postmoderne. Un lien qui n’est pas «abstrait, théorique, rationnel. Un lien qui ne s’est pas constitué à partir d’un idéal lointain, mais, bien au contraire, se fonde, organiquement, sur la commune possession de valeurs». Un lien très physique, organique, autour d’âtres, de lieux «chauds» dans la ville.  Il y a donc quelque chose d’authentiquement humain, et aussi d’organique (pas étonnant si le terme «humus» – la terre – est si proche du mot «humain»).

Facebook Places Live map

Le lieu fait lien, donc. Mais au-delà, il semble que les lieux se découvrent une vie autonome grâce à la «socialisation» et à l’interactivité. C’est comme si la ville et le territoire prenaient vie sous nos yeux. Il suffit de voir la carte de facebook Places pour s’apercevoir que la ville s’illumine, que le territoire entier devient un peu plus vivant à chaque fois qu’un utilisateur «check-in», s’inscrit, ou découvre un lieu.

On se rend ainsi vraiment compte que «la carte n’est pas le territoire», comme le disait le scientifique Alfred Korzybski, et que le monde n’est pas une mappemonde ou une simple carte composée de lignes et de références topographiques, mais bel et bien un ensemble organique vivant.

C’est la revanche du réel et de la vie contre la représentation.

  Thomas Jamet – NEWCAST – Head of Entertainment & brand(ed) content, Vivaki (Publicis Groupe)
thomas.jamet@vivaki.com          www.twitter.com/tomnever

La rédaction

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