30 novembre 2011

Temps de lecture : 3 min

Le marché mène la danse…

En ce moment, lorsque vous regardez les informations, vous n’y échappez pas. Notre dernière religion révélée. Tout le monde le sait, c'est l'économie...

Les marchés n’ont pas confiance » ou « les marchés aimeraient que ce gouvernement soit plus stable » – voici ce que l’on entend dans les medias” et où l’on passe du « a voté » au « a noté » avec la prise pour argent comptant de tout ce que peuvent dire les uns ou les autres ayant un accès aux médias de masse.

Cela me fait penser à quelques éléments de réflexion que j’aimerais faire partager sur la façon dont le monde de la communication et celui de la musique sont en train d’évoluer.

A mon sens, aujourd’hui les marchés ont trop souvent raison alors qu’ils ne peuvent résister à leur nature première qui est de croître quel qu’en soit le prix. Vous connaissez peut-être cette histoire du scorpion qui monte sur le dos de la tortue pour traverser la rivière…il la tue et se noie car c’est dans sa nature.

Dans ce secteur, le marché a trop souvent apprécié l’artiste comme la dernière variable d’ajustement d’une économie qui est aujourd’hui en mutation. Car quand on ne préserve pas la création dans un écrin qui est le moteur de cette industrie, on prend le risque du déclin.

Bien sûr, je force le trait encore mais le résultat n’en n’est pas moins flagrant et les conséquences néfastes. Alors certains me diront… »l’auto-production, l’internet, le piratage, la gratuité, la culture du zapping des gamins… » on peut effectivement se lamenter mais je ne pense pas que c’est cela qui fasse avancer les choses.

Certains ont engrangé des bénéfices durant des années. Les créateurs de ces entreprises sont partis pour la plupart et c’est aujourd’hui la gestion qui l’emporte trop souvent sur la création.

Le temps des paquebots devrait être révolu. Il faut remettre de l’agilité, de la force, de la conviction, de l’engagement, de la vision et surtout innover. Ce sont des flottes amirales dont nous avons besoin. L’union fait la force mais pour être effective, elle doit accepter de se nourrir de la  diversité. Une flotte amirale – aussi grosse mais plus agile – est plus difficile à coordonner mais elle fonctionne sur la fédération et non le consensus. Ce qui est le gage du meilleur. Le meilleur rien que le meilleur sans variables d’ajustement qui correspondent, d’expérience, toujours au plus petit dénominateur commun. L’union fait la force. La diversité aussi.

Refuser le principe d’homogénéisation de la pensée qu’elle soit musicale ou d’autres natures. C’est aussi refuser la seule concentration des entreprises. Je pense à ce qui se passe en ce moment dans l’industrie musicale. La normalisation des médias. Je pense à la logique du Mainstream et où il ne reste que quelques irréductibles pour continuer à proposer de la diversité musicale. Refuser un marché qui, aujourd’hui, fait à mon sens, plus la pluie que le beau temps. Car à force d’attendre et de gérer. De penser à court terme. On oublie la vision, le temps pour exprimer toute la force d’une œuvre.

Je pense à des Artistes comme Agnès Obel qui en arrivent à se produire seule (enregistrement et mixage) et qui doivent remuer ciel et terre pour trouver enfin un Label. On est dans la consommation au détriment de la grande aventure qu’est la Culture de l’Art. Pas de vision long terme sur des oeuvres mais une vision marketing et “product management” à court terme. On gère ce qui existe déjà. Je pense aux valeurs sures. On ne prend plus de risques. On n’innove plus. Et on ne laisse plus sa chance à la création et à de nouvelles formes. On attend qu’un artiste s’affirme avant de le prendre en main et de le distribuer. Je pense à des jeunes talents qui ne trouvent des distributeurs qu’une fois qu’ils ont marqué les esprits et les oreilles.

Mon propos n’est pas de stigmatiser les maisons de disques car beaucoup d’entre elles sont déjà en mode survie. Mais de combattre un modèle qui, pour le bien de chacun d’entre nous doit se transformer.

Je pense qu’il est temps d’insuffler un peu plus de liberté dans tout cela. Restaurer l’art de la diversité des lumières pour retrouver cette liberté créative qui nous a permis d’inventer des mondes meilleurs. Et de nouvelles formes artistiques. Laissons les Artistes s’exprimer. Donnons leur les moyens de s’exprimer car qui sait, ils pourront à nouveau inspirer le monde.

Une façon de faire cela, c’est de developper de nouvelles approches entre marques et musiques. Des approches où la marque joue son role d’agent culturel. Des approches où la marque propose toute sa singularité et sa différence en proposant des lignes editoriales musicales innovantes. Des approches où, c’est la marque qui donne le LA et qui inscrit une relation dans le temps cohérente et légitime. Des approches où la musique devient un élément à part entière de la Brand Culture.

Olivier Covo
Associé co-fondateur de Brandy Sound / www.le-lobe.com

La rédaction

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