2 février 2021

Temps de lecture : 3 min

Notre addiction aux smartphones nous transforme en « animal asocial »

Une étude australienne révèle que la nomophobie, ou la peur ressentie à l’idée d’être séparé de son téléphone mobile, pourrait nuire à la santé physique et mentale et conduire à des comportements dangereux. Pourquoi se faire du mal ? Les 3310 n’ont jamais nui à personne, eux.

À quel point pensez-vous être accro à votre smartphone ? Devenu indispensable à notre quotidien, le téléphone mobile présente bien évidemment de nombreux avantages, à condition de ne pas en être totalement dépendant. Une nouvelle étude menée par des chercheurs australiens révèle que la nomophobie, qui se caractérise par une peur excessive d’être séparé de son téléphone mobile, serait à l’origine de comportements dangereux pour votre santé et pour celle des autres. Rien de surprenant pour les aficionados d’entre vous puisque nous avions déjà réalisé un sujet sur la question en octobre 2016.

Des scientifiques de l’Université Monash à Melbourne se sont intéressés à la nomophobie, contraction de l’expression anglophone « no mobile phone phobia », qui n’est autre que la crainte d’être séparé de son téléphone mobile. Une pathologie nouvelle qui touche beaucoup plus de personnes que l’on ne pourrait le redouter, et qui se révélerait dangereuse tant sur le plan physique que mental.

Un mal du monde moderne

Publiée dans la revue International Journal of Environmental Research and Public Health, l’étude sondent ses 2.838 participants sur leurs habitudes de consommation dans l’objectif de dresser leur profil numérique. Conduite en Australie, pays dans lequel on recense 109,6 abonnements à la téléphonie mobile pour 100 habitants -contre 103,5 pour 100 habitants à l’échelle mondiale-, elle révèle que 99,2 % des participants ont bien signalé souffrir d’une forme de nomophobie. Si plus de huit volontaires sur dix étaient atteints d’un niveau de nomophobie léger à modéré, pas moins de 13,2% du panel avouait être en proie à une forme beaucoup plus grave de cette pathologie.

Les jeunes de 18-25 ans présentaient, sans surprise, les taux les plus hauts. 43,3 % de l’ensemble des sondés passaient plus de trois heures par jour sur leur smartphone. Or les scientifiques ont observé que plus son utilisation était importante, plus les volontaires étaient susceptibles d’être nomophes et plus leurs usages pouvaient devenir problématiques — dépendance, comportements à risque, pratiques interdites. Par exemple, les personnes souffrant d’inconfort et d’anxiété en l’absence de l’extension d’eux-mêmes dans leur poche étaient bien plus à même de le manier en conduisant ou dans des lieux où cela est défendu -salle de classe, cinéma, etc-.

Une spirale vicieuse qu’il est nécessaire de déconstruire

Inquiétudes à l’idée de ne pas pouvoir communiquer, de ne pas accéder à l’information -syndrome FOMO-, ou même une certaine peur de l’ennui… La nomophobie peut s’expliquer de multiples façons. Mais au-delà des conséquences physiques de cette addiction au téléphone portable -risques de myopie, migraines, troubles musculo-squelettiques, diminution des capacités cognitives, etc.-, les recherches ont montré que ce dernier a tendance à provoquer des « frictions entre les mondes numérique et physique ».

Si la dépendance de l’utilisateur est souvent liée à un sentiment d’appartenance, de connectivité et d’identité sociale, elle peut aussi réduire sa capacité à tisser des liens sociaux une fois déconnecté, conduisant au contraire à l’isolement. Pour Fareed Kaviani, chercheur principal de l’étude, l’usage devient problématique lorsque le numérique prend le dessus, au détriment du réel : « Nos résultats prouvent que la peur d’être sans son téléphone portable peut conduire à une utilisation problématique dépendante, interdite ou dangereuse, dont chaque facteur peut présenter des risques importants pour la santé, tels que la surutilisation, un comportement antisocial, ou une utilisation imprudente et physiquement compromettante. Si l’utilisation de votre smartphone a un impact néfaste sur votre santé physique, et/ou psychologique, ou sur celle de votre entourage, alors c’est un problème. Mais nous pensons que l’appareil, s’il est utilisé consciemment, peut être un complément au supercalculateur que nous avons dans nos têtes », concluent les auteurs de l’étude.

Au cas ou vous vous demanderiez quelle est la ligne rouge à ne pas franchir, au risque de tomber dans les affres de la dépendance, en voila une parfaite illustration : selon une menée par OnePlus et OnePoll auprès de 9000 européens de 18 à 35 ans, publiée en début d’année, Près de la moitié des Français interrogés ont déclaré préférer renoncer à l’alcool -45,2 %- et aux chips -44,1 %- plutôt que de ne pas avoir leur téléphone. Rien de dramatique me direz-vous, surprenant certes, venant du pays qui consomme le plus de vin par habitant à l’année, mais pas dramatique. Les résultats qui suivent sont d’une tout autre teneur : près de 5% des sondés ont avoué qu’ils préféreraient abandonner leur partenaire plutôt que leur téléphone. C’est à peu près autant que ceux qui ont avoué qu’ils échangeraient leur meilleur ami contre leur appareil. De quoi vous tranquilliser jusqu’aux retrouvailles du soir dans la couche commune.

Montagut Sacha

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