29 mai 2017

Temps de lecture : 4 min

Les pick-up artists peuvent-ils séduire les marques ?

Véritables théoriciens de la séduction, les "pick-up artists" savent adapter leur discours et leur posture à chacune de leur « cible » pour contourner leur méfiance et susciter leur curiosité. Une source d’inspiration pour les marques dont l’une des ambitions est d’« entrer dans l’orchestre » du consommateur par une approche plus humaine et plus émotionnelle que commerciale.

Véritables théoriciens de la séduction, les pick-up artists savent adapter leur discours et leur posture à chacune de leur « cible » pour contourner leur méfiance et susciter leur curiosité. Une source d’inspiration pour les marques dont l’une des ambitions est d’« entrer dans l’orchestre » du consommateur par une approche plus humaine et plus émotionnelle que commerciale.

Personne n’est dupe : les relations humaines du XXIème siècle tendent à se dématérialiser, surtout s’il y a de l’attirance dans la balance. De la rencontre à la séduction, les rapports « amoureux » passent de plus en plus par l’intermédiaire de l’écran. La preuve avec les réseaux sociaux, les sites et applications de rencontres classiques (Meetic, Tinder…) et originaux (Hater pour partager avec son rancard tout ce que l’on déteste ou Squad qui propose des rencontres collectives).

Pourtant, une communauté se bat contre la séduction tout numérique : les pick-up artists. Rien à voir avec les pervers sexuels type Julien Blanc qui, il y a quelques années encore apprenait à agresser les femmes japonaises… Lancés aux Etats-Unis au début des années 80 et popularisés en Europe un peu plus tard, les pick-up artists sont de très sérieux experts en séduction. Alliant développement personnel et techniques de programmation neurolinguistique (PNL), ils apprennent à adapter leur discours, asseoir leur personnalité et positionner leur corps de manière à dégager confiance en soi et assurance. Tout un art de séduction pas loin du registre publicitaire.

Des techniques d’approche et de persuasion en commun

A bien des égards, les stratégies de séduction des pick-up artists sont en effet proches de celles de la publicité. Et c’est Chris qui en parle le mieux. A 22 ans, cet étudiant dans la vente est multi-facette : apprenti commercial, excellent magicien, mais surtout membre d’un groupe de pick-up artists parisien. Il nous explique les liens entre séduction et publicité : « les plus expérimentés de la communauté sont capables de décoder des signaux non verbaux, de formuler des messages à émotion forte (humour, joie, surprise) pour susciter une réaction déterminée, de positionner leur corps de manière à paraître désintéressé tout en faisant preuve de curiosité… Et ils utilisent toujours le feedback de chaque tentative ratée ou réussite pour s’améliorer ». Des expériences interactionnelles et empiriques qui, avec de l’entraînement, permettent d’optimiser la faculté de persuasion. Un pouvoir que recherchent les marques.

Et parce que les pick-up artists forment une véritable communauté à l’image d’une agence, ils débriefent ensemble les tentatives du jour via les réseaux sociaux : « les plus gros groupes se retrouvent sur des forums où des coachs proposent des conseils plus souvent payants que gratuits. Il y a aussi des sous-groupes gratuits qui se sont constitués sur Whats App pour organiser les exercices de terrain et sur Facebook pour les comptes rendus et les articles autour des différentes approches », précise Chris. Des similitudes importantes qu’on retrouve dans le monde de l’entreprise en termes d’organisation, de communication et même de monétisation des conseils.

Et lorsque Chris décrit la stratégie classique d’approche d’un pick-up artist, le rapprochement avec la stratégie publicitaire s’opère facilement : « il y a d’abord l’opener, c’est-à-dire la phrase d’accroche qui va te permettre de capter l’attention de ta « cible ». Tu peux lui parler de son style, de ses cheveux, de son visage… quoi que ce soit qui sorte de l’ordinaire chez elle ». Ensuite, « il faut l’isoler de ses amis si elle est entourée. Lui prendre très délicatement la main peut être une bonne solution si tu sens un truc entre vous ! Si tu passes avec succès cette deuxième étape, il ne te reste plus qu’à faire participer ta « cible »à la conversation, l’y inclure, pour qu’elle donne d’elle-même et se révèle un peu. Personnellement, j’aime bien taquiner ». Une approche conversationnelle très similaire à la notion de marketing relationnel qui consiste à créer avec le client des échanges enrichis. « L’important est de ne pas trop la questionner pour éviter l’interrogatoire, mais de la mettre à l’aise pour l’inviter à se comporter naturellement. Si ça fonctionne bien, tu passes à l’étape finale que j’aime bien accompagner d’un geste tactile sur le bras : demander son numéro » L’équivalent de l’acte d’achat d’une marque quoi !

De futurs pick-up advertisers ?

C’est à se demander pourquoi les marques n’ont jamais engagé des pick-up artists comme intervenants pour leurs opérations. Alors que pour Chris : « c’est carrément possible, les approches sont très similaires ! Regarde, pour séduire, on utilise beaucoup la règle des 4×20, une technique commerciale qui juge déterminant les 20 premières secondes, les 20 premiers mouvements, les 20 premiers mots et les 20 premiers centimètres qui séparent ton visage de l’interlocuteur ! ». Une technique de vente qui s’est recyclée dans l’art de la séduction, soulignant la porosité des frontières.

Deux domaines perméables qui pourraient conduire un pick-up artist à devenir égérie d’une marque ? A ce sujet, le jeune homme confirme : « c’est très faisable, surtout pour les meilleurs d’entre nous. Certains sont très connus dans le milieu et influencent plein de personnes par leur confiance en eux et leur réussite ». Dotés d’une aura qui inspire les connaisseurs, les pick-up artists de haut niveau cultivent aussi un certain mystère aux yeux des profanes qui n’ont peu voire aucune idée de leur existence. Le pouvoir mimétique est donc grand, et pourrait être exploité à travers des marques de vêtements, de bijoux, d’évènementiel… Attention, néanmoins, à choisir un pick-up artist qui n’utilise pas son art pour manipuler son prochain. L’endorsement serait contre-productif.

Et si on pousse la logique jusqu’au bout, pourquoi ne pas former les intervenants d’une marque aux techniques de pick-up artists ? Avec la montée du street marketing et de l’interaction entre les représentants de la marque et ses clients, c’est presque nécessaire selon Chris : « Ce serait vraiment plus efficace car l’approche ne serait pas commerciale, ou du moins elle serait déguisée. Les techniques de séduction seraient certes apprises, mais utilisées assez naturellement pour créer un vrai lien avec les gens ». Une manière de souligner la nécessité des marques de s’inspirer de nouveaux intermédiaires moins formatés et policés par le secteur de la communication.

Salas Romain

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