9 décembre 2011

Temps de lecture : 6 min

Parly 2 retrouve son design Sixties Chic

Pour redonner à Parly 2 son lustre d’origine, sa rénovation a été menée en collaboration avec l’agence Saguez & Partners. Olivier Saguez a réinterprété de manière contemporaine les codes des années soixante et s’est inspiré de l’histoire forte du centre, dans le respect de son architecture et son identité.

«69 année érotique», faisait chanter Serge Gainsbourg à Jane Birkin de sa voix à la fois candide et sensuelle… Année de toutes les audaces, quand liberté rimait avec innocence. Tout était encore permis. Les Trente Glorieuses battaient leur plein, la créativité était à la hauteur des nouvelles idéologies et des nouvelles ambitions.

Dans la lignée des belles architectures emblématiques de l’époque, comme la Maison de la Radio, Orly Ouest, le Hilton Suffren, le Concorde ou le paquebot Le France, Parly2 apportait une part d’utopie. Influencés par l’American Way of life, les Français aspiraient à un nouveau mode de vie dedans-dehors. C’est l’apparition de la cuisine ouverte, du barbecue, du living-room et du dressing-room…

Parly2, esprit avant-gardiste

En résonance avec ce nouvel art de vivre, Parly2, contraction de Paris et de Marly, «emmène à la campagne le meilleur de Paris», tant dans ses commerces et ses services que dans son design et son architecture signée Claude Balick. Le centre accueille les enseignes parisiennes les plus chics: Lenôtre, le maître-fromager affineur La Ferme Saint-Hubert, les cigares La Civette et même le premier Drugstore Publicis s’y installent. Il innove dans les services: le driving y fait son apparition. Les matériaux nobles entrent pour la première fois dans un espace commercial comme le marbre blanc de Paros ou l’acajou laqué.

«Parly2 est plus qu’un centre commercial. C’est une marque, qui a une vraie culture et une vraie histoire. A l’époque de sa création, il a apporté une part de rêve en offrant le meilleur tant dans le commerce que dans l’art de vivre», rappelle O. Saguez, fondateur de l’agence Saguez & Partners, en charge de la rénovation de Parly 2. Mais au fil des années et de ses extensions, le centre a été malmené, et a petit à petit tourné le dos à son passé. « L’agence lui a réimprimé son lustre avec une relecture contemporaine architecturale et artistique, inspirée des sixties. Nous avons voulu lui redorer son blason, retrouver l’audace de l’époque et renouer avec la même exigence de qualité, élégance et modernité qu’à son ouverture, pour l’inscrire à nouveau dans le meilleur d’aujourd’hui».

Le centre commercial: un lieu de loisirs et de plaisir
 Un centre commercial est un media de métissage, où on retrouve toutes les populations. 60% des visiteurs qui rentrent dans un centre commercial ne savent pas ce qu’ils vont acheter (source Clear Channel). Pour les faire passer à l’acte, il faut donc les étonner et les séduire. «Avec le nouveau Parly2, Unibail a fait le choix des loisirs, du plaisir et de la distraction».

En s’inspirant des Sixties Chic, l’agence de design a retrouvé la qualité des jeux de graphisme, la qualité des volumes et la noblesse des matériaux où la lumière devient source de sensations et d’émotions pour mettre l’espace en relief. Les volumes, dégradés au cours des années, sont re-soulignés grâce au dégagement des portiques de 8 mètres de largeur sur 8 mètres de hauteur, et de leur encadrement en acajou satiné. Réinstallés aux normes actuelles, les garde-corps sont épurés et revêtus de cuir grainé.

Les serrureries sont recouvertes d’or satiné. Les fontaines d’origine ont été restaurées et mises en lumière. Au sol, le dessin du calepinage forme un immense tapis, sur fond blanc de marbre de Carrare et ganses de marbre noir. L’axe central est ainsi découvert pour devenir un lounge-cathédrale. Les kiosques commerciaux laissent la place à trois espaces repos meublés par les plus grands designers des sixties : Ray & Charles Eames, Eero Saarinen, Arne Jacobsen, Jean Prouvé, Jaime Hayon, Louis Poulsen… Dans chaque salon, une stèle muséographique expose les miniatures du mobilier et raconte l’histoire de l’œuvre du son créateur.

Blanc à l’origine, le plafond a été entièrement déposé pour faire place à une nouvelle trame inspirée des formes géométriques «voile tendue» des sixties. Saguez & Partners a fait réaliser des nouveaux moules en forme de cabochons incurvés, à l’identique du modèle d’origine signé Claude Balick. Dorés à la feuille de cuivre par un artisan local, ils sont remontés à l’instar des plafonds très travaillés des belles architectures, comme une grande nef où ils forment un jeu graphique, rappelant les mailles métalliques du couturier emblématique des sixties, Paco Rabanne. Dorés à la feuille de cuivre, par un artisan local, ils sont remontés à l’instar des plafonds très travaillés des belles architectures, comme une grande nef.

Lumière et son: éléments phares du nouveau design

Envisagée comme un matériau à part entière, grâce aux performances techniques du led, l’éclairage de Parly 2 joue avec les volumes. Diffusée à travers des gorges de lumière en périphérie et dans la nef centrale du plafond, elle évolue au rythme des journées et des saisons. Comme un hommage à l’époque de la création de Parly2, l’agence s’est entourée de quatre artistes dont les créations mêlent à la fois esprit des sixties et design contemporain.

Elle a ainsi fait appel à l’artiste-plasticien Matteo Messervy pour travailler des projections. Comme des fenêtres sur l’extérieur, elles apportent un regard différent et décalé sur la nature dans un espace dépourvu d’ouvertures. Place de La Madeleine, le Mikado de Mathias joue également avec le verre transparent et des tubes suspendus par des bagues en cuivre pour multiplier la source lumineuse. S’étendant de l’entrée de La Concorde à la Place de l’Opéra, l’installation monumentale «Hypnotiques Conversations» de Matteo Messervy est formée de six anneaux et de quinze plafonniers en inox poli noir et verre soufflé.

Petit lexique des Sixties Chic

Dites idole et non star
Dites transistor et non radio
Dites tube et non hit
Dites flirter et non targeter
Dites surprise-partie et non soirée
Dites Polaroïd et non Jpeg
Dites Prisunic et non Monoprix
Dites Scopitone et non clip
Dites Madison et non tecktonik
Dites «c’est sensas» et non super
Dites brillantine et non gel
Dites 45 tours et non CD
Dites roudoudou et non Tagada
Dites pick-up et non hi-fi
Dites Saint-Tropez et non Ibiza
Dites Drugstore et non concept store
Dites playboy et non beau-gosse…

Sur la façade encore en travaux, bâchée à l’image des immeubles new-yorkais, les affiches x-larges en noir et blanc du photographe de mode Andrea Klarin s’exposent comme des photos d’art, rappelant les défilés d’Yves Saint-Laurent ou de Pierre Cardin. «L’idée est de redonner de l’esprit au lieu», explique O. Saguez. Elles exaltent la mode des sixties, réinterprétée avec des vêtements d’aujourd’hui portés par deux top-models, nouvelles égéries de Parly2. A l’intérieur, les photographies sont déclinées dans une frise qui raconte l’histoire du centre et fait l’éloge des sixties.

Une bande musicale, composition originale du designer sonore Frederic Sanchez, (qui a fait les défilés de Prada) mêle les notes des sixties, esprit Gainsbourg et musique expérimentale de Pierre Henry, à celles d’aujourd’hui. Un mixage qu’on écoute comme une séquence mémoire et qui est différent selon les endroits où il est diffusé.

«Je souhaite faire de Parly 2 un centre mi socio-culturel et loisirs, dont les magasins et animations évoluent sans cesse. Il faut que chaque visiteur s’interroge sur la prochaine surprise qu’on va lui offrir. Qu’il soit toujours surpris, souligne O. Saguez. L’agence a ainsi concocté un programme de deux ans autour de la technologie et de la lumière, qui permettra aux lieux d’être constamment en mouvement.

PARLY2 Une marque chic qui claque

Saguez & Partners a dessiné une typographie originale, inspirée du graphisme pop et gourmand des marques idoles des sixties : les 45 tours de Barclay, le grand magasin Brumel ou le Drugstore… Influencée par le travail du graphiste français très en vogue dans les sixties Albert Boton – à qui l’on doit le logo Cacharel – elle est toute en rondeur et en coquetterie avec ses pleins et ses déliés, sa lettre P qui s’enroule et son Y qui s’étire. La couleur mandarine, incontournable des sixties, s’associe au duo noir & blanc et à l’or, non sans rappeler les génériques de Christophe Averty et de l’émission Dim Dam Dom qui utilisaient pour la première fois un univers graphique pour communiquer sur des faits de société. Et le semis de lettres P, comme Paris, comme Parly, réinterprète les jeux graphiques de l’art cinétique incarné par Victor Vasarely et Jesus-Rafael Soto.

«Aujourd’hui, Parly2 se réveille pour redevenir le lieu du Smart-Living Shopping qui conjugue les Sixties Chic avec une nouvelle douceur, et redevient une marque», conclut Olivier Saguez, qui parie que d’ici peu les centres commerciaux français seront «chic et choc», et totalement trendy.

La rédaction

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