29 avril 2021

Temps de lecture : 5 min

Pollution numérique : Planet Tech’Care à la rescousse

Où en est-on de la transition verte du numérique ? Aussi révolutionnaire soit le digital et ses usages déclinables à l’infini, il pollue et son ascension ne laisse pas présager que du Good. Pour limiter les dégâts, des acteurs et actrices se mobilisent. Parmi eux : Planet Tech’Care. Rencontre avec Véronique Torner, administratrice de Syntec Numérique, chargée du Programme Numérique Responsable qui pilote Planet Tech’Care pour un état des lieux de l’impact environnemental du numérique et ses solutions.

The Good : Dans quel contexte le projet Planète Tech’Care s’inscrit-il ?

Véronique Torner : Dans le monde comme en France, le numérique constitue une source non négligeable d’émissions de gaz à effet de serre et a également un impact sur l’épuisement des ressources naturelles, ou encore sur la pollution de l’eau, de l’air et du sol. On est aujourd’hui en partie capables de quantifier l’impact du numérique sur l’environnement, par exemple, selon le rapport Green IT d’octobre 2019, les émissions mondiales de GES du numérique représentent plus de 3% des émissions totales, ce qui est supérieur au transport aérien qui lui représente 2%. On compte en 2019 plus de 34 milliards d’équipements connectés et selon The Shift Project, la consommation énergétique du numérique devrait progresser de 9 % par an avec la multiplication des usages.

La prise de conscience de ces impacts a beaucoup progressé ces dernières années, notamment au sein des entreprises, mais au-delà des grandes entreprises, qui ont de façon générale intégré le numérique à leur stratégie RSE, les plus petites entreprises sont encore mal armées face à ce sujet. Nous constatons que la complexité du sujet, la multitude d’initiatives et la question de la mesure qui va de pair avec un coût financier qui peut s’avérer très élevé sont les principaux freins de la montée en maturité des entreprises.

Syntec Numérique a fait du programme Numérique Responsable l’un de ses 5 axes stratégiques depuis 2019. Ce programme travaille autour des trois thématiques suivantes : le numérique inclusif, le numérique éthique et le numérique environnemental.

Si l’on se concentre ici sur l’aspect environnemental, nous sommes persuadés que pour favoriser le passage à l’action d’un maximum d’acteurs, il est indispensable de simplifier leur trajectoire, en fédérant, en travaillant à créer des communs notamment autour de la mesure et en rendant ces ressources et méthodes accessibles au plus grand nombre. C’est de ce constat qu’est née Planet Tech’Care sous l’impulsion du Conseil National du Numérique mandaté par Barbara Pompili et Cédric O, puis portée et officiellement lancée par Syntec Numérique le 8 octobre dernier, à Bercy, lors du colloque « Numérique et Environnement », organisé par le Ministère de la Transition Écologique et le Secrétariat à la Transition numérique et aux Communications Électroniques.

Planet Tech’Care est une plateforme qui rassemble aujourd’hui plus de 300 signataires, 17 partenaires et 12 ambassadeurs. Elle met en relation des Signataires -entreprises de tout secteur et de toute taille et tout type- et des Partenaires -associations, organisations professionnelles ou think tanks experts du numérique et de l’environnement.

The Good : Parmi vos partenaires, on compte notamment l’Ademe,Bpifrance, l’Institut du Numérique Responsable, GreenIT.fr, l’AGIT, etc. Quel message politique et symbolique ces partenariats symbolisent-ils ?

V.T. : Fédérer les initiatives existantes, plutôt que de créer une nouvelle initiative a été un choix fort de départ, avec pour ambition de faciliter la lisibilité d’un secteur foisonnant mais aussi très atomisé et ainsi embarquer un maximum de Signataires.

Nous avons ainsi à date réuni au sein du hub Planet Tech’Care, 17 partenaires et continuons notre action fédératrice afin de rassembler un maximum de partenaires au sein de notre initiative. Nos partenaires sont des experts reconnus du Numérique et Environnement, avec des visions et des prismes différents et complémentaires. C’est la première fois qu’autant de spécialistes se réunissent ainsi. Ce format permet à nos signataires d’avoir accès facilement, en un seul lieu à un programme d’accompagnement composé d’ateliers organisés gratuitement chaque mois par l’un de nos partenaires. L’objectif est également de faire caisse de résonance pour les travaux de nos Partenaires et ainsi les faire mieux connaître auprès d’un maximum d’acteurs.

Le message est clair : c’est la force du collectif et la mise en commun qui vont nous permettre d’avoir un réel impact. Nous sommes tous concernés, et au-delà du seul secteur du numérique, nous devons tous agir car même si la politique des petits pas ne suffit pas, elle est indispensable. Enfin, nous souhaitons également agir au niveau européen pour faire converger les initiatives.

The Good : Pour mesurer votre impact, des objectifs chiffrés précis et des outils de retour d’expérience sont de rigueur. Que pouvez-vous nous communiquer sur ces points ?

V.T. : De façon générale, il est essentiel de pouvoir mesurer pour pouvoir réduire. Comme nous l’avons évoqué plus haut, mesurer l’impact environnemental du numérique est complexe, coûteux et il n’existe pas de normes aujourd’hui. Ainsi, nous avons également pour ambition avec Planet Tech’Care, de créer des communs, si possible en open data et open source, notamment autour de la méthodologie de la mesure et des bases de données. Il est essentiel d’avoir un partage de standards communs pour objectiver le débat et donner les moyens aux acteurs du numérique de s’engager dans une même trajectoire.

Concernant l’impact de Planet Tech’Care un point important est que nous demandons un engagement fort à nos signataires, mais conscients de leur diversité de profils et de contexte nous ne donnons ni objectifs chiffrés, ni délais de réalisation individuels. Bien entendu, il est important de pouvoir mesurer notre avancée collective, et nous travaillons à la mise en place d’indicateurs d’avancement collectif, et avons d’ores et déjà prévu un grand événement de restitution pour nos 1 an à l’automne 2021. C’est un rendez-vous important pour notre communauté qui nous permettra de faire un premier bilan et d’identifier des leviers d’amélioration.

The Good : Après la sobriété numérique, l’analyse des résultats du Baromètre Green IT, l’éco-conception, l’IA et la consommation énergétique, quels sont les prochains ateliers prévus par Planet Tech’Care ?

V.T. : Notre prochain atelier sera une introduction à la mesure d’impact environnemental du numérique des organisations et se tient ce 27 avril. En mai nous devrions avoir un atelier sur les dispositifs d’aides et de financement disponibles.

Nous continuons ainsi à proposer un thème différent chaque mois présenté par l’un de nos 17 partenaires. C’est aussi cela qui fait la richesse de notre programme, cette vision complémentaire apportée par nos partenaires sur des problématiques liées au Numérique et Environnement, et permettant ainsi de s’adresser à nos signataires dans toute leur diversité de situation et de maturité sur le sujet. Un point important également de notre dispositif : l’ensemble des salariés ou collaborateurs d’une organisation qui devient signataire ont accès gratuitement à nos ateliers. Tous nos ateliers sont également disponibles en replay pour nos membres.

The Good : Parmi la foule d’initiatives du Good prônant le collectif, certaines vous inspirent-elles ?

V.T. : De nombreuses initiatives sont inspirantes et ont leur place dans l’écosystème du Good. Planet Tech’Care cherche à rassembler tous les acteurs sur le thème Numérique et Environnement, quel que soit leur taille et secteur d’activité. Beaucoup d’initiatives existent et nous nous en réjouissons, mais souvent sur un seul secteur d’activité, comme par exemple, le 21 janvier 2021, vingt-cinq entreprises et 17 associations se sont engagées dans le « Pacte pour des centres de données climatiquement neutres ». Notre transversalité qui reflète le fait que le numérique est présent aujourd’hui dans tous les secteurs, est complémentaire de ce type d’initiative,

L’autre force et différence de Planet Tech’Care est d’avoir dès le début rassemblé à côté des entreprises et acteurs publics, les écoles et acteurs de la formations, pour que les futurs ingénieurs, managers, responsables, entrepreneurs de demain soient formés au numérique éco-responsable.

Ce papier a d’abord été publié sur The Good

Lingre Camille

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