4 avril 2012

Temps de lecture : 5 min

Les logos des partis politiques: le changement dans la continuité

Entre le rouge pour la gauche ou le bleu pour la droite, l’orange, le violet, le jaune et bien sûr le vert font une percée dans les logotypes des partis politiques. Mais derrière cette identité revendicatrice, le lien avec les promesses des discours, n’est pas toujours évident. Réflexion de Sébastien Claudel, graphiste chez AKDVMARK.

INFluencia: se doter d’une identité pour un parti, une nécessité?

Sébastien Claudel: absolument, car elle est à la fois le témoin du contexte dans lequel  il s’est créé, mais aussi de son histoire, de son statut et de son évolution. Une évolution qui en général se fait indépendamment des élections et plutôt à l’occasion d’alliances ou de modifications de nom, comme l’UDF et le Modem, ou le RPR et l’UMP. Cet emblème est le garant de leur acquis et l’expression des idées, des valeurs, des engagements et de leur légitimité à être dans l’actualité. Et lorsqu’il y a lifting, c’est toujours dans la continuité.

Celui du Parti Socialiste, créé en 1968, s’est simplifié avec les seules lettres PS mais a gardé le poing et la rose. Même parcours pour le PCF -très classique et vu ailleurs (Vietnam, Chine…)- qui à partir de 1989 s’est repositionné en gardant une touche de jaune (liberté, espoir) et en gommant le marteau et la faucille. Alors que La Lutte Ouvrière les a gardés en filigrane. 

INFluencia: font-ils preuve de fantaisie?

Sébastien Claudel: pas vraiment. Mis tous ensemble, ils se regroupent en deux grandes familles, comme un signe de ralliement soit à la gauche, soit à la droite. Ceux des grands partis sont d’une très grande qualité confiés à des professionnels, très bien dessinés et bien équilibrés. Ils témoignent d’une volonté de fédérer, de soigner leur image. Ceux des plus petits, plus approximatifs, trahissent un manque de moyens ou le peu d’intérêt apporté à la forme, voire à la communication.

INFluencia: quel rôle joue la couleur?

Sébastien Claudel: majeur. C’est elle qui permet une identification immédiate du courant politique. Alors sans surprise, la droite est bleue et la gauche est rouge! Des couleurs, héritées de l’histoire du pays. Le bleu renvoie à la République, au drapeau français, symboles de l’institution. Le rouge à la révolution, symbole du changement. Bien sûr, la règle connait ses exceptions! Et le Parti Radical de Gauche se distingue par un rond jaune avec un «R» en bleu, laissant supposer qu’il n’est ni d’un côté ni de l’autre.

Bien mieux, le paysage politique s’est paré de teintes nouvelles -mais toujours issues des deux couleurs historiques. Ainsi Gauche Moderne, Alternative Libérale et Debout République ont misé sur le violet (union du rouge et bleu). Tandis que le Modem et Alliance Centriste voient la vie en orange, couleur complémentaire du bleu et qui joue sur la réserve. Des couleurs alternatives certes mais qui s’inscrivent dans la continuité et la logique de leur positionnement ou de leur passé comme pour le Modem qui regroupe l’ancienne UDF, qui avait déjà adopté l’orange.

La vraie rupture revient à EELV et Cap 21. En choisissant le vert, une couleur «premier degré», ils veulent se différencier et proposer un autre discours. Pourtant l’ambition reste descriptive en se cantonnant à la référence à la nature et à leur appellation : «Les Verts». Or, l’écologie, c’est bien plus que cela. D’où l’ajout de la fleur bio solaire. Puis devenu Europe Ecologie Les Verts, ce dernier a agrémenté le tout d’étoiles, histoire de rassurer. Le résultat est plus une somme hétéroclite d’éléments qu’un concept. Et d’une idée de départ très simple, l’emblème devient très compliqué. Il brouille presque les pistes et semble traduire une hésitation comme en écho à leurs discours ou à leur intitulé EELV.

INfluencia: existe-t-il d’autres standards pour un logotype?

Sébastien Claudel: d’abord, les symboles, qui comme pour les couleurs, viennent en droite ligne de l’histoire, tels un blason ou un étendard du Moyen Age.  La droite encore une fois se réfère à la République avec le drapeau, le chêne, la Marianne, le coq ou l’hexagone… tandis que la gauche favorise ceux de la révolution : le drapeau rouge, le poing tendu…   Pourtant quelques digressions sont à noter comme pour la Gauche Moderne, qui en plus de son code violet a inscrit un camélia, à la place de la rose, proposant ainsi une nouvelle projection.

Ensuite, la typographie, conçue comme un  monogramme. Elle est souvent statique et manque de dynamisme. En effet, excepté EELV qui joue les francs tireurs, encore une fois, avec l’option bas de casse,  la lettre capitale est de mise. Avec quelques particularités, toutefois, comme A sérifs ou linéale, Regular pour la droite, ou Linéale Bold ou Black pour la gauche, dont certains partis (NPA, Front de Gauche, Lutte Ouvrière, PCF…) alignent une typographie très structurée, puissante.

Cette dernière est née pendant les grandes propagandes du communisme, notamment dans les pays de l’Est avec l’Ecole Polonaise qui a produit des affiches dessinées au trait appuyé, avec du rouge du noir, du blanc. Tout en étant rassurant, ce style évoque la revendication, l’extrême, la violence, la logique de combat permanent, la révolution…

INfluencia : des préférences en qualité de graphiste?

Sébastien Claudel : indépendamment de toute idéologie, deux sortent du lot. Celui du NPA, qui est rigolo, absurde. Avec son porte-voix, il traduit visuellement l’action dans le présent, la manifestation mais n’induit pas la volonté de changer ou même une perspective. Sa logique est la pure révolution, sans aucune autre ambition.

Celui de l’UMP, avec son chêne, le blanc, ses proportions équilibrées, sa symétrie, sa simplicité, sa typographie, est rassembleur, rassurant, historique, héraldique. Il est comme un bouclier.

INfluencia: le logotype, est-il le reflet des programmes?

Sébastien Claudel: en général, il ne s’inscrit pas dans une prospective, une idéologie de renouveau, ou de rupture. En revanche, il est le garant d’un passé, d’une histoire dans lesquels on peut construire une actualité, même s’il n’est pas en lien direct avec les promesses annoncées par les programmes qui prônent le changement et la construction du futur de la France. C’est ce qu’on pourrait résumer par «le changement dans la continuité».

Propos recueillis par Florence Berthier

   Le logotype exprime un rôle de statut

– L’UMP se caractérise avec un chêne sur fond de drapeau français. Symbole de croissance, de pérennité et symbole européen, c’est également la symbolique du gaullisme. La typographie est équilibrée, dans un style Garamont, centrée sous le chêne.
– Le PS, exploite un symbole issu de la révolution: le poing tendu et la rose rouge, symbole de passion et reine des fleurs. Le monogramme s’impose.
– Le Modem : cartouche orange qui joue sur la réserve: négatif/positif, droite et gauche…
– EELV: un mot image! Le symbole décrit le nom: une fleur solaire associée aux étoiles européennes, une typographie verte.
Les extrêmes se concentrent également sur des symboliques historiques:
– Le FN avec la flamme tricolore, symbole dérivé de l’oriflamme de St Denis: l’étendard des Rois de France
– Le PCF, qui exploite le rouge et une typographie puissante type Impact, issue du vocabulaire des affichistes révolutionnaires. Avec un rappel du jaune historique, symbole de liberté et d’espoir.
– Ces mêmes composantes se retrouvent dans les logotypes du Front de Gauche, Lutte Ouvrière…
– Le NPA, rouge révolutionnaire et noir, revendique son action : le symbole de la manifestation à travers le porte-voix…

La rédaction

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