20 janvier 2010

Temps de lecture : 2 min

Open foule

De la mobilisation massive et inédite suite au tremblement de terre en Haïti en passant par le « crowdsourcing » il semble que la foule incarne une nouvelle réalité et une nouvelle mesure de la vie sociale. Les chiffres sont éloquents : des dizaines de milliers d'appels, quinze millions d'euros, 140.000 dons par SMS en moins de deux jours... Thomas Jamet...

De la mobilisation massive et inédite suite au tremblement de terre en Haïti en passant par le « crowdsourcing » il semble que la foule incarne une nouvelle réalité et une nouvelle mesure de la vie sociale. Les chiffres sont éloquents : des dizaines de milliers d’appels, quinze millions d’euros, 140.000 dons par SMS en moins de deux jours…

Les sommes récoltées en France suite à la catastrophe en Haïti sont largement supérieures à la totalité des dons récoltés lors de l’après-Tsunami en 2004 sur la même période. La capacité de mobilisation spontanée est massive, mondiale, immense et émouvante. Mais elle est surtout assez symbolique du nouveau visage du monde, qui est celui de la foule. Nous avions déjà évoqué dans cette rubrique le phénomène impressionnant des foules dans la ville et les travaux du penseur américain Howard Rheingold, qui pressentait l’avènement de « foules intelligentes » reliées et connectées par les nouvelles technologies pour réaliser des flashmobs, des pillow fights (batailles d’oreiller géantes) ou pour chanter à l’unisson des tubes interplanétaires…
Dans un autre registre mais dans la même lignée, les créatifs et créateurs du monde entier donnent naissance ces temps-ci à un nombre impressionnant de projets générés par un autre type de foule : les internautes. Le projet « Star Wars Uncut » fait reproduire en intégralité toutes les scènes du film mythique de George Lucas par les fans du monde entier tandis qu’un projet intitulé « One Frame Of Fame » propose aux internautes de générer le premier clip participatif de l’histoire de la musique, à l’aide de centaines de webcams. Cette initiative très récente d’un groupe electro-rock néerlandais (C-Mon & Kypski) est saluée par le petit monde de la blogosphère comme une réelle innovation et une solution participative aux problèmes rencontrés par l’industrie du disque pour promouvoir ses artistes. Cette tendance a un nom : le « crowdsourcing ». Ce terme barbare bien connu des professionnels du 2.0 signifie littéralement l’externalisation de la production de certaines tâches à la foule des internautes, et l’utilisation de l’intelligence collective chère au Web 2.0…
Mais là où certains s’extasient, d’autres crient au scandale : cette tendance est-elle positive ou négative ? La foule est-elle créatrice de valeur ou au contraire destructrice de toute originalité car dominée par l’imitation ? Un débat qui rappelle l’opposition des travaux de Gabriel Tarde et Gustave Le Bon tous deux penseurs des phénomènes sociologiques du 19ème siècle. Pour Tarde, la foule est naturellement dangereuse car incontrôlable et dominée par l’instinct de meute et l’imitation affective, alors que Le Bon développe la notion d’ « âme collective » positive de milliers d’individus séparés qui peuvent à un moment donné, sous l’influence de « certaines émotions violentes ou un grand événement national» acquérir les caractères d’une personnalité psychologique unique.
Le village global se rassemble de plus en plus sur la place publique et le débat est lancé. Savoir dialoguer, jouer, voire influencer cette nouvelle entité sociale et ce réservoir majeur de créativité est un des enjeux majeurs de nos métiers de communicants. Que cela soit positif ou négatif, il va falloir apprendre à vivre avec la foule.

  Thomas Jamet est directeur général adjoint de Reload, structure de planning stratégique, d’études et d’expertise de Vivaki (Publicis). thomas.jamet@reload-vivaki.com
 

La rédaction

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