15 juin 2011

Temps de lecture : 3 min

Des petits commerces aux grandes idées

L’Espresso Book Machine et le Record Store Day: deux exemples américains prouvent que le consommateur redécouvre le commerce de la rue avec des indépendants pleins d’idées, qui jouent la proximité et l’inventivité

Livres et disques se vendent mal, à qui la faute? Les géants de la distribution de produits de loisir ne proposent plus le service attendu par le consommateur.

«Store Closing» pouvait-on lire sur les vitrines du magasin Borders de New York en février dernier… Borders, le numéro deux américain de la vente de livres a décidé de fermer 200 magasins aux États-Unis. En 2009 déjà, les magasins de disques Virgin et Tower Records disparaissaient dans Big Apple laissant la place à des boutiques de vêtements.

Tous clament à qui veut l’entendre que la faute viendrait du méchant Internet qui chamboule la consommation des produits culturels. Certes, la possibilité de commander en ligne son livre sur Amazon depuis sa tablette électronique et de le recevoir deux jours après sur son lieu de vacances n’arrange pas les affaires de ces immenses points de vente qui coûtent cher en fonctionnement. Idem pour la musique, pourquoi se rendre dans un «supermarché du disque» alors qu’il suffit de quelques clics sur iTunes pour posséder son morceau préféré?

Le progrès technologique est là et nous devons vivre avec, c’est un fait. En revanche, le consommateur a toujours besoin, et encore plus dans un monde virtualisé, de rapports humains. Là, le point de vente est imbattable, si et seulement s’il réussit à apporter une vraie dimension humaine faite d’écoute, d’échange et de service au consommateur. Si les grands distributeurs semblent avoir oublié ce paramètre important, focalisant leur priorité sur la mise en avant de la culture sur des mètres linéaires, les petits indépendants y trouvent une raison de vivre et de proposer une alternative séduisante au consommateur. Les deux exemples ci-après montrent que le commerce de proximité a encore (toujours) une carte à jouer quand il est fait avec intelligence et inventivité.

Lorsque Jeff Mayorsohn et sa femme décident d’investir dans une petite librairie en plein Massachusetts, c’est pour en révolutionner le métier. Sa stratégie repose sur une Espresso Book Machine (EBM®), sorte de grosse imprimante capable d’imprimer une copie d’un livre en 4 minutes, inventé par la société On Demand Books. Il suffit d’apporter son fichier électronique contenant un livre au format numérique chez Harvard Book Store (le nom de la librairie!) et l’EBM® vous délivre un vrai livre avec sa couverture le temps de boire un espresso que vous propose gentiment le propriétaire.

Grâce à Google et Sony qui ont signé un partenariat avec le fabricant de cette fabuleuse machine, plus de 4 millions de titres, dont beaucoup sont des tirages épuisés, trouvent une nouvelle vie chez Jeff Mayorsohn. Les étudiants sont ses principaux acheteurs ainsi que les particuliers qui mettent en pages leurs propres livres. Il faut compter 7 euros pour un 200 pages. Soucieux de ses clients qui envoient leurs fichiers depuis Internet, Harvard Book Store propose un service de livraison des ouvrages imprimés à domicile par des coursiers à vélo… 1 500 livres sont achetés chaque mois dans cette sympathique librairie totalement éco-friendly!

Le Record Store Day est arrivé en France

En 2007, un petit disquaire de Portland a révolutionné l’approche du marché du disque en lançant le Record Store Day avec quelques collègues. L’idée était simple: convier pendant une journée des artistes chez des disquaires pour organiser des concerts ou enregistrer des titres vendus uniquement chez des indépendants. Un an plus tard, des centaines de disquaires avaient repris le concept dans tous les États-Unis et le Record Store Day s’est officialisé: chaque année, le troisième samedi du mois d’avril, les boutiques participantes proposent des disques en édition limitée, des rééditions, des disques en avant-première et des mini-concerts, le tout en accord avec les artistes et les maisons de disques. Des Rolling Stones à Muse, beaucoup de grands artistes ont déjà joué le jeu.

En 2010, le groupe anglais Blur a même enregistré un morceau inédit pour l’événement. Aux États-Unis le jour du Record Store Day, le chiffre d’affaires est supérieur aux ventes de Noël !
En 2011, la France a accueilli pour la première fois l’événement avec des artistes prestigieux (Benjamin Biolay, Charlie Winston, Gotan Project…). Les gens se pressaient dans ses petites boutiques et redécouvraient le plaisir de se faire guider ou conseiller par des passionnés.

Alors êtes-vous tenté pour démarrer votre petit commerce et rejouer David contre Goliath?

Guillaume Cadot / mylabstudio.com

La rédaction

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