10 mars 2020

Temps de lecture : 3 min

Quelle place occupent les femmes dans la presse ?

Quelques jours après la 109ème journée internationale des droits des femmes matérialisée par un militantisme bouillonnant et une colère immense face au sexisme institutionnalisé, la plateforme d’analyse de la presse dévoile la deuxième édition de son Observatoire de la parité dans la presse.

Quelques jours après la 109ème journée internationale des droits des femmes matérialisée par un militantisme bouillonnant et une colère immense face au sexisme institutionnalisé, la plateforme d’analyse de la presse dévoile la deuxième édition de son Observatoire de la parité dans la presse.

Défendre les droits des femmes et lutter contre les discriminations sexistes quotidiennes et étendues à tout territoire et toute sphère de vie. Des discriminations liées au genre, uun sexisme étatique qui peine à être démantelé. Dans le privé comme sur la place publique, au travail comme dans les instances politiques, hommes et femmes sont distingués. Dans leur puissance, considération et respect. Une réparation des rôles naturalisée en fonction du sexe biologique qui place les femmes en second sexe et met leur vie en danger. Insécurité, viol, passage sous silence de leur parole, une liste non exhaustive de coercition implicite qui ostracise les femmes et légitime les hommes en posture dominante et capable. Puisque les mots traduisent les maux et que la presse se veut parole de la société, au-delà de l’action des pouvoirs publics et de la société civile, comment a-t-elle abordé, deux ans après le tournant #MeToo, les grands enjeux de la condition féminine en 2019 ? Eléments de réponse avec la 2ème édition du baromètre Tagaday de la condition des femmes dans la presse.

Premier constat, les droits des femmes sont toujours au cœur de l’actualité en 2019 (34,9% des sujets, +6% par rapport à 2018). Moins d’engouement pour le deuxième : le sujet principal concerne les violences qui leurs sont infligées. Près de 49% des sujets sont abordés sous le prisme des violences sexuelles et sexistes.

2019 : le « féminicide » s’impose dans la presse française

Prononcé pour la première fois en 1976 par la sociologue américaine Diana E. H. Russell, le terme « féminicide » finit enfin par s’imposer sur la scène médiatique. Sous l’impulsion de collectifs luttant pour la reconnaissance du caractère spécifique de ces crimes (usage d’alors : crime passionnel… rien que ça), car non, l’amour ne tue pas, le terme féminicide est passé de 1 652 citations en 2018 à 14 514 en 2019, soit une progression de 779%!

Au travail, rien ne bouge

Parce qu’entre droit, devoir, et mise en pratique, des profondeurs abyssales sont en vigueur, coup d’oeil sur les entreprises. «Tout employeur est tenu d’assurer, pour un même travail ou pour un travail de valeur égale, l’égalité de rémunération entre les hommes et les femmes ». Depuis la loi du 22 décembre 1972, de nombreux dispositifs législatifs ont vu le jour pour lutter contre les inégalités professionnelles. Citons la loi Roudy de 1983 qui lutte contre la discrimination de genre sur l’accès à l’emploi et le salaire pour un travail identique, la loi Copé-Zimmermann de 2011 qui impose 40% de femmes dans les conseils d’administration, la loi pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes de 2014 qui sanctionne les entreprises qui ne respectent pas l’égalité femme-homme ou encore celle de septembre 2018 obligeant les entreprises de plus de 50 salariés à publier un index d’égalité femmes-hommes.

Pour autant, rien-ne-bouge. Qu’en dit la presse ? Rien-de-plus. Traitées de manière constante et régulière depuis 2015, les problématiques liées à la condition des femmes au travail n’ont pas progressé dans les médias. Ainsi, en 2019, elles n’occupaient qu’un peu plus de 16% du total des occurrences analysées (+8% par rapport à 2018).

« Oui mais on a une femme à la direction, venez on la fait parler »

Les cheffes se frayent néanmoins un chemin sur la scène médiatique, avec près de 54 000 occurrences des termes « entrepreneuses » ou « dirigeantes » (+ 8%). Avec un peu moins de 5 000 citations enregistrées en 2019, le traitement des problématiques liées à l’égalité salariale ou professionnelle reste lui néanmoins encore peu visible dans les médias, même si la progression est significative (+17% vs 2018). Aussi et enfin, pour ce qui est de la présence des femmes parmi les 1000 personnalités les mieux médiatisées, elle ne comptent qu’à 16% dans les citations enregistrées.

En bref, comme le traduit la presse, la situation est grave, les femmes ne manquent pas de colère ni de mots, mais encore faut-il savoir les écouter.

La rédaction

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