30 octobre 2013

Temps de lecture : 2 min

La police fait sa loi sur les réseaux sociaux

Dans la lutte contre le crime, la police nord-américaine ne se contente pas de créer son premier réseau social privé et interne. Elle pioche aussi avec ingéniosité dans les armes offertes par les médias sociaux.

Trois mois après l’article consacré par INfluencia, Blue Line est officiellement lancé depuis quelques jours. Testé d’abord en version Beta à Los Angeles, le premier Facebook pour policiers entend rapidement devenir un support mental et une aide pratique quotidienne pour les représentants de l’ordre. Il faut dire que la plate-forme créée par Bratton Technologies – startup dirigée par un ancien cacique de la police nord-américaine, ne débarque pas en Terra incognita : entre les flics et les réseaux sociaux, c’est une véritable histoire d’amour.

En mai 2013, le ministère de la Justice publiait un guide d’audit et de recommandations dont le titre et la seule existence résument l’importance prise par les réseaux sociaux dans le travail policier de tous les jours : « Médias sociaux et considérations tactiques pour les forces de l’ordre. » Que les forces de l’ordre mettent à profit leurs précieuses informations pour surveiller les individus patibulaires est un secret de Polichinelle. Ce qui l’est (beaucoup) moins en revanche, c’est qu’elles s’autorisent la création de faux profils et comptes bidons pour traquer les présumés coupables sur la Toile.

L’âge digital change les règles juridiques

En reconnaissant explicitement cette pratique, le gouvernement de l’Oncle Sam n’est pas en accord avec le règlement de Facebook, qui interdit formellement d’opérer sur son réseau sous une fausse identité. Selon le « Computer Fraud and Abuse Act », ne pas respecter les termes et conditions d’un site Internet revient à violer une loi fédérale. Espionner sur Facebook signifie également enfreindre le Quatrième amendement, et c’est là que ce comble juridique devient très intéressant.

Interrogé par la radio NPR , un professeur de droit de l’université de Georgetown, basée à Washington D.C, estime que cet amendement sur les mandats préalables obligatoires a perdu tout son sens avec l’avènement de l’ère digitale. Comme l’a stipulé la Cour Suprême, lorsque le citoyen a déjà partagé avec d’autres l’information recherchée, la police n’a plus besoin de mandat. Résultat, sur 1221 institutions policières, quatre sur cinq avouent utiliser les médias sociaux pour leurs enquêtes. « Ces médias et réseaux sont devenus vitaux car ils permettent de connaître les activités d’un suspect recherché quand il ne se doute de rien. Beaucoup y font souvent référence à leurs voyages, leurs hobbies, les endroits qu’ils visitent, leurs rendez-vous, cercles d’amis et familiaux, leurs relations sexuelles ou sentimentales », constate une étude de 2012 de LexisNexis Risk Solutions, citée par le guide du ministère de la Justice.

Des zombies viraux contre l’omerta

Si plus de 80% des policiers interrogés dans l’enquête gouvernementale estiment que les médias sociaux constituent des outils « de grande valeur » dans la lutte contre le crime, tous sont unanimes pour juger « éthique » la création de fausses identités afin de traquer les suspects. Mais une association citoyenne de Toronto au Canada, vient de prouver que mentir sur la Toile n’était pas non plus une obligation pour contrarier les fauteurs de trouble. Surtout quand ils officient dans des collèges.

En partenariat avec DDB Toronto et le studio d’animation Polyester, Crime Stoppers a réalisé plusieurs spots viraux pour combattre l’omerta dans les établissements de la ville. Le message ? « Quand tu laisses un indice derrière toi, tu ne laisses pas de traces. » En s’inspirant des films « Dumbs Way to Die »  de McCann Australia pour Metro Trains, les empêcheurs de violenter en rond mettent en scène des zombies pour convaincre les victimes de ne plus se taire. « Les enfants sont vite déconcentrés et veulent être divertis, donc nous devions être amusants », commente Rob Sturch, associate creative director chez DDB, qui accompagne sa campagne d’une page dédiée sur Tumblr.

Benjamin Adler / @BenjaminAdlerLA
Rubrique réalisée en partenariat avec ETO

 

La rédaction

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