26 octobre 2015

Temps de lecture : 3 min

Média : Le journalisme expérientiel peut-il s’imposer ?

En proposant gratuitement une expérience de contenu journalistique de réalité virtuelle aux abonnés de son journal papier, le New York Times fabrique un embryon de phénomène.

En proposant gratuitement une expérience de contenu journalistique de réalité virtuelle aux abonnés de son journal papier, le New York Times fabrique un embryon de phénomène.

« Il est déjà écrit que la réalité virtuelle va changer la pub comme il est difficile aujourd’hui de l’imaginer. Visualiser des produits en immersion donne une autre perspective aux consommateurs. Cela va permettre aux marques de développer de nouvelles expériences et il sera intéressant de voir comment la créativité s’adaptera à ces possibilités », expliquait dans AdAge, Brian Bau, analyste chez Gartner Group, en juin dernier lors des Cannes Lions. En septembre 2014, INfluencia s’était intéressé à l’opération #Getteleported de Marriott, mais depuis plusieurs mois, d’autres campagnes démontrent que certaines marques ont trouvé le secret pour tirer le meilleur de la réalité virtuelle. En attendant le modèle économique qui permettra la monétisation d’une technologie en cours de démocratisation, les consommateurs qui l’essayent l’adoptent. Logiquement, les médias entrent dans le jeu. Le New York Times vient d’annoncer qu’il allait distribuer près d’un million de Google Cardboard, à ses lecteurs.

C’est en assistant à un panel sur la réalité virtuelle lors de la conférence Digital Hollywood animée notamment par Aaron Luber, directeur des partenariats chez Google Cardboard, qu’INfluencia a appris la nouvelle . Le New York Times devient donc le premier grand média national nord-américain à proposer gratuitement un contenu de réalité virtuelle à tous les abonnés de sa formule papier. Pour les lecteurs qui ne le sont pas, il leur sera possible de remplir un coupon pour se faire livrer le sésame par la poste. Le prix ? 25 euros.

Début novembre, le quotidien newyorkais -parangon de l’ajustement de la presse classique au nouvel écosystème de consommation de contenu- lancera son application NYT VR. La plateforme permettra aux détenteurs de Cardboard de visionner une série de courts-métrages, dont le documentaire The Displaced, produit en partenariat avec le studio Vrse, et qui suit la migration d’enfants réfugiés du Sud-Soudan, de l’est de l’Ukraine et de Syrie. En France, le journalisme prend la balle au bond et s’adapte à cette nouvelle technologie. OKIO Studio, une maison de production spécialisée dans cette nouvelle technologie, lançait il y a quelques mois une série de reportages « 360° » avec un masque de réalité virtuelle.

Le NY Times pose la deuxième pierre, un an après…

« Nos lecteurs attendent du NY Times, un storytelling innovant et puissant et c’est ce que nous leur offrons avec cette expérience », commente Dean Baquet, directeur exécutif du journal. L’équipe rédactionnelle de notre magazine a créé le premier travail journalistique sérieux qui utilise la réalité virtuelle, afin de mettre en lumière une des plus graves crises humanitaires de notre époque ». Pour Jake Silverstein, rédacteur en chef, « le pouvoir de la réalité virtuelle est de procurer au spectateur un sentiment unique d’empathie avec l’action et ses protagonistes. Avec cette expérience d’immersion, nous plaçons nos lecteurs au centre d’une des plus importantes histoires de notre ère ».

Si l’initiative du New York Times devrait rapidement inspirer ses concurrents c’est notamment parce que la réalité virtuelle peut réconcilier les jeunes avec les médias d’information classiques. Le journalisme expérientiel est en train de naître : ou quand le consommateur interagit avec l’info comme dans un jeu vidéo ! En novembre 2014, le journal, Des Moines Register, proposait une expérience de réalité virtuelle en 3D à ses lecteurs. Marié à Oculus Rift, le projet Harvest of Change était alors une première chez l’Oncle Sam.

En distribuant gratuitement la Cardboard à ses abonnés, le journal américain résout une des principales barrières de la RV, son coût. « Moi qui ai connu les débuts de YouTube en 2005, j’ai le sentiment que la réalité virtuelle vit en ce moment cette même époque. C’est encore une niche car les grands acteurs du contenu ne se sont pas accaparés la technologie. Il faut le dire, la réalité virtuelle n’existe pas encore vraiment. Donc comment parler de monétisation quand elle n’a même pas une base de consommateurs », commentait Andy Cochrane, responsable des projets spéciaux et des nouveaux médias pour le studio Mirada, lors du panel organisé par Digital Hollywood. Le NY Times vient donc de poser une deuxième pierre.

Adler Benjamin

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