18 octobre 2021

Temps de lecture : 4 min

Oracle met (enfin) son grain de data dans le sport pour s’allier les fans!

Après avoir longtemps boudé ce secteur, Oracle s’investit lourdement dans le sport. Voile, F1, football… Le géant américain veut révolutionner la « fan experience » grâce au traitement des données.

France SailGP Team helmed by Quentin Delapierre in action on Race Day 2 at Spain SailGP, Event 6, Season 2 in Cadiz, Andalucia, Spain. 10th October 2021. Photo: Felix Diemer for SailGP. Handout image supplied by SailGP

Grâce à la data, les fans de sport qui passent leurs journées sur le canapé à regarder des matchs, des courses ou des régates vont bientôt se prendre pour des entraîneurs ou des ingénieurs de piste. Le sport est devenu un énorme business. Rien qu’en France, le poids économique de ce secteur atteindrait 91… milliards d’euros, selon une étude du Groupe BPCE . Le sport business mondial générerait, quant à lui, des revenus annuels proches de 800 à 900 milliards de dollars, d’après les calculs de Jean-François Bourg, chercheur au Centre de Droit et d’Économie du Sport (CDES), soit près de 2% du PIB mondial. Ces chiffres ne laissent pas indifférent les multinationales.

Si les équipementiers et les marques de grande consommation cherchent depuis de très nombreuses années à séduire les amateurs de compétitions en tout genre, les géants de la techno spécialisés dans le B to B ont été plus longs à réagir mais beaucoup comprennent aujourd’hui qu’elles ne peuvent plus tourner le dos à un secteur qui génère autant de cash. Oracle tente notamment de rattraper son retard en adaptant ses connaissances sur la collecte et le traitement des données aux attentes des passionnés de compétitions sportives. « Il y a trois ans, on ne parlait pas de sport dans le groupe mais récemment nous nous sommes impliqués dans la voile, la Formule 1 et le football, résume Bastien Rousseau le directeur de la communication d’Oracle en France. Nous avons réalisé que la data peut, non seulement accroître les performances des compétiteurs, mais aussi améliorer la « fan expérience » auprès des spectateurs et des téléspectateurs. Ça, c’est nouveau… »

Vexé, Larry Ellison a décidé de ne plus participer à la compétition…

Le fondateur et grand patron d’Oracle, Larry Ellison, est un passionné de voile. Comme bien d’autres milliardaires à l’ego surdimensionné tels le Baron Bich, Sir Lipton, Harold Vanderbiltet plus récemment l’australien Alan Bond, l’italien Raul Gardini, l’américain Bill Koch et le suisse Ernesto Bertarelli, le richissime américain a participé à la Coupe de l’America. Après deux victoires, son équipe Oracle Team USA a été battue à plate couture par les Néo-Zélandais d’Emirates Team New Zealand aux Bermudes en 2017.  Vexé, Larry Ellison a décidé de ne plus participer à la plus ancienne compétition sportive au monde et de créer à la place une circuit international concurrent de l’événement fondé en 1851.

Sail GP est en passe de terminer sa seconde saison. Ses huit équipes nationales (Australie, Etats-Unis, Japon, Grande-Bretagne, Nouvelle-Zélande, Espagne, Danemark et France) vont s’affronter dans huit pays sur un calendrier étalé sur 2021 et 2022 (Covid oblige…). Leurs catamarans à aile rigide, les F50, contiennent pas moins de 1200 capteurs. Hauteur du vol, angle des foils… « Nous récoltons 22.000 points de données par… seconde sur chacun des huit bateaux, explique David Rey, un des deux analystes data de SailGP qui se rend sur chaque course. Ces informations sont envoyées en temps réel sur le Cloud afin d’être traitées par les équipes de production de SailGP qui sont basées à Londres pour finalement être distribuées dans le monde entier. Le temps de latence de ce parcours prend moins de deux… secondes. Cela va vraiment très vite. »

Oracle veut définir des stratégies optimales en pleine course.

Ces datas permettent aux teams de définir des stratégies optimales en pleine course mais elles sont aussi utilisées pour créer des expériences avec des écrans incrustés (« second screen ») pour le grand public. Les fans peuvent ainsi mieux comprendre les actions des équipages pendant la course grâce aux mises à jour instantanées des mesures de performance ainsi qu’aux tableaux de bord de données améliorés disponibles sur l’application SailGP et sur le site web SailGP.com. « La miniaturisation des capteurs, leurs prix en baisse constante et les progrès en matière d’intelligence artificielle vont encourager la collecte des données dans tous les sports », prédit David Rey.

Oracle  signe un partenariat avec l’écurie de F1Red Bull Racing Honda…

Au mois de mars, Oracle a signé un partenariat avec l’écurie de F1Red Bull Racing Honda pour devenir son partenaire cloud. « Ensemble, les deux entreprises espèrent proposer aux fans la meilleure expérience possible, avec des analyses poussées et des possibilités d’interaction tout au long des week-ends de course afin d’ouvrir le monde de la F1 à de nouveaux fans du monde entier », explique un communiqué commun.

… et se lance avec la Premier League anglaise de football …

En mai, Oracle Cloud Infrastructure s’est associé avec la Premier League anglaise de football afin de fournir aux téléspectateurs des statistiques « futuristes ». A partir de la saison 2021/2022, les fans pourront suivre les positions de tous les joueurs lorsque leur équipe prend ou perd le ballon afin de comprendre comment les équipes s’organisent lorsqu’elles attaquent ou qu’elles défendent. Une autre analyse déterminera les performances d’une équipe en calculant la probabilité qu’elle obtienne une victoire ou un match nul en simulant 100.000 fois le reste de la rencontre. Basé sur quatre années de données de matchs, le modèle tiendra compte du fait que l’équipe jouera à l’extérieur ou à domicile, du score actuel, des penalties accordés, des joueurs sur le terrain, des cartons rouges et du temps restant dans le match.

Le modèle intègrera également les résultats des passes

L’option « suivi de la dynamique » mesurera, quant à elle, la probabilité que l’équipe en possession du ballon marque un but dans les 10 prochaines secondes. Les résultats seront basés sur les données de milliers de parties historisées et sur les cinq dernières actions de l’équipe en possession du ballon. Le modèle intègrera également les résultats des passes, des dribbles en possession, des tackles et des positions sur le terrain là où se déroule l’action. Qui a dit que les données étaient réservées aux geeks ? Quand un téléspectateur s’ennuiera à suivre une rencontre ou une course sans intérêt, il pourra bientôt s’amuser en comparant des datas. C’est déjà ça…

Frédéric Thérin

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