5 mai 2010

Temps de lecture : 2 min

Les paradoxes des temps mutants

Le temps ne mérite-t-il pas qu'on s'y penche un temps, ne serait-ce que pour en maîtriser - illusoirement - le passage, encore que, comme le dit justement un ami physicien, « ce n'est pas le temps qui passe, c'est nous qui passons. »

Le temps  ne mérite-t-il pas qu’on s’y penche un temps, ne serait-ce que pour en maîtriser – illusoirement – le passage, encore que, comme le dit justement un ami physicien, « ce n’est pas le temps qui passe, c’est nous qui passons. »

Le temps s’inscrit aujourd’hui dans les débats sociétaux, économiques et environnementaux. L’allongement de la durée de la vie et de la jeunesse induit des conséquences dont on ne mesure pas encore l’ampleur. Comme la course à la jeunesse –mais notre cerveau n’est-il pas ainsi fait que l’âge perçu diffère de l’âge réel, et plus nous vieillissons, plus ce décalage est important-, l’attachement magique à la réversibilité du temps par les techniques « anti-âge ». Mais surtout, qu’en est-il de ces populations qui atteignent les 60/65 ans en pleine forme et santé et à qui 20 à 30 années restent à vivre ?…

Ces années qui suivent la ‘seniorité’ flamboyante où la reconnaissance sociale se mesure à son juteux pouvoir d’achat, n’ont pas été « pensées » dans nos sociétés occidentales, tant la mutation est rapide et nos réticences face au vieillissement vigoureuses. Pour ces plus âgés, les fabricants de prévention, de santé et de leurs peurs conjointes proposent des programmes dignes de l’anti-chambre du grabatairisme et de la mort. Et qui veut mourir à l’ère de la techno-science, du prothétique et du déni de la grande faucheuse ?

Une autre mutation dans la perception du temps : la problématique du « care », de l’attention portée à l’environnement, au sens spatial de notre appartenance planétaire, et temporel par le principe de « durabilité », mis aujourd’hui à toutes les sauces de la bonne conscience mais ouvrant aux projections dans le futur.
C’est peu dire, et cela dure encore, que le futur est mal en point dans notre monde où l’incertitude et la complexité s’érigent en principe et se heurtent au besoin viscéral de sécurité et de risque zéro. Cette conscience d’un futur à construire par notre responsabilité au présent peut-elle se conjuguer avec la jouissance d’un présent où tous les bonheurs seraient possibles, par des sollicitations toujours plus nombreuses et dans un illimité du désir ? La frustration d’un carpe diem pas toujours réalisable et le souci du raisonnable ont terni les sirènes d’une consommation in-sensée.

Et la notion de limite, nouvel enjeu, borde aujourd’hui nos consciences et parfois nos actes. Recyclage pour un usage renouvelé des produits, fin du gaspillage et de l’obsolescence, innovations mieux pensées… et le désir d’un temps de soi moins hachuré, de ses rythmes propres, d’une simplicité facilitatrice des choix.

Dans ce paysage d’une lenteur renouvelée, l’incontournable fièvre numérique agite un autre visage du temps. Temps réel, d’instantanéité, de réponse  immédiate, d’ubiquité… La responsabilité pour des temps futurs peut-elle se loger dans les nouvelles temporalités des technologies numériques ? Je ne doute pas de la capacité des réponses humaines à combiner les paradoxes de ces temps mutants… Mais tous y parviendront-ils ? Et pour quel « meilleur » ? Le futur reste ouvert à ces interrogations.

 Danielle Rapoport / Psychosociologue
Directrice de DRC, étude des modes de vie et de la consommation

 

La rédaction

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