15 mai 2024

Temps de lecture : 3 min

La presse d’information au cœur de tous les débats de société

Cécile Prieur, directrice de la rédaction du Nouvel Obs et Dov Alfon, rédacteur en chef de Libération, n’ont aucun doute sur la question : c’est la presse d’information qui nourrit les grands débats de société depuis 50 ans. L’arrivée d’internet et des réseaux sociaux n’a pas changé cette donne. Bien au contraire… Rencontre lors du colloque, « Démocratie, information et publicité » organisé par l’UDECAM et l’ACPM en collaboration avec Influencia, à la Sorbonne Université, le 23 avril 2024.

Aujourd’hui comme hier… Lorsqu’on leur demande quels ont été les premiers débats de société qu’ils ont eu cœur de porter au cours de leur carrière, Cécile Prieur et Dov Alfon se remémorent certains épisodes de leur passé sans oublier ceux de leurs illustres prédécesseurs. « Mon premier combat mené après mon arrivée au Nouvel Obs fin décembre 2020 correspondait à la période de la publication de « La Familia grande », le livre de Camille Kouchner qui a fait énormément de bruit, explique la directrice de l’hebdomadaire. Nous avons mis Camille Kouchner en Une en janvier 2021 et cela a été une déflagration très importante dans la société car la question de l’inceste était un tabou extrêmement important à l’époque. J’ai été très fière de ce combat. Jean Daniel et Claude Perdriel ont créé Le Nouvel Observateur en 1964 avec l’envie de raconter la société. En 1972, notre magazine a publié en Une le premier coming out homosexuel de Guy Hocquenghem. C’était un événement majeur. En 1987, Jean-Paul Arron qui était un militant de la cause homosexuelle a raconté « son » Sida. Le Nouvel Obs a toujours été engagé dans ces combats sociétaux. »

Toucher où cela fait mal

La presse doit jouer ce rôle de « poil à gratter » en traitant de thèmes qui peuvent déranger et créer la polémique. « Il faut définir les combats qui sont précurseurs et qui ne font pas forcément l’unanimité comme l’appel du 18 juin que nous avons publié en 1976 concernant l’interdiction du cannabis, relate Dov Alfon. Ces trois dernières années, nous avons fait quatre Une sur le cannabis car la France reste un des derniers pays européens à instaurer un climat répressif alors qu’il faudrait préparer l’opinion. »

Depuis de nombreuses années, la diffusion de la presse d’information ne cesse de chuter. Les jeunes aujourd’hui « s’informent » principalement en lisant de très courts articles sur internet ou en consultant les « informations » souvent fausses ou incomplètes diffusées sur les réseaux sociaux. Les quotidiens et les hebdomadaires « traditionnels » n’ont pas perdu pour autant leur capacité à mobiliser l’opinion publique. C’est tout du moins ce que pense Cécile Prieur. « Cette capacité est toujours très grande, juge-t-elle Elle se décuple même mais d’une autre manière. Les magazines ont une diffusion plus restreinte que par le passé mais ils ont toujours une grande influence et un fort impact. Nous sommes constamment à la recherche de signaux faibles pour en faire de vrais sujets. Les gens se voient aussi au travers de nous et se reconnaissent. Notre travail est de rendre et de donner sens. Je ne pense pas du tout que notre influence se limite à notre diffusion. »

Les jeunes journalistes plus idéologues que jamais

La nouvelle génération de reporters et de rédacteurs semble, elle aussi, être animée par la même flamme qui brulait dans les cœurs et dans les plumes de leurs aînés. « La venue de jeunes journalistes de plus en plus diplômés mais aussi de plus en plus idéologues a changé la donne, reconnaît Dov Alfon. On sent que l’environnement est la première pensée qui leur traverse l’esprit lorsqu’ils se lèvent le matin et la dernière lorsqu’ils partent se coucher. Ils traitent ces questions sous tous les angles. Même lorsqu’ils partent en reportage pour couvrir un sujet comme l’affaire des migrants de Calais, ils auront un angle écologique dans leurs papiers. La rédaction est très attentive à ce combat. »

Cette lutte est un travail de tous les instants qui doit impliquer non seulement les organes de presse mais aussi leurs financeurs, à savoir les marques… « Le camp de la raison nous pousse à toujours expliquer les faits, les chiffres et les contextes car les réseaux sociaux se contentent de publier une image ou une phrase tirée ici ou là, tranche le rédacteur en chef du quotidien co-fondé par Serge July. Les journaux mais aussi les annonceurs et les publicitaires ont un rôle à jouer dans ce camp de la raison. J’ai la liste des gens qui n’ont pas mis une page de pub dans Libération depuis trois ans (rires). Le camp de la raison est constamment challengé, pour ne pas dire démenti, par les réseaux sociaux. Nous devons tous mener ce combat ensemble. » À bon entendeur…

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