23 mars 2017

Temps de lecture : 5 min

Moonkey : le uber du baby-sitting

En France, les applications qui permettent aux parents de choisir facilement et en toute confiance une baby-sitter se multiplient. Depuis septembre, une nouvelle plate-forme essaye de sortir du lot dans un marché mûr qui demande une exigence marketing et technologique. Ce boom pose de vraies questions quasi sociologiques.

En France, les applications qui permettent aux parents de choisir facilement et en toute confiance une baby-sitter se multiplient. Depuis septembre, une nouvelle plate-forme essaye de sortir du lot dans un marché mûr qui demande une exigence marketing et technologique. Ce boom pose de vraies questions quasi sociologiques.

Le point commun entre les applications Happysitters, Babysittor, Yoopies, SOS Kid 02, Triboutchou, Kidssiter et FamiHEro ? Toutes proposent aux parents de trouver rapidement une baby-sitter pour garder leur chérubin. Certaines sont gratuites, d’autres réservées aux besoins ponctuels. Chacune possède son propre système de sélection, de notation et un modèle économique spécifique. Le marché français n’a jamais été aussi mûr pour les plateformes digitales de mise en relation, de réservation et de paiement de baby-sitters. Pour exister dans cet écosystème devenu très concurrentiel, technologie et marketing font la différence. Cette règle de deux de l’écosystème digital, la nouvelle venue Moonkey l’applique à la lettre.

Lancée le 6 septembre, l’application assure être la seule à proposer un service à la Uber, offrant l’accès à une base de baby-sitters triés un par un, et modérés manuellement. N’importe où dans sa (grande) ville, l’utilisateur trouvera plusieurs babysitters certifiées dans un rayon de moins de 2 kilomètres : c’est la promesse de Moonkey, qui se démarque aussi en reversant 5% de ses bénéfices à des associations spécialisées dans l’enfance. Quitte à paraître cul-cul, l’application prend le pari d’un ton et d’une sémantique dignes d’une bonne vieille comédie romantique d’un dimanche après midi pluvieux. Avec elle, en quelques clics vous pourrez vous lover en profitant de moments amoureux. Voilà pour le marketing.

Le concept d’envoi de demande, l’UX, la modération, le paiement, la géolocalisation constituent les produits d’appel technologiques de l’application. Gratuite et dédiée aux gardes ponctuelles des soirées à deux, Moonkey se rémunère à la transaction, en prélevant le parent d’un coût supplémentaire quand le babysitter touche 100% de sa rémunération. Pour un paiement via l’application, la plate-forme prend 10% en plus du tarif de babysitting, pour un paiement en cash la ponction est de 2,99€, soit les frais de mise en relation.

Ubériser pour dépoussiérer

« En quelques clics, vous pourrez créer votre demande, choisir un(e) ou plusieurs babysitters grâce à un profil détaillé et selon vos critères de préférence (proximité, tarif, expérience etc.), et envoyer plusieurs demandes à la fois afin de vous assurer d’une réponse positive. Après chaque mission, parents et babysitters ont la possibilité de se noter mutuellement (de 1 à 5 étoiles) ainsi que de se laisser un commentaire », complète Romain Séchan, l’un des trois co-fondateurs de Moonkey.

En six mois, l’application n’a séduit que 3000 utilisateurs mais finalement, ce chiffre ne veut pas dire grand chose. Si Moonkey a rejoint l’offre grandissante des applis de baby-sitting, c’est parce qu’elle croit dans son marché autant que dans ses forces. C’est justement pour le comprendre que nous avons discuté avec Romain Séchan, le directeur général, responsable UX et design.

INfluencia : avez-vous réalisé des études de marché poussées au préalable ou Moonkey est d’abord née d’un constat d’expériences personnelles ?

Romain Séchan : nous avons commencé Moonkey en nous basant sur l’expérience personnelle. Uber, Airbnb, Blablacar ou Amazon, tous ces services ont transformé nos habitudes en rapprochant les parties prenantes, et en simplifiant les modèles de consommation vieillissant. Avec Edouard, mon associé -tous deux jeunes parents- nous avions ce besoin de simplifier notre garde d’enfants. Il fallait que ce soit simple, rapide, et surtout, que nous ayons confiance en ce service. N’ayant pas trouvé de réponse sur le marché, nous avons commencé à nous constituer une base de donnée et étudié le marché.

IN : est-ce que Moonkey veut entrer dans la liste des start-up qui veulent « ubériser » leur marché ou est-ce que vous vous présentez-comme le airbnb du baby-sitting ?

R.S. : ce n’est pas une fin en soi. Toutefois, il est certain que nous sommes dans la hype des applications d’économie collaborative. Il y a énormément de personnes volontaires pour partager leur compétences, aider, rendre un service, et aussi gagner de l’argent. Il y a également une forte demande friande de tels services. Le babysitting a pour l’instant été un peu laissé de côté et Moonkey est là pour le dépoussiérer.

IN : quelles sont les clefs de la réussite d’une telle appli : la confiance, l’ergonomie, l’aspect pratique, l’enjeu communautaire ?

R.S. : la confiance. Je pourrais d’ailleurs classifier tous vos exemples comme des composants de la confiance. C’est un sentiment qui se travaille au quotidien. La construire passe par plusieurs étapes : l’écoute de nos utilisateurs et une disponibilité de notre équipe pour les aider et leur offrir un bon support produit. Mais aussi une bonne modération manuelle de chacun de nos babysitters : photo, description, questionnaire ou appels. Il faut que leurs profils inspirent la confiance. Notre objectif est réellement de construire l’expérience Moonkey en gardant l’utilisateur au centre de nos préoccupations. Garder en tête la problématique suivante : « Comment faire en sorte que des parents confient leur enfant et les clés de leur appartement à des inconnus ? ». Cela passe par un beau design bien sûr, mais également une expérience utilisateur simple, rapide, ergonomique et pratique. Construire une communauté sur les réseaux sociaux avec une personnalité, un ton, une image unique, l’image de Moonkey dans laquelle nos usagers se reconnaissent.

IN : pensez-vous vraiment que les parents d’aujourd’hui sont « géniaux » alors qu’ils n’ont jamais eu autant de facilités technologiques et logistiques pour assumer le choix de travailler plus ?

R.S. : j’espère qu’ils le sont oui. Certes nous travaillons tous beaucoup et parfois, voyons peu nos enfants. Devons-nous pour autant nous priver de vie sociale et conjugale ? Nous ne proposons pas un produit supplémentaire pour nous dédouaner de notre rôle de parent, bien au contraire. Moonkey est là pour aider les parents qui aiment leurs enfants, et qui veulent pouvoir les faire garder facilement, par les meilleurs babysitters possibles. Mes enfants adorent leur babysitter, et quand je sors avec ma femme ils sont plus contents que tristes de me voir partir. C’est ça qui me faire croire que Moonkey est utile.

IN : est-ce que Moonkey peut aussi être considérée comme une appli « matrimoniale » ?

R.S. : je suis persuadé que pour rester un bon parent, attentionné, aimant, présent, il est essentiel de penser à son couple et à soi, et d’avoir une soupape pour évacuer la pression qui nous entoure. Si sortir en amoureux ou entre amis devient le parcours du combattant, ça n’est même plus un plaisir et il devient alors facile de s’enfermer dans la routine quotidienne. Moonkey est là pour libérer les parents de ce stress supplémentaire. Donc oui, nous aidons indirectement les couples à se rapprocher et vivre des moments ensemble, tandis que leurs enfants sont gardés en toute sécurité par nos babysitters.

IN : alors que les applis pour rencontres pullulent, celles qui aident les couples à profiter de chacun malgré leurs obligations sont rares. Est-ce aussi un marché pour Moonkey ?

R.S. : je verrais plutôt les choses de la façon suivante : si les applications de rencontres pullulent, dont celles de rencontres extra conjugales, c’est peut être aussi parce que les applications telles que Moonkey n’existent pas assez ? C’est évidemment un marché pour nous car je suis persuadé (ou en tous les cas je l’espère) que notre société s’oriente vers des relations plus humaines et proches, versus l’individualisme des vingt dernières années. C’est un marché plutôt nouveau et peu mature.

Adler Benjamin

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