17 mars 2022

Temps de lecture : 5 min

Margaux Roux (Chacun Son Café) “Nous avons une obligation d’être au plus proche des cultivateurs pour tout vérifier et apporter preuves et transparence.”

Chacun Son Café créé des cafés singuliers plus durables, plus responsables et plus justes envers les producteurs, ce qui lui a d’ailleurs valu de recevoir l’année dernière le prix corporate dans la catégorie “Préserver les ressources naturelles et la biodiversité” lors de notre première édition du Grand Prix de la Good Économie, pour son projet Act for Noun. Nous revenons avec Margaux Roux, directrice RSE, sur la transformation en cours de l’entreprise, labellisée B Corp, dans le cadre de notre observatoire de la Good Économie.
The Good : Pourquoi avoir candidaté au Grand Prix de la Good Économie ?

Margaux Roux : Beaucoup d’entreprises font du Greenwashing. Le fait d’avoir été sélectionnés et primés au Grand Prix de la Good Économie était une formidable reconnaissance pour nous d’être dans le camp des gens qui font. Nous avions cette exigence de transparence et aussi de visibilité pour notre projet. Les acheteurs en entreprise reçoivent pas mal de fournisseurs sur des thématiques souvent identiques (écolo, sans capsule, faire du café en grain, mieux payer les producteurs). Notre projet est très réel et très concret et répond aux besoins des acheteurs de sourcer des fournisseurs très engagés. L’audience de The Good est très importante pour nous car nous touchons les décideurs de la RSE et nous avons pu augmenter la visibilité de notre projet sur cette cible pour le faire grandir.

TG : Quel projet avez-vous soumis ?

M.R : Act for Noun est un projet de transformation agricole que nous menons dans le bassin du Congo qui implique les fermiers locaux au Cameroun. Notre idée est de régénérer les forêts et la biodiversité par l’agriculture en agroforesterie. Soulé Fondouo Mforen le fondateur de la coopérative de fermiers locaux a eu l’idée de recréer de la prospérité autour de son village en développant de l’agroforesterie manuelle, sous ombrage, bio et sans produit chimique. Il a développé toute une démarche de polyculture et permaculture qui va faire la qualité du café. Il avait également pour souhait le partage de la valeur finale du café. En le positionnant premium, ce café sera forcément mieux vendu et les producteurs mieux rémunérés. Les agriculteurs, avec cet argent, vont pouvoir cultiver dans leur parcelle d’autres produits comme par exemple des bananes, des mangues, des avocats, des légumes qui apportent des revenus complémentaires. Ce projet a aussi un autre avantage car il est situé dans le bassin du Congo, le poumon vert de la planète qui est passé devant l’Amazonie (source GIEC). Il est le lieu de 10% de la biodiversité mondiale et un formidable puits de carbone. La forêt n’est plus un frein mais devient au contraire un moteur économique qui implique les populations locales. Avec cette source de revenu, les fermiers deviennent les premiers gardes forestiers et préservent la forêt sur le long terme. Nous faisons venir aussi des scientifiques du CIRAD qui vont analyser les impacts des changements climatiques notamment sur l’Arabica.

Ce projet a aussi un autre avantage car il est situé dans le bassin du Congo, le poumon vert de la planète qui est passé devant l’Amazonie (source GIEC). Il est le lieu de 10% de la biodiversité mondiale et un formidable puits de carbone. La forêt n’est plus un frein mais devient au contraire un moteur économique qui implique les populations locales. Avec cette source de revenu, les fermiers deviennent les premiers gardes forestiers et préservent la forêt sur le long terme.
TG : Quel champ de l’impact votre projet concerne-t-il ?

M.R : C’est un projet écologique, social et sociétal. Écologique car notre action se concentre sur le reboisement des parcelles. Social car nous finançons la scolarisation des enfants, la bourse du livre, des formations pour les femmes (langues, mathématiques, gestion entrepreneuriale, contrôle de la natalité, savoirs sur les plantes médicinales). Paulin Baufreton, ingénieur agronome, est venu apporter son expertise en utilisant les ingrédients du sol pour aider les fermiers à fabriquer gratuitement leurs propres engrais biologiques. La coopérative fournit aussi de la formation, des plantes et des essences avec une prime à la reforestation et la biodiversité. Et enfin sociétal : les hommes quittent le village pour rejoindre les bidonvilles des villes ou les pays du Nord. Nous avons l’objectif de les faire revenir et donner des perspectives valorisantes aux jeunes.

TG : Quel est le chemin de transformation RSE que vous avez entrepris au sein de votre entreprise ?

M.R : A mon arrivée il y a 4 ans, j’ai développé la communauté #IAmACapsuleKiller pour changer les comportements. Nous avions aussi un projet au Nicaragua, puis la mise en place du programme One Cup, One Cent. Mais le point de bascule a eu lieu avec l’obtention de la labellisation B Corp il y a un an. Nous avons voulu valoriser dans cette démarche notre impact plus global sur le climat. Pendant cette démarche de certification, nous avons compris que notre impact climat était intégré à tous les niveaux dans le modèle économique de notre entreprise. Nous nous sommes implantés dans des lieux stratégiques où nous pouvons faire pousser massivement la forêt pour avoir une vraie action sur le climat. Nous nous sommes rendus compte que notre action à la source des plantations avait beaucoup plus de valeur. La certification B Corp est une vraie boussole pour nous et nous permet de voir le chemin encore à parcourir notamment avec le café qui est produit loin de chez nous. Nous avons une obligation d’être au plus proche des cultivateurs pour tout vérifier et d’apporter les preuves et de la transparence.

TG : Quelle est votre stratégie RSE globale ?

M.R : Notre premier objectif pour 2022-2023 est de nous rendre plus visible et de convaincre de nouvelles entreprises de nous rejoindre en choisissant nos solutions café au bureau. Le deuxième objectif est de capter les aides internationales publiques ou privées (ONU ou grandes fondations internationales). Pour accélérer notre stratégie RSE nous demandons de l’aide de nos clients notamment en pro bono sur les outils digitaux, la com, le juridique. Nous sommes presque en train de changer de statut à celui d’ONG en s’intégrant dans des objectifs scientifiques. En effet la reforestation est portée aussi par l’ONU et des scientifiques sur des projets plus long terme (2030-2050). Nous sommes en train de rejoindre l’école polytechnique de Zurich qui a créé un outil de pilotage de la reforestation. Nous allons leur fournir de la data pour les aider dans leur projet pharaonique de planter 1 200 milliards d’arbres d’ici 2030 pour absorber les 2/3 de nos émissions de Co2. Nous souhaitons nous intégrer dans ce mouvement là pour changer d’échelle. Par exemple au Cameroun, avec seulement 1 000 fermiers sur 42 000 dans notre coopérative, il y a encore un fort potentiel et bien sûr nous souhaitons dupliquer Act for Noun à d’autres régions ou continents. Nous voulons aussi créer des filières sur chaque produit comme par exemple la mangue, avec un partenariat pour produire localement les jus premium Alain Millat. Nous avons aussi un projet d’application avec l’École française de San Francisco. Cette application mobile, sur le modèle de la Ruche qui dit oui, permettrait aux fermiers de vendre leur production sur une place de marché locale et éviter tout gaspillage. Notre stratégie RSE globale est vraiment centrée sur les communautés.

TG : Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées sur ce chemin de transformation ?

M.R : Notre plus grande difficulté est d’avoir de la visibilité face aux grandes marques qui sont habituées à occuper l’espace de communication avec de gros moyens. Rien n’est balisé pour les entreprises à impact. Nous avançons encore un peu au feeling. Notre difficulté est aussi dans le spectre des thématiques que nous adressons qui sont d’une grande complexité : l’agriculture, le climat, la reforestation, l’assèchement des sols, la pauvreté, les bénéfices sociaux, la scolarisation, les flux migratoires. Comme nous avons un champ de problématiques très large, il est difficile de capter l’attention sur autant de sujets complexes. Nous avons travaillé nos discours pour essayer d’être le plus percutant possible et sortir aussi un peu des chiffres qui sont parfois abstraits et aborder le sujet de la disparition de la biodiversité qui parle plus concrètement aux gens.

TG : Quels sont les résultats que vous pouvez nous partager ?

M.R : Nous avons 7 collaborateurs et nous sommes en recherche de nouveaux partenaires !

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