26 octobre 2021

Temps de lecture : 4 min

Pourquoi les salariés préfèrent les robots aux DRH…

Une enquête d’Oracle effectuée auprès de 14.600 personnes dans 12 pays montre à quel point la pandémie a bouleversé le quotidien des salariés qui ont le moral dans les chaussettes. Pour retrouver le plaisir de travailler, les gens font aujourd’hui pleinement confiance à l’IA. Big Brother is saving you…

Sylvain Letourmy, directeur Stratégie Solutions RH chez Oracle France

L’homme ou la machine ? Pour trouver un nouvel emploi, faire un bilan de compétences ou obtenir des conseils professionnels quand leurs envies d’ailleurs deviennent trop fortes, les salariés préfèrent l’IA aux humains. Désolé mesdames et messieurs les gestionnaires en ressources humaines…

Depuis maintenant quatre ans, Oracle s’associe avec Workplace Intelligence, un cabinet de recherche et de conseil en RH, pour étudier les attentes des salariés en matière d’évolution de carrière. Cet été, 14.600 collaborateurs, managers, responsables RH et cadres dirigeants basés dans 12 pays (France, Pays-Bas, AllemagneRoyaume-Uni, Émirats arabes unis, Etats-Unis, Brésil, IndeJapon, Corée du Sud, Singapour et Australie) ont répondu à ce questionnaire.

Le premier enseignement de cette enquête est plutôt inquiétant :  la pandémie semble avoir généré chez de très nombreux travailleurs un mal-être profond. 79% des Français (80% de la population mondiale) affirment avoir été affectés négativement l’année dernière. Beaucoup manquent de motivation professionnelle (28%en France et 25% dans le monde) ou se sentent déconnectés de la réalité (22% en France). 17% de nos compatriotes jugent, par ailleurs, que leur santé mentale et que leur situation financière se sont dégradées l’an dernier. Les personnes interrogées font état d’une perte de contrôle sur leur avenir (43%), leur vie personnelle (46%), leur carrière (41%) et leurs relations (39%). Près des trois-quarts des Français (72%) ont le sentiment de se trouver dans une impasse dans leur vie personnelle en raison d’une sensationd’emprisonnement dans la routine (30% en France et 27% dans le monde), d’une solitude sans précédent (28% en France et 26% dans le monde) et du stress quant à leur avenir (26% en France et 27% dans le monde). A l’échelle planétaire, 62% des collaborateurs jugent que 2021 a été l’année la plus stressante qu’ils n’aient jamais connue au travail. Vive la crise…

En 1987, une étude de l’OCDE estimait que la durée de vie d’une compétence professionnelle était d’environ trente ans

Ce pessimisme est aussi une conséquence de l’incertitude liée à la rapidité à laquelle notre monde évolue. « Avec l’arrivée du Covid, les gens ont réalisé à quel point le monde dans lequel ils vivent est volatile et incertain, analyse Sylvain Letourmy, directeur Stratégie Solutions RH chez Oracle France. Cette pandémie a été un point de bascule qui nous a fait prendre conscience que tout ne cesse d’aller plus vite. En 1987, une étude de l’OCDE estimait que la durée de vie d’une compétence professionnelle était d’environ trente ans. Aujourd’hui, elle ne dépasse pas… deux ans. Les collaborateurs doivent donc s’adapter en permanence pour remplir les missions qui leur sont confiées. » Cette vérité s’applique en premier lieu aux salariés spécialisés dans les ressources humaines.

Pour choisir un bon candidat pour un poste ou une mission, ses diplômes et sa carrière ne suffisent plus

« Pour choisir un bon candidat pour un poste ou une mission, ses diplômes et sa carrière ne suffisent plus, assure Sylvain Letourmy. Son parcours professionnel est aussi très important. Les DRH s’appuient donc de plus en plus sur l’IA pour travailler. Mais pour faire appel à l’intelligence artificiel, il est nécessaire de rassembler toutes les données RH comme la formation, les rémunérations, les talents et les performances sur une seule et même plateforme. 55% des entreprises de plus de 1000 salariés l’ont déjà fait dans le monde. »Les employés pourraient s’inquiéter de voir leurs carrières professionnelles dépendre du « bon vouloir » d’une machine, aussi « intelligente » soit-elle. C’est pourtant tout le contraire qui semble se produire.

77% des Français souhaitent aujourd’hui que la technologie les aide à définir leur avenir

77% des Français (85% à l’échelle mondiale) souhaitent aujourd’hui que la technologie les aide à définir leur avenir, en recensant les compétences dont ils ont besoin pour progresser (30% contre 36%), en leur recommandant des moyens d’en acquérir de nouvelles (25% contre 36%) et en leur proposant les prochaines étapes pour atteindre leurs objectifs de carrière (22%contre 32%). 65% des Français (75% à l’échelle mondiale) se disent même prêts à effectuer des changements professionnels sur la base des conseils d’un robot. Étonnant ? Pas vraiment…

Près des trois-quarts de nos compatriotes (73%) estiment en effet qu’un robot est plus à même de les aider dans leur carrière qu’un humain, en raison de l’impartialité de ses suggestions (29% en France et 37% à l’échelle mondiale), de sa faculté à répondre rapidement aux questions relatives à leur carrière (23% contre 33%) et de sa capacité à leur proposer des offres d’emplois adaptées à leurs compétences actuelles (23% contre 32%). Les employeurs ne peuvent pas rester indifférent à cette évolution des mentalités.

« Great Resignation » commence à avoir un réel impact sur l’économie du pays. Ce mouvement traduit la volonté farouche des collaborateurs de reprendre le contrôle de leur vie et de leur carrière…

« Afin d’attirer et de fidéliser les talents, les entreprises doivent davantage s’employer à aider leurs collaborateurs à trouver et développer de nouvelles compétences, et proposer des parcours de carrière personnalisés afin qu’ils puissent à nouveau avoir le sentiment de prendre en main leur carrière » assure Yvette Cameron, Vice-présidente principale d’Oracle Cloud HCM. Les sociétés qui continuent de faire la sourde oreille à ces demandes risquent de le payer très cher. « Aux Etats-Unis, le phénomène de « Great Resignation » commence à avoir un réel impact sur l’économie du pays mais ce mouvement traduit la volonté farouche des collaborateurs de reprendre le contrôle de leur vie et de leur carrière. » Durant le seul mois d’août dernier, plus de 4,3 millions d’Américains ont démissionné, soit plus de 3% de l’ensemble des salariés du secteur privé. Depuis le début du printemps, 20 millions de salariés mécontents ont quitté leur employeur de leur plein gré. Si seulement l’IA avait pu leur trouver à temps un poste qui convenait mieux à leurs aspirations…

Frédéric Thérin

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