26 octobre 2021

Temps de lecture : 7 min

Louis Carl Vignon, Ford France: « 22 milliards de $, l’investissement le plus massif de l’histoire de Ford ».

Louis Carl Vignon, président de Ford France commente les chiffres de l’étude Go Electric réalisée avec l’institut indépendant OnePoll,  dévoilée ce matin. Un sondage auprès de 2000 adultes dans toute la France et de 14 000 au niveau européen. Il explique à INfluencia, les avancées et les mésaventures du groupe automobile américain, qui dit-il, voulait dès les années 2000 assurer la transition vers l’électrique, grâce à une étape transitoire avec le véhicule E85 alimenté au Bio éthanol.  Leçon de choses par ici !

Influencia : vous dites que le groupe familial Ford a toujours été soucieux du climat, et l’un des premiers à s’intéresser aux alternatives écologiques en matière de carburant … Quels sont vos engagements aujourd’hui ?

Louis Carl Vignon : engagé sur la voie de la construction d’un monde plus durable pour les générations futures, Ford a annoncé d’ambitieux objectifs en matière d’émissions de gaz à effet de serre dans le résumé de son Rapport Environnemental et Financier 2021. Réduire de 76% les émissions absolues de gaz à effet de serre provenant des activités mondiales de Ford. Baisser de 50% les émissions de gaz à effet de serre (par kilomètre) provenant des nouveaux véhicules. Utiliser 100 % d’électricité renouvelable d’origine locale pour toutes les usines de fabrication d’ici 2035. Électrifier l’intégralité de la gamme de véhicules Ford qui sera 100% électrique d’ici 2030 pour les véhicules particuliers tandis que chaque véhicule utilitaire sera disponible en version hybride rechargeable ou 100% électrique dès 2024. Atteindre la neutralité carbone d’ici 2050.

IN. : il y a forcément des étapes intermédiaires dans ce programme ambitieux…

L.C. V. : Ford a utilisé l’approche de l’initiative Science Based Targets (SBTi) pour fixer des objectifs d’émissions intermédiaires conformes à ce que les derniers climatologues jugent nécessaire pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris. Les objectifs pour 2035 consistent à réduire de 76 % les émissions absolues de gaz à effet de serre provenant des activités mondiales de l’entreprise et de 50 % (par kilomètre) ceux provenant des nouveaux véhicules vendus dans le monde. La clé de la réduction des émissions est le développement de véhicules électrifiés. La stratégie de Ford en Europe est de se lancer massivement dans l’électrification, les véhicules particuliers devant être entièrement électriques d’ici 2030. En ce qui concerne les véhicules utilitaires, la gamme de Ford en Europe sera capable de produire des émissions nulles, avec des véhicules 100% électriques ou hybrides rechargeables, dès 2024.

L’objectif de neutralité carbone de l’entreprise pour 2050 est aligné sur l’Accord de Paris sur le climat, auquel les États-Unis se sont récemment réengagés et que Ford soutient pleinement.

L’investissement d’un milliard de dollars destiné à transformer l’usine d’assemblage de véhicules de l’entreprise à Cologne en un centre de fabrication de véhicules électriques, première installation de ce type en Europe, est le fer de lance du passage à l’électrique. En outre, la prochaine génération de la gamme Ford Transit Custom comprendra des modèles 100% électriques construits par Ford Otosan en Turquie, ce qui renforcera la stratégie d’électrification de Ford et son leadership en matière de véhicules utilitaires en Europe. L’objectif de neutralité carbone de l’entreprise pour 2050 est aligné sur l’Accord de Paris sur le climat, auquel les États-Unis se sont récemment réengagés et que Ford soutient pleinement.

IN. : comment éduquer les consommateurs sur l’électrique ?   

L.C. V. : l’étude montre que l’électrique est vu comme le futur. En attendant une bascule complète des consommateurs, l’hybride représente chez 31% des Français une première étape intéressante vers l’électrification.  1 personne sur 3 (33 %) estime qu’un véhicule hybride représente le meilleur compromis entre l’essence et les énergies plus propres. Cependant, l’étude montre également que les consommateurs ne connaissent pas toutes les solutions qui leurs sont proposées et sont un peu perdus. Par exemple, Ford propose aujourd’hui plusieurs typologies d’électrification, l’Hybridation légère, l’hybridation rechargeable, le Tout Hybrid, le 100% électrique…

l’étude montre également que les consommateurs ne connaissent pas toutes les solutions qui leurs sont proposées et sont un peu perdus.

Mais aussi des combinaisons avec des carburants renouvelables comme le bioéthanol avec le E85. Ford est le seul constructeur généraliste à proposer six modèles roulant de première monte au E85. Outre l’économie budgétaire pour les ménages avec un plein deux fois moins cher ( 0.67€ à la pompe), le E85 c’est aussi 40% de CO2 sur l’ensemble du cycle de vie. Donc oui, en tant que constructeur automobile, nous avons pour rôle d’éduquer le consommateur, de l’éclairer de façon qu’ils choisissent la bonne solution selon leur usage et leur besoin.

IN. : qu’avez-vous mis en place concrètement dans ce sens ?

L.C. V. : le site internet ford.fr propose un quizz pour trouver “son produit”… Nous réalisons également des évènements, tels que le Go Electric de la foire de Marseille pour présenter la ville de demain, expliquer l’électrification, les solutions de recharge avec des spécialistes (Product Genius) , la connectivité, essayer les véhicules. C’est en les conduisant soi-même, en faisant l’expérience que l’on comprend le fonctionnement, ainsi que l’agrément de conduite en électrique. Enfin, l’application FordPass accompagne au quotidien les utilisateurs dans leur conduite et les informe sur leur “bonne” conduite électrique soit la récupération d’énergie, l’évolution …. et partage des conseils pour une utilisation optimale.

IN. : que représentera l’électrique et l’hybride dans votre plan à 2050 ? Quel est l’objectif à atteindre ?

L.C.V. : le groupe s’est engagé à atteindre la neutralité carbone en 2050. Cela passe par une électrification massive des modèles (100% des Véhicules particuliers en 2030 et les deux tiers des ventes de véhicules utilitaires. Nous avons toujours cherché à rendre ses activités plus durables. Au cours de la dernière décennie, Ford a réduit de 40 % son empreinte carbone en améliorant l’efficacité énergétique et la conversion des installations de l’entreprise, ainsi que les processus de fabrication. Notre objectif qui est d’utiliser 100 % d’électricité renouvelable d’origine locale pour toutes nos usines de fabrication d’ici 2035 est en bonne voie et est étroitement lié à notre engagement en faveur des véhicules électrifiés. Parallèlement à ce dernier, de ne pas mettre de déchets en décharge grâce au modèle « réduire, réutiliser, recycler » et à l’élimination des plastiques à usage unique, la stratégie mondiale de l’entreprise en matière d’eau de fabrication vise une réduction de 15 % de l’eau douce absolue d’ici 2025.

Au cours de la dernière décennie, Ford a réduit de 40 % son empreinte carbone en améliorant l’efficacité énergétique et la conversion des installations de l’entreprise…

IN. : quel est le montant de vos investissements ?

L.C.V. : nous avons annoncé investir pas moins de 22 milliards de dollars (environ 18,2 milliards d’euros) dans l’électrification à l’échelle mondiale jusqu’en 2025, soit près du double de ce que Ford s’était précédemment engagé à investir dans les véhicules électrifiés. C’est l’investissement le plus massif de l’histoire de Ford.

22 milliards de dollars, c’est l’investissement le plus massif de l’histoire de Ford.

IN. : pouvez-vous brièvement nous décrire votre plan d’électrification ?

L.C. V. : cela commence dès les années 2000 avec la prise de conscience de l’importance d’œuvrer contre le dérèglement climatique. En 2010, en Europe, Ford introduit son premier véhicule électrique. En 2017, le groupe investit d’ici à 2025 dans l’électrification de la gamme jusqu’à investir dans l’électrification au global. En 2019, nous nous engageons avec les accords de Paris. Pour la marque, la mobilité ne peut se concevoir que dans une approche vertueuse. En 2024, tous les véhicules utilitaires auront au moins une version hybride ou électrique. En 2026, tous les véhicules  particuliers auront au moins une version hybride ou électrique. Avant 2030  nous ne produirons plus de véhicules qui utilisent du plastique non renouvelable. La même année, tous les véhicules particuliers seront 100% électriques. En 2035, nous utiliserons 100 % d’électricité locale et renouvelable dans toutes les activités de production. 2050, ce sera l’année de la neutralité carbone.

IN. : revenons au présent. Les Européens sont-ils vraiment prêts à acheter de l’électrique, y-a-t-il des freins et de quel ordre ?

L.C. V. : l’étude révèle que le public reconnaît de plus en plus que les VE représentent l’avenir (37 %), mais elle suggère également qu’il existe encore des obstacles légitimes à leur adoption. Les problèmes de recharge et l’angoisse de l’autonomie figurent toujours parmi les problèmes les plus importants perçus par les Français interrogés, 30 % d’entre eux déclarant avoir des inquiétudes quant à l’endroit où ils pourraient recharger leur véhicule, 23 % regrettant le manque d’infrastructure disponible et 27 % affirment que les VE les dissuaderaient de faire de longs trajets. Cette enquête montre à quel point les Français et plus généralement les Européens se soucient du changement climatique et qu’ils sont prêts à prendre un certain nombre de mesures individuelles pour aider à le combattre.

IN. : quel est l’âge moyen d’un acheteur de voiture aujourd’hui ?

L.C. V. : l’âge moyen d’un acheteur de véhicules neuf en France est d’environ 55 ans. Même si les jeunes sont vus comme plus sensibles au sujet du dérèglement climatique, l’âge moyen d’un acheteur de véhicules neufs électriques n’est pas différent de celui d’un véhicule à moteur thermique.

IN. :  l’angoisse, comme vous l’expliquez, de l’autonomie, comment Ford compte la régler ?

L.C. V. : les utilisateurs se rechargent généralement soit à leur domicile soit sur leur lieu de travail. Ce sont les longs trajets qui peuvent susciter des questionnements. Des applications comme FordPass citée plus haut, ou directement sur l’écran SYNC4 de la Mustang Mach-E permettent de préparer votre trajet. Le système indique automatiquement les lieux et temps de recharge. Cela donne une visibilité rapide sur le temps de trajet complet. Par ailleurs nous faisons  partie du consortium Ionity (consortium européen pour un réseau de recharge ultra-rapide des véhicules électriques) pour le développement d’un réseau de recharge ultra rapide. 400 sont déjà en activité en Europe. Le groupe propose à ses clients la carte Newmotion qui donne accès à un réseau de 250 000 bornes en Europe (dont 50 000 en France). Cette dernière est associée aux cartes de crédit des particuliers.

IN. : l’industrie automobile n’est pas la plus polluante, dites-vous, comment expliquez-vous qu’elle soit perçue ainsi ?

L.C. V. : en effet selon le Word ressources Institute, les transports ne représentent que 16,2% des émissions de gaz à effet de serre et arrivent quatrième derrière la consommation d’énergie dans l’industrie (24,2%), l’agriculture, la sylviculture et l’utilisation des terres (18,4%) et la consommation d’énergie dans les bâtiments (17,5%). Cependant, les Français classent les transports en troisième position. Certainement dû au fait que l’automobile, d’une part est plus visible dans le quotidien des Français, et que d’autre part, cristallise beaucoup de discussions dans l’opinion publique.

 

En résumé

Quelques chiffres et informations à retenir de l’étude Go Electric.

Les Français se disent prêts à sacrifier leurs trajets en avion et à réduire leurs achats de vêtements neufs pour lutter contre le changement climatique. À la veille de la COP26, Ford a interrogé les 14 000 citoyens de 8 pays européens (dont la France) sur leurs attentes et leur engagement quant au sujet de la lutte contre le dérèglement climatique. Si l’étude fait ressortir un sentiment d’urgence omniprésent, les différences par pays sont nombreuses, notamment sur le sujet de la responsabilité individuelle et des moyens à mettre en œuvre au quotidien pour freiner le dérèglement climatique, ainsi que les attentes vis-à-vis des entreprises et gouvernements à s’engager plus rapidement. Climate Countdown, le dernier rapport trimestriel de Ford Go Electric, révèle qu’une majorité écrasante d’Européens (une moyenne de 90 % dans chacun des huit pays étudiés) estime avoir un certain niveau de responsabilité personnelle dans la lutte contre le changement climatique. Dans de nombreux pays -dont le Royaume-Uni (32 %), les Pays-Bas (25 %), l’Espagne (38 %) et l’Italie (33 %) -au moins 25 % de la population se sent « très » responsables.Un Français sur 5 (19%) attend de cette COP26 que les pays européens avancent leur objectif zéro émission.  Un Français sur 5 (21%) seulement se sent “une grande responsabilité personnelle”dans la lutte contre le changement climatique. Pour une majorité de Français (62%), il est important -ou extrêmement important -que les gouvernements et les grandes entreprises prennent des mesures immédiates pour stopper les effets du changement climatique.Interrogés sur les principaux problèmes auxquels l’Europe est confrontée aujourd’hui -qui incluent des sujets importants tels que le racisme systémique, la prise en charge de la santé mentale et le rééquilibrage de l’économie -l’élaboration d’un plan mondial de lutte contre le changement climatique est considérée comme la priorité essentielle, juste après la reprise de l’économie post-épidémie COVID-19. Et si les Français s’accordent à dire qu’il est essentiel de disposer d’un plan de lutte contre le changement climatique (24%), ils sont tout aussi nombreux (29 %) à estimer qu’il est nécessaire de prendre immédiatement des mesures plus strictes pour enrayer ce changement.

1 Français sur 3 se déclare prêt à limiter ses achats de nouveaux vêtements. Parmi les principales choses que les Français seraient prêts à sacrifier, le fait de ne pas utiliser de plastique (38%), de réduire la consommation d’énergie (45 %) et de privilégier le circuit court(35 %) arrivent en tête. Si 44% des Britanniques sont prêts à limiter leurs achats de nouveaux vêtements, ce chiffre passe à 32% chez les Français et même à 29% en Italie. 35%des Français seraient prêts à moins utiliser leur voiture, tandis que 24% ont déclaré être prêts à renoncer aux voyages en avion à l’étranger, contre 30% chez nos voisins Anglais ou Allemands. La pratique du greenwashing a également été étudiée :  91% des Français interrogés déclarant penser qu’il s’agissait d’un problème notoire. Ce qui suggère un certain niveau de cynisme de la part des interrogés, c’est que 34% pensent que le greenwashing est une pratique dont « quasiment toutes » les entreprises sont coupables à leurs yeux. À la question de savoir quelle sanction devrait être infligée aux entreprises reconnues coupables de pratiques d’écoblanchiment, 42% ont répondu que des pénalités financières devraient être imposées sous forme de pourcentage du chiffre d’affaires et/ou des bénéfices. Les véhicules électriques représentent l’avenir.
Et l’électrification massive du parc automobile dans tout ça ? 31% des Français pensent que les véhicules hybrides représentent une première étape intéressante vers l’électrification ; 1 personne sur 3 (33 %) estime qu’un véhicule hybride représente le meilleur compromis entre l’essence et les énergies plus propres. En ce qui concerne les attitudes des Européens à l’égard des véhicules électriques(VE), l’étude révèle que le public reconnaît de plus en plus que les VE représentent l’avenir (37 %), mais elle suggère également qu’il existe encore des obstacles légitimes à leur adoption. Les problèmes de recharge et l’angoisse de l’autonomie figurent toujours parmi les plus importants perçus par les Français interrogés. 30% d’entre eux déclarent avoir des inquiétudes quant à l’endroit où ils pourraient recharger leur véhicule, 23% regrettent le manqued’infrastructure disponible et 27% affirment que les VE les dissuaderaient de faire de longs trajets.

Cristina Alonso

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