14 mars 2012

Temps de lecture : 3 min

Les mobiles sont-ils les nouvelles cigarettes?

Sommes-nous en train de nous intoxiquer avec les écrans? Les nouvelles technologies qui nimbent notre quotidien nous transforment-elles en cyborgs? 3 questions, 3 sentiments sur notre rapport aux nouvelles technologies.

L’anthropologue Amber Case, au récent SXSW à Austin, Texas (le rendez-vous incontournable des nouvelles technologies et des innovations culturelles et high-tech) a montré dans une keynote* que nous serions tous devenus des cyborgs. Non, nous ne serions pas transformés en Terminator ou  Robocop (la figure du robot est un fantasme qui a certainement disparu avec la modernité), mais en utilisateurs de technologies devenues des extensions de nous-mêmes. Dans cette même intervention très remarquée, Amber Case prédit l’événement des «technologies invisibles», que nous serions plus enclins à utiliser et à activer.

Elle dessina également les risques des écrans avec cette phrase qui a fait le tour de Twitter en live pendant sa conférence: «les mobiles sont les nouvelles cigarettes, le meilleur moyen de tuer le temps en attendant le bus», soulignant ainsi le côté usuel des nouvelles technologies et leur probable dangerosité. La même semaine, le Parisien mettait en une de son quotidien une question sur le rôle parfois très négatif que le travail et les écrans peuvent avoir sur nos vies personnelles, familiales et intimes.

Oui, les technologies posent de vraies questions sur nos vies

C’est vrai, les supports digitaux que représentent le Wi-Fi, les Smartphones, les tablettes, les ordinateurs, les surfaces tactiles qui apparaîtront bientôt partout dans notre environnement sont ressentis par certains comme une insupportable réalité. Un sentiment qui résonne avec notre relation de toujours avec la technologie: depuis toujours, l’homme a en effet eu un rapport ambigu avec elle. Le mythe de Prométhée imposa dès l’Antiquité un pré-requis négatif sur la technique. En allant plus loin, Rousseau célébra le culte de la Nature comme seul terreau favorable de l’homme et en enseignant que tout ce qui menait à un processus de dénaturation et d’éloignement avec la Nature était le mal.

En réaction se développa l’idée contraire chez Nietzsche ou encore chez Kant pour qui «il n’est d’humanité que dans la rupture avec la nature». Il s’agit là d’un des débats du moment et des années à venir : les nouvelles technologies sont-elles trop présentes? Sont-elles dangereuses? Changent-elles notre rapport à notre propre humanité ?

Non, les technologies ne nous éloignent pas de notre humanité

Le digital n’est ni un facteur éloignant de notre condition humaine et naturelle, ni le support d’une course effrénée et artificielle vers l’intelligence artificielle. Peut-être certains vont-ils s’inspirer du philosophe Hans Jonas, qui a souvent été accusé, à la suite de son ouvrage «Le Principe Responsabilité» de refuser toute technique ou progrès pouvant se poser en danger contre l’humanité, celle-ci devant être préservée à tout prix. Jonas était vu comme un penseur du contrôle, de la maîtrise, des limites, proposant de poser ces conditions au progrès et à la technique. Il est fort probable que la tendance à la non-connexion va se développer, notamment via des zones totalement préservées de toute connexion internet ou de tout réseau mobile. Et si c’était ça la plus grande transgression

Oui, il faut trouver un équilibre

Plutôt qu’une abstinence, une ascèse digitale est peut-être nécessaire. N’oublions pas que le mot «ascèse» signifie «exercice» en grec. Appliqué à l’athlétisme par exemple, il décrit une pratique équilibrée, libérée des excès, non excessive, raisonnée. Il s’agit d’une réelle philosophie de vie ne visant pas la performance pour la performance mais plutôt l’obtention du bonheur et de la sagesse. Après une période d’excès et de forte imbrication du fait digital dans notre environnement, un équilibre reste à trouver.

Il est de notre responsabilité de comprendre que le digital représente un véritable changement de paradigme, qu’il permet de mieux se connecter à nos désirs et nos pulsions, et de revenir à un état que nous avions quitté depuis longtemps, et qui nous rapproche de notre condition d’humain et de notre propre animalité. Et si on sortait un peu des écrans pour mieux y replonger?

Thomas Jamet – NEWCAST – Directeur Général / Head of Entertainment & brand(ed) content, Vivaki (Publicis Groupe)
www.twitter.com/tomnever

Thomas Jamet est l’auteur de « Ren@issance Mythologique, l’imaginaire et les mythes à l’ère digitale » (François Bourin Editeur). Préface de Michel Maffesoli.

La rédaction

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