21 février 2017

Temps de lecture : 2 min

Quand des livres censurés deviennent des oeuvres d’art

Presque trois ans après les grandes manifestations de défense de la démocratie à Hong Kong, les libertés de la presse et d'expression sont menacées. Pour interpeller, Amnesty International ouvre une librairie éphémère pensée comme une oeuvre d'art.

Presque trois ans après les grandes manifestations de défense de la démocratie à Hong Kong, les libertés de la presse et d’expression sont menacées. Pour interpeller, Amnesty International ouvre une librairie éphémère pensée comme une oeuvre d’art.

Dans une facilité démagogue et populiste, une partie de nos hommes politiques refusent de s’exonérer de toute responsabilité morale et intellectuelle dans la crise de confiance entre le peuple et l’élite. Dans leur vision manichéenne délestée de la moindre bonne foi, la pauvre plèbe trompée est forcément victime et les journalistes malhonnêtes notoirement coupables. Pourtant l’Histoire prouve qu’un peuple a les medias et les hommes politiques qu’il mérite. Et vice versa. Les arrogants diviseurs pensent qu’on peut décrédibiliser la presse sans mettre à mal sa liberté ni salir le prestige et l’influence des intellectuels. Ils ont tort. En nous rappelant indirectement que les démocrates de l’archipel du sud-est asiatique aimeraient avoir les privilèges de la France d’aujourd’hui, Amnesty International a ouvert un pop-up store militant pour alerter sur les sournoises menaces liberticides de Pékin.

Automne 2015, sur une des îles de la région administrative de la République populaire spécialement créée par Mao, un libraire est enlevé à la sortie de sa boutique. Il est immédiatement envoyé en Chine, où il passera plusieurs mois en confinement dans une cellule. Son crime ? Avoir vendu des livres bannis sur le continent, là où le régime chinois a renforcé sa censure depuis la prise de pouvoir de Xi Jinping. Quatre autres libraires ont depuis connu le même sort et plusieurs magasins de livres ont fermé sur l’archipel. Les manifestations géantes contre la main mise politique de Pékin sur l’ancien protectorat anglais n’ont pas atténué ses dérives autocratiques. Les 16 et 17 février, une librairie éphémère vendant plus de 1000 livres contenant des passages entiers barrés par une fausse censure a voulu lancer un signal d’alarme.

« Hong Kong vit un moment critique pour la liberté de la presse et l’auto-censure. Tous les jours on constate que des journalistes sont bâillonnés ou licenciés pour avoir traité des informations sensibles. Certains sont même menacés physiquement », justifie Mabel Au, directeur d’Amnesty International Hong Kong, au site Co.Exist . Rappelant ainsi que si Hong Kong possède des lois protégeant la liberté d’expression, elles sont menacées. De plus, l’ancien journaliste du quotidien Ming Pao, Kevin Lau, a été agressé au couteau après avoir enquêté sur les comptes bancaires offshore de certains dirigeants politiques. L’heure est donc très grave.

Un spectacle artistique, pas un défi aux autorités

Pour remplir sa boutique éphémère, Amnesty International a travaillé avec un groupe de bénévoles et l’association Hong Kong Free Press pour barrer paragraphes et lignes des livres au marqueur, à la peinture ou au scotch. Certaines pages ont même été arrachées. Pourquoi ne pas avoir directement vendu des livres sous le coup des menaces d’interdiction ou carrément bannis en Chine ? « En rédigeant et censurant nous-mêmes des livres inutilisables et inutilisés, nous en avons fait des oeuvres d’art. Nous voulions que la boutique soit plus une installation et un spectacle qu’un défi direct aux autorités », répond Mabel Au.

Pour compléter son pop-up store, l’ONG de défense des droits de l’Homme a diffusé un spot de 30 secondes dans les bus publics. Chaque vidéo montrait un artiste dessinant une scène controversée du quotidien à Hong Kong. Mais comme le film est diffusé à rebours, le croquis s’efface au lieu d’apparaitre à l’écran. « Quand les droits se volatilisent, la vérité également disparaît. C’est le message que nous avons voulu faire passer », explique Mabel Au.

Adler Benjamin

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