4 juin 2015

Temps de lecture : 6 min

C2 Montréal : cette nouvelle race de conférence

Le C2 Montréal vient de refermer ses portes, et il est grand temps de débriefer cet évènement d’un nouveau genre devenu, en seulement quatre éditions, mondialement incontournable…

Le C2 Montréal vient de refermer ses portes, et il est grand temps de débriefer cet évènement d’un nouveau genre devenu, en seulement quatre éditions, mondialement incontournable…

La première impression lorsqu’on arrive au C2 Montréal est pour le moins surprenante. Dès 8h30 du matin vous être plongé dans un hangar géant transformé en night-club pour professionnels créatifs ou en manque de créativité ! L’ambiance est sombre mais transpercée de faisceaux lumineux multicolores. Le tout est scandé par une musique omniprésente qui ambiance la foule et conditionne la journée. Une journée composée au rythme de ses participants qui ont le choix entre des conférences, des workshops, du networking et surtout des activités décalées comme un nid géant qui invite deux personnes qui ne se connaissent pas à l’explorer ensemble. Ou encore un filet suspendu dans le vide avec des chaises où les participants débattent autour d’un brief. Et c’est là que le C2 fait la différence ! Une mise en scène de conférence unique en son genre et qui donne un effet particulier à l’évènement. « Le modèle basique des conférences ne marche plus. Je peux même dire qu’il est révolu. Nous voulons réinventer la conférence d’affaire et insuffler un esprit créatif », explique Richard St Pierre le Président du C2.

Une scénographie avant-gardiste

La créativité. C’est justement ce qui définit le mieux cette conférence internationale qui a fêté ses quatre ans. Car avec le réseau publicitaire Sid Lee comme créateur et le Cirque du Soleil comme partenaire historique, la mise en scène ne peut être que léchée. Des shows lumières digne de Las Vegas, du live musical ou encore des intermèdes vidéos. Le son et l’image reflètent la volonté du C2 d’amener un environnement inédit, permettant, entre autres, en amont et en aval, une forte éditorialisation sur les médias sociaux. Le C2 veut être cool donc il se met en scène et le montre au monde entier entrainant dans son sillage l’esprit et le savoir-faire de Montréal. « C’est un peu la rencontre de Davos et du Burning man. Nous voulons mélanger les genres et faire savoir que l’économie de Montréal est créative et dynamique. Cette conférence a aussi pour mission de faire connaitre l’activité de la ville », souligne son président. Une bonne idée qui devrait être suivie par certains grands raouts basés à Paris…

Le hangar principal qui abrite la grande salle et qui fait office de night-club est aussi improbable. Composé d’échafaudages sur trois niveaux et de grands plateaux, il invite les participants dans une flopée d’activités allant du networking aux animations artistiques et créatives. Il y a même un showroom dédié à la mode locale. « Trouver des personnes avec des concepts et les rassembler est fondamentale pour mettre au point les meilleurs projets. Les bonnes idées sont celles où l’assemblage est optimal. Nous avons pensé le C2 comme nous aurions réfléchi à un show du Cirque de Soleil », précise Welby Altider, le directeur de création du Cirque du Soleil.

Un modèle à part

Au C2 pas de stands partenaires. Pas de publicité à outrance. Pas l’impression d’être dans une foire où chaque entreprise propose SA solution. L’accent est mis sur le relationnel. L’échange entre participants est la priorité des organisateurs. On dialogue sur des vélos d’appartements ou on alors pendant un tour de manège sur une grande roue qui attend les participants à l’extérieur. « Pas de client, pas de visiteur mais des participants qui doivent vivre une expérience ! Et c’est la même chose pour nos partenaires. Ils ne s’exposent pas. En revanche, nous sommes là pour résoudre une problématique », explique Richard St Pierre. C’est là encore une fois que C2 se démarque de la concurrence. Les organisateurs se transforment en prestataires de services comme avec Microsoft. « La firme américaine a des problèmes de reconnaissance envers des corps de métiers comme les services marketing. Notre mission a été de leur présenter les cibles qu’ils veulent toucher comme récemment les « Chief Marketing Officers » de grandes entreprises. Nous jouons alors les entremetteurs en répondant à un besoin ». La mécanique est efficace car elle fait dans la précision et surtout libère l’évènement de tous miasmes publicitaires qui nuiraient à l’atmosphère voulue par les organisateurs.

Du contenu mal léché…

Toutes grandes conférences qui se respectent se doivent d’avoir du contenu, des entreprises et des intervenants de classe internationale. Mais le problème provient de certains organisateurs qui ont tendance à croire qu’un directeur marketing ou un personnage célèbre peuvent se subsitituer à l’expertise ou l’intelligence pures de certains spécialistes… Et le C2 ne déroge pas à la règle. Car en invitant André Agassi, Alec Baldwin ou Chelsea Clinton, les organisateurs tapent dans le haut du pavé en matière de célébrités à la conscience engagée sans pour autant marquer les esprits… Payant, certes, pour la réputation de l’évènement mais que retenir de ces interventions ? Certes, une jolie histoire et des personnes attachantes mais au final rien de tangible, rien qui permette de s’ouvrir l’esprit ou faire avancer son entreprise.

Et ces personnes ne sont pas les seules à niveler le contenu du C2 vers le bas. Il y a bien pire… Les conférences, animées par certaines grandes entreprises, sont rudes à écouter tellement le discours propagandiste larsen par son inefficacité et son manque de spontanéité. Carolyn Everson, la VP global Marketing de Facebook illustre à merveille cette impression. Apprêtée d’une robe bleue Facebook et bien droite dans son sourire, elle a, durant l’intégralité de sa prise de parole, argumenté sur la magie et la bienveillance de son employeur. Livré des chiffres, démontré à quel point, le groupe de réseaux sociaux était puissant et indispensable au développement de l’être humain. Le tout, d’une voix monocorde, les poings serrés comme si elle menait un combat contre la faim dans le monde… Ce mode de communication est suranné, grossier et limite insultant quand on s’adresse à des communicants et des entrepreneurs. On attend de l’intelligence pas de la vente avec des arguments que l’on retrouve sur le Web.. Bienvenue dans l’ère du « bluewashing »…

D’autres acteurs comme Deloitte, partenaire de l’évènement, ne relèvent pas plus le niveau et malgré la présence du monsieur innovation de la firme, Terry Stuart… Dommage car ce grand cabinet a tellement d’intelligence à faire partager… « Certains conférenciers ne sont pas à la hauteur de l’évènement et on devrait éviter de donner la parole à des groupes qui n’ont rien à dire si ce n’est vendre leurs produits sur scène… », déplore un participant, Bijhan Zaver, planneur stratégique chez Enterprise Edmonton.

Mais tout n’est pas médiocre non plus. Loin de là ! Des intervenants atypiques et faisant preuve d’un esprit créatif et innovant étaient aussi sur scène. On retient David Rose, scientifique au MIT et à la tête de son Tangible Media Lab, Marije Vogelzang, une designeuse spécialisée dans le food ou encore Jacomo Corbo, expert sur la « Data Driven ». Leur expertise et leur vision amènent un vrai plus à la conférence et le slogan du C2 : commerce + créativité est ici respecté.

Clairement, le C2 Montreal est différent, novateur et en pleine croissance. Les organisateurs ont réussi à créer une vraie marque qui commence à s’exporter à l’international et surtout en Europe (Zurich, Milan, Copenhague, Amsterdam) avec dans un premier temps des formations présentées comme des évènements intensifs baptisés C2 Spark. « Nous voulons étendre les C2 Spark mais aussi installer une conférence C2 en Europe. Paris est intéressant mais ce n’est pas la seule ville qui retient notre attention. Notre volonté est de créer un réseau planétaire », confirme le président du C2. Une chose est sûre : le potentiel est là et il est énorme…

LES CHIFFRES CLÉS ET OFFICIELS DE L’ÉDITION 2015
• 5 000 participants
• 42 pays représentés
• 1 345 Brain Dates via « Hub », l’application de réseautage de E-180
• 79 partenaires
• 37 conférenciers de renommée mondiale dans le Forum Solotech
• 51 conférenciers du monde des affaires, de l’innovation et de l’entrepreneuriat social dans le Chapiteau BDC
• 30 ateliers et 10 masterclasses
• 3 expériences C2 Lab et le C:Lab, le laboratoire créatif du Cirque du Soleil
• Plus de 100 000 pieds carrés d’aménagements inédits, incluant une plaza extérieure avec sa grande roue
• 3 soirées et 10 activités proposées pour découvrir Montréal
• 19 installations artistiques
• 15 performances musicales et DJs
• Un espace boutique et 5 designers québécois
• Une équipe de 154 personnes et de 223 bénévoles

Clouzard Gaël

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