9 mars 2011

Temps de lecture : 3 min

Marshall McLuhan, le poète

Marshall McLuhan, le sociologue le plus cité et le plus adulé de la culture digitale fait l’objet d’une biographie remarquable signée par le romancier Douglas Coupland. L’occasion de se replonger dans la vie d’un homme hors du commun et dont la pensée a préfiguré et marqué notre époque.

Marshall McLuhan était loin d’être le gourou du monde digital que tout le monde se plaît à décrire (sans jamais vraiment le connaître). Cet homme très méconnu a écrit plus des choses justes sur les media et notre quotidien que n’importe lequel des sociologues actuels. Une de ses phrases les plus définitives ? « Le prochain média sera le prolongement de la conscience. Utilisé comme outil de recherche et de communication, l’ordinateur pourrait accélérer la recherche, rendre obsolète l’organisation bibliothéconomique, donner une capacité encyclopédique à l’individu et permettre l’accès électronique à des données sur-mesure et commercialisables ».

La justesse de cette analyse (publiée en 1962) fait froid dans le dos. Car tout est vrai et près de 50 ans plus tard, la pensée de McLuhan sur la fin de la « Galaxie Gutenberg » et le développement de ce qu’il appelait « l’interdépendance électronique » sont devenues une réalité, notamment avec les réseaux sociaux.

Un homme à la pensée aussi visionnaire que McLuhan n’arrive qu’une fois toutes les 3 générations. Et le personnage reste très mystérieux. Le romancier Douglas Coupland, auteur du célèbre « Génération X » vient justement de sortir un ouvrage sur McLuhan, une analyse brillante et totalement personnelle de l’œuvre du théoricien canadien.

Coupland était l’auteur idéal pour une biographie, démystifiant le professeur, décortiquant l’homme, proposant une vision unique sur cet homme hors-norme. La forme du texte est très originale, l’auteur proposant à intervalles réguliers des liens hypertextes, des citations, de petites fictions, des listes d’achat faites sur Amazon… Ce procédé déstabilisant met à dessein l’accent sur une partie de l’œuvre de Marshall MacLuhan : son côté artistique. En cela, Coupland montre le vrai visage de l’homme. Non pas celui d’un gourou, car McLuhan détestait finalement la technologie et le monde qu’il décrivait, mais celui d’un passionné, d’un véritable artiste, dans sa manière de travailler, de ne pas se prendre au sérieux… Coupland montre également McLuhan inspiré très concrètement par Duchamp, James Joyce et par l’art en général.

En cela McLuhan montre qu’il est un prophète (étymologiquement « celui qui voit au-devant », étymologie ayant aussi dérivé sur le mot « professeur », caractère que Marshall McLuhan incarnait peut-être plus que tout autre) mais aussi et surtout un poète. Car McLuhan était finalement un vrai poète. Le poète n’est pas uniquement celui qui met en musique une pensée et des mots, inscrit dans une démarche futile.

Pendant longtemps, et en particulier pendant l’Antiquité, la poésie était associée aux dons de divination. Le poète avait une fonction quasi messianique : c’était à lui que revenait le rôle de décoder les mystères et l’invisible et de les porter auprès du commun des mortels. McLuhan porta une vision, une pensée quasiment mystique lorsqu’il parle de « village global », rejoignant ainsi les pensées du jésuite Teilhard de Chardin pour qui la pensée humaine converge vers la création d’un grand corps global. En cela, McLuhan se situe donc plus du côté du shaman et du poète plutôt que du gourou. Le livre de Douglas Coupand montre de manière remarquable cette facette d’un homme qui a su « capter » l’air du temps qui venait.

Pour paraphraser et détourner sa phrase la plus célèbre de McLuhan « medium is the message », le livre de Coupland nous apprend plus que son œuvre elle-même (son « message »). L’homme nous apprend beaucoup lorsqu’on s’intéresse à lui. En cela McLuhan lui-même était ce « medium » qui doit nous inspirer. Plutôt que d’analyser sans cesse, laissons-nous la possibilité de décoder l’air du temps qui vient. C’est sans doute cela la meilleure leçon de l’œuvre du professeur McLuhan.

  Thomas Jamet – NEWCAST – Directeur Général / Head of Entertainment & brand(ed) content, Vivaki (Publicis Groupe)
thomas.jamet@vivaki.com / www.twitter.com/tomnever

Références ouvrages :
Dominique Wolton, McLuhan ne répond plus – Communiquer c’est cohabiter, 2009 (retrouvez Dominque Wolton dans INfluencia ici )
Douglas Coplan, Marshall McLuhan, 2011, ed. Boreal

La rédaction

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