5 décembre 2012

Temps de lecture : 2 min

Nous n’avons jamais été modernes

The future will not be cool. L’avenir a toujours semblé être source de promesses et de rêves réalisés. Mais c’est souvent l’inverse qui se produit. Rarement le futur a autant été synonyme de retour… vers le passé.

Dans « Antifragile », un nouvel ouvrage profondément éclairant*, Nicholas Nassim Taleb, l’auteur du très puissant « Cygne Noir », décrit en quoi nous pourrions gravement nous tromper sur la signification du futur. Lorsque nous essayons d’imaginer l’avenir nous avons en effet tendance à prendre le présent comme base et à extrapoler sur la production de technologies additionnelles. Nous représentons ainsi souvent la société selon une utopie largement influencée par nos souhaits de voir la technique primer. Ce que décrit Taleb est l’illusion principale de la modernité : penser que le futur sera toujours source d’amélioration et de progrès.

Car le prisme de la technologie pour imaginer l’avenir a toujours été illusoire. Il suffit de se rappeler la manière dont l’an 2000 était représenté avec des villes pleines de voitures volantes et de l’alimentation en capsules. Mais nous buvons toujours du vin, un des plus anciens breuvages au monde et nous cuisinons toujours de la même manière. Nous ne nous déplaçons pas dans des capsules, nous ne nous téléportons pas et ne portons pas de costumes en celluloïde moulant en guise d’habit de travail. A de rares exceptions (comme le char d’assaut inventé par Léonard de Vinci ou certaines visions de Jules Verne), la représentation du futur a toujours été erronée.

Il faut se méfier de cette illusion que Taleb appelle « Neomania ». Car non seulement cette vision est fausse mais elle est aussi à contre-sens. Nous sommes entrés dans la postmodernité avec la prise de conscience que le futur ne serait pas forcément source de progrès. La présence du passé est même de plus en plus prégnante. Pour preuve, Nicolas Nassim Taleb en veut un retour aux médias antiques : la tablette, rappelant le retour aux premiers modes d‘écriture en Mésopotamie et à Babylone.

Nous vivons un recentrage sur les valeurs du passé. Ce « dépoussiérage antique » est intéressant à plus d’un titre en ce qu’il démontre que les grandes périodes de transition sont l’occasion – consciemment ou inconsciemment – de refonder une civilisation ou une culture sur des bases solides et souvent très anciennes. Cette nouvelle renaissance que nous serions en train de vivre obéit au même schéma. Car finalement « nous n’avons jamais été modernes » comme l’assénait Bruno Latour en 1991.

Une révolution en quelque sorte, mot dont l’étymologie signifie littéralement « revenir en arrière ». C’est en substance ce que les punks disaient avec leur mantra « No Future ». N’ayons pas peur du passé !

Thomas Jamet – Moxie – Président (Groupe ZenithOptimedia – Publicis Groupe)
www.twitter.com/tomnever

Thomas Jamet est l’auteur de « Ren@issance Mythologique, l’imaginaire et les mythes à l’ère digitale » (François Bourin Editeur). Préface de Michel Maffesoli.

La rédaction

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