12 décembre 2013

Temps de lecture : 2 min

Rap : la vulgarité sort de la bouche des enfants

Quand nos bambins interprètent les paroles les plus choquantes de certains artistes de rap populaires et influents, deux créatifs de Los Angeles taclent la dangerosité et la perversité de ces textes trop souvent épargnés par les critiques.

Enfance rime avec innocence. Mais nourrissez les esgourdes spongieuses des chérubins d’un flot de paroles déplacées et largement diffusées à la radio ou la télévision, et vous verrez que nos chers et tendres petits perdront vite leur candeur. Car le fait est acquis: si les enfants sont trop jeunes pour comprendre la signification et l’implication de certaines paroles de chansons, ils sont assez réceptifs pour les internaliser. Quand, dans son dernier album, l’ex-icône de Disney Miley Cyrus loue les vertus de l’ecstasy déguisée sous le nom de « Molly », rentré dans le langage populaire, le bout de chou s’en imprègne sans s’en rendre compte. Pour sensibiliser les plus jeunes, deux créatifs ont  mis en scène des enfants reprenant certains dérapages verbaux de morceaux de rap à succès.

L’initiative de Jimmy Smith et Jarrel Smith de l’agence Amusement Park n’est pas la seule ni la première à pointer du doigt les dangers de la banalisation de la violence, du machisme et de la drogue dans le rap commercial nord-américain. Mais leur très esthétique clip en noir et blanc est sans conteste le levier d’éveil le plus intelligent et le plus pertinent conçu cette année. Ce projet artistique de « conscientisation » ne se contente pas de mettre en exergue les gros mots et toutes les mentions relatives à la drogue et l’argent, il accuse également la misogynie et d’autres méfaits plus discrètement infusés dans les paroles.

La doléance de l’honnêteté

« Nous avons juste voulu tenir un miroir de tous les types de messages qu’on injecte dans nos têtes toute la journée. Avec ce film, nous espérons que certains artistes talentueux, que nous aimons beaucoup, sauront revenir vers un art pas foncièrement nettoyé ou censuré, mais juste plus honnête et équilibré », explique les deux réalisateurs dans Fast Company. Ils poursuivent leur justification avec un argument qui fait mouche : « Si un rappeur parlait de glace et de manèges sur les douze titres de son album, ce ne serait pas non plus honnête de sa part. Mais s’il a 12 chansons sur l’argent, alors où sont celles qui parlent de ce que l’argent ne peut pas réparer ou améliorer? Personne n’est parfait mais tous les créatifs doivent s’efforcer d’être honnêtes. Car c’est ce qui rend l’art si fantastique. »

Vous imaginez une petite fille de 8 ans balancer face caméra « mets lui un molly dans son champagne, elle ne s’en rendra même pas compte »? Forcément, cela fait réfléchir. C’est bien là l’ambition de ce clip aussi réussi sur le fond que sur la forme. Pour les marques, ce procédé de la sensibilisation par le reflet pourrait être tout aussi judicieux, s’il était mis à profit pour accuser les pubs sexistes ou nocives pour la santé, par exemple. A bon entendeur !

Benjamin Adler / @BenjaminAdlerLA

La rédaction

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