2 juin 2014

Temps de lecture : 3 min

Quand un récit journalistique devient un jeu en ligne interactif

Un reporter de guerre nord-américain tente le pari d'un serious game, support original, sans photo ni vidéo, pour ré-intéresser les Etats-Unis au conflit syrien. Une nouvelle forme d'écriture vient-elle de voir le jour ?

Souvent accusés, à juste titre, d’une couverture trop cyclique de l’actualité, les médias sont-ils responsables des inquiétantes dichotomies entre audience et intérêt intellectuel du contenu ? Mitch Swenson a pu méditer sur la question, quand à son retour de Syrie, il constate avec amertume qu’un lien vidéo sur une énième incartade de Miley Cyrus est neuf fois plus vu qu’un reportage sur l’infame conflit syrien. Ce constat navrant ne s’est pas mué en dégout chez ce désenchanté, mais en une création audacieuse et originale : un jeu de rôle interactif en ligne composé uniquement de textes !

Dans un très intéressant article publié dans le Guardian le 22 mai, cet étudiant newyorkais de Columbia University raconte comment lui est venue l’idée de « 1,000 Days of Syria », disponible gratuitement en ligne, mais uniquement en anglais. Début octobre 2013, il rentre sur New York après dix jours passés au cœur de la brigade Sham Falcon, groupe rebelle opposé au régime de Bachar al-Assad. Accompagné de trois partenaires de terrain, dont l’auteur du blog War is Boring, Mitch Swenson passe près de la mort. Cette guerre nauséeuse « qui a jeté toutes les règles par la fenêtre » dépasse les immondices du Sud-Soudan, de la Lybie et de la RDC, où il s’est déjà rendu. Les espoirs de la première révoluton égyptienne qu’il a couverte sont bien loins! Cette horreur, il veut la transmettre, la faire partager.

Dans ce jeu de rôle, vous choisissez votre personnage

Alors oui, il a bien écrit un récit journalistique de 31 pages intitulé « La nouvelle guerre totale », mais il a très vite compris qu’il fallait trouver un support plus attractif pour intéresser le quidam. Comment (re)mettre la Syrie dans le quotidien d’informations d’une population globalement désintéressée par un drame trop lointain et dont elle maitrise mal les paramètres ? La question a donc débouché sur « 1,000 Days of Syria ». L’intéressé décrit sa plate-forme comme « à la fois une littérature électrique, un bulletin d’information et un jeu de rôle dans lequel l’utilisateur choisit son aventure ». Vous pouvez en effet y vivre les pérégrinations syriennes de trois héros différents : un photo-journaliste, une mère de deux enfants vivant à Daraa et un jeune rebelle d’Alep. Le principe ? Le récit est divisé en plusieurs tranches narratives disparates, à la fin de chaque extrait vous décidez de la prochaine étape : comment allez-vous passer le temps en prison, fuirez-vous le pays ? Chaque personnage possède trois fins possibles et chaque histoire s’entrecroise avec une autre à un moment donné.

Pour justifier la valeur ajoutée de l’interactivité sur le storytelling traditionnel, le créateur de ce jeu en ligne original estime que le carnet de notes rédigé pendant son séjour sur place « offre une expérience beaucoup plus riche en authenticité. » Comme il le confie au Guardian, Mitch Swenson estime également qu’en plaçant les lecteurs dans la peau d’un personnage, il suscite plus d’empathie et d’attachement. C’est d’ailleurs par souci d’intensité qu’il a décidé de ne pas inclure la moindre iconographie ni vidéo. Le jeu est seulement composé de textes.

La mission sera réussie si elle suscite l’intérêt

« Parfois quand je regarde une vidéo sur ce qui se passe en Syrie, elle ne me parait pas réelle. Un texte descriptif est plus humanisant. Il illumine l’humanité derrière tout ce qui se passe dans un même événement », argumente l’étudiant de la fameuse université de Columbia. Concernant la place de la guerre syrienne sur l’échelle des priorité des médias nord-américains, il ne se berce pas aveuglement d’illusion. « Le conflit est en train d’être oublié, surtout avec la crise en Ukraine. Pour moi ce jeu ludique peut permettre à ceux qui ne s’y intéressaient pas avant de mieux savoir ce qu’il s’y passe. Si nous réussissons à au moins intéresser et motiver, la mission sera réussie ». Appel au aux bilingues et anglophones, vous savez où aller jouer en ligne si vous voulez faire du deux en un et vous plonger dans l’atmopshère de la Syrie en guerre !

Benjamin Adler / @BenjaminAdlerLA

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La rédaction

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