24 octobre 2016

Temps de lecture : 4 min

Qui veut sauver le creative technologist Juan ?

L’agence Biborg lance une pétition sur change.org pour éviter qu’un de ses collaborateurs d’origine équatorienne soit exclu du pays…

L’agence Biborg lance une pétition sur change.org pour éviter qu’un de ses collaborateurs d’origine équatorienne soit exclu du pays…

C’est le type de sujet rarement abordé dans le milieu de la communication. Plus enclin à parler de campagne, de compétition, gain de budget voire consolider sa e-reputation. Mais depuis la semaine dernière, l’agence digitale Biborg n’a qu’une priorité : garder dans ses rangs un développeur créatif spécialisé en Unity 3D, Juan Manosalvas originaire de l’Equateur. En dépit de toutes ses démarches à répétition, l’administration française lui refuse depuis plusieurs mois un prolongement de son autorisation de travail qui devrait déboucher vers une régularisation de son statut de travailleur sur le sol français. « Juan nous apporte une expertise technologique et créative auprès de nos clients que nous n’avions pas en interne. Il montre un attachement très fort pour la France et a été exemplaire envers ses collègues tout au long de ces deux années », explique François Girardot, le co-fondateur de Biborg et à l’origine de son recrutement par CV à l’époque où il était encore en Equateur.

C’est fin septembre que Juan Manosalvas a reçu sa dernière fin de non-recevoir sur le sol français avec une date butoir de quitter le territoire le 4 janvier 2017. Un refus qui a motivé la direction et les équipes de Biborg à lancer une pétition avec une lettre à la ministre du travail sur Change.Org. Avec déjà plus de 500 soutiens, l’agence espère peser avec l’appui du monde de la communication sur une administration devenue intransigeante au point d’affaiblir des entreprises françaises. Car clairement, ce cas est symptomatique du traitement de masse des travailleurs étrangers. Comment peut-on refuser le droit de travailler et de s’installer en France à un talent déniché par une entreprise française, qui a investi dans cette personne et a probablement perfectionné son expertise. Un developpeur qui aujourd’hui innove au sein de son entreprise et lui permet de remporter des budgets. Un professionnel qui pourrait un jour donner à la France autant qu’il a reçu. Pour toutes ses raisons, la rédaction d’INfluencia, soutient la « bataille » de Biborg et vous invite à en faire de même. François Girardot, revient plus en détail sur cette histoire qui peut se reproduire dans n’importe qu’elle autre agence.

INfluencia : ce type de profil est difficile à trouver en France ?

François Girardot : extrêmement difficile à trouver en France. Il faut allier des compétences en programmation et artistiques. Il faut en plus un grand sens de l’autonomie et une curiosité permanente envers les nouvelles technologies. Il n’y actuellement aucune formation qui prépare à ce métier sur notre territoire car c’est un poste qui existe dans les entreprises depuis environ quatre ans. Et ce que l’on nous reproche aujourd’hui est ubuesque… Juan Manosalvas, n’a pas d’équivalence en diplôme d’informatique et ne peut donc pas travailler en France. Mais je le répète, ce diplôme n’existe pas !

IN : pouvez vous évaluer la perte qu’entraînerait son départ pour l’agence ?

FG : nous perdrions un formidable atout créatif. Dernièrement, nous avons lancé un stand pour la marque, One Plus, c’est le jeu qu’il a conçu et réalisé en équipe dans un premier temps au sein de notre lab qui a été vendu au client. Ce projet est le premier réalisé avec cette marque et devrait en déclencher d’autres. Nous perdrions aussi un formidable atout commercial, Juan a participé à la compétition d’un photobooth interactif pour Sony PlayStation, ce qui nous a permis de gagner et d’acquérir un avantage technologique certain par rapport à nos concurrents européens. C’est ce qu’il sait faire : explorer de nouveaux territoires de communication pour aider au développement de l’agence.

IN :  Et humainement ?

F.G. : quand j’ai reçu le CV de Juan, il y a deux ans et demi, j’ai eu un coup de cœur, j’ai tout fait à l’agence pour qu’il puisse arriver en France et travailler avec nous. Lors de sa première année, mon intuition a été la bonne puisque nous avons décidé de faire les démarches pour continuer de collaborer avec lui.

Malheureusement, depuis maintenant un an, tous les trois mois, il doit se rendre à la préfecture pour renouveler son visa, sans prise de rendez-vous possible. Une démarche qui lui prend du temps et qui est soumise à la taille de la file en dehors de la préfecture pour récupérer le fameux ticket de demande de renouvellement…. Et ce qui est vraiment inacceptable est que nous n’avons jamais pu défendre de vive voix notre dossier. Et encore moins joindre un interlocuteur. Les recours avec notre avocat n’ont pour l’instant pas donné suite.

Nous accordons beaucoup d’importance à nos salariés, cet investissement financier et humain nous n’avons pas hésité une seconde à le faire. A chaque fois que l’on parle de lui autour de nous, les avis sont unanimes. Alors comment peut-on en arriver là ? Qu’est ce qui fait qu’aujourd’hui la France perd tant de talents et qu’elle est incapable d’en garder ?

IN : qu’allez-vous faire si son autorisation n’est pas renouvelée ?

F.G. : nous allons devoir ouvrir un nouveau recrutement, ça sera difficile et il faudra je pense au moins six mois pour trouver le profil adéquate. Juan de son côté devra rentrer en Equateur et trouver du travail. Personnellement, j’éprouverai un sentiment d’injustice et d’incompréhension envers l’administration française. En attendant, l’agence fera tout ce qu’elle peut pour montrer comme le dit très justement un de nos freelances : “que notre vie et notre futur ne devraient pas être dictés par l’obtention de tel ou tel diplôme mais plutôt par la qualité des actes que nous accomplissons ».

Clouzard Gaël

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