24 octobre 2022

Temps de lecture : 3 min

« La crise actuelle ressemble à celle de la bulle internet » : Carlo Gualandri (Soldo)

Carlo Gualandri est une légende de la tech en Italie. Cet entrepreneur dans l’âme a créé en 1995 Virgilio, le premier moteur de recherche dans la botte. Quatre ans plus tard, il a fondé la plus grande banque online du pays, FinecoBank. Après deux années au poste de CEO de la division internet du géant italien des télécoms TIM, il a piloté deux plateformes spécialisées dans les jeux en ligne, Lottomatica et Gioco Digitale. En 2015, l’homme d’affaires a lancé Soldo. Plus de 30.000 entreprises dont Sony, Bata, MaxMara et Mercedes-Benz utilisent aujourd’hui sa plateforme de gestion des dépenses. Son énorme expérience lui permet d’avoir une opinion très tranchée sur la crise que nous traversons actuellement. Sa conclusion ? La tempête actuelle ne devrait pas se calmer dans les semaines à venir mais les beaux jours pourraient revenir au second semestre 2023. Patience, patience...

INfluencia : Vous avez une longue expérience dans le monde de la Tech. Comment ce secteur a-t-il évolué lors de ces trois dernières décennies ?

Carlo Gualandri : J’ai en effet le privilège d’avoir vu beaucoup de choses durant ma carrière. C’est une manière plutôt gentille de dire que je ne suis pas un millennial, non ? J’ai toujours été un entrepreneur. J’ai travaillé la majorité de ma carrière pour des entreprises que j’avais fondé. J’ai aussi passé quelques années dans des groupes qui avaient racheté mes sociétés ou dans d’autres qui m’apportaient des connaissances dans des marchés que je connaissais mal. A mes débuts, il était très difficile pour une start-up de trouver des fonds. Puis les VC (venture capitalists) sont arrivés et l’argent a commencé à couler à flot.

IN : La période que nous vivons actuellement est-elle comparable à d’autres crises que vous avez traversé dans le passé ?

C. G. : J’ai en effet connu plusieurs crises durant ma carrière : l’invasion du Koweït par l’Irak, le crash de la Russie, les subprimes… Pour moi, la seule crise qui ressemble à celle que nous traversons depuis quelques mois est l’éclatement de la bulle internet.

IN : Pourquoi?

C. G. : Ces événements ont deux points en commun : ils touchent le secteur de la tech et ils éclatent dans une période de crise macro-économique majeure. Avant 2000, tout le monde pensait que le boom provoqué par l’arrivée d’internet ne prendrait jamais fin. Cet optimisme a suscité d’énormes espoirs qui ont fini par se transformer en une gigantesque bulle qui a explosé avec l’arrivée du nouveau millénaire. La crise actuelle est la conséquence des dix dernières années de politique monétaire. Les taux d’intérêt extrêmement bas et parfois même négatifs ont contraint les investisseurs à acheter des actifs physiques pour gagner de l’argent. Au fil du temps, ils se sont tournés vers des actifs de plus en plus risqués et c’est à partir de ce moment-là que les valorisations dans la tech ont explosé. Les premiers à s’être lancés ont souvent gagné beaucoup d’argent. Le même phénomène s’était passé avec internet. Ces succès ont encouragé les autres investisseurs à s’engager de plus en plus tôt dans des start-ups. Plus personne ne se préoccupait de savoir si ces jeunes sociétés allaient être rentable ou non. Leurs seules volontés étaient de gagner des parts de marché et de croître le plus rapidement possible. La pandémie a encore donné un coup d’accélérateur à ce mouvement. Les pays ont dépensé des sommes astronomiques pour soutenir leurs économies. Cet afflux de liquidités a fait bondir les marchés financiers, une bulle a fini par se créer et elle a explosé au premier trimestre de cette année.

IN : Quel a été le déclencheur qui a fait éclater cette bulle spéculative ?

C. G. : La guerre en Ukraine, le ralentissement de l’économie chinoise, la crise énergétique, l’inflation… Tous ces éléments ont fait comprendre aux investisseurs que le monde n’était pas aussi rose qu’ils le pensaient. Cette prise de conscience a provoqué une chute brutale des places financières et aujourd’hui, les marchés cherchent à évaluer la réelle valeur des actifs qu’ils possèdent.

IN : Quels vont être les impacts de la perte de confiance des investisseurs ?

C. G. : Après l’éclatement de la bulle internet, de très nombreuses sociétés dans la tech ont fait faillite mais la grande différence avec la situation actuelle est qu’il y a toujours énormément de liquidités sur les marchés. L’argent est là. Les investisseurs cherchent juste aujourd’hui à trouver des méthodes pour mieux évaluer les actifs mais ils ne vont pas pouvoir garder fermer les cordons de leurs bourses éternellement fermés. Ils vont devoir réinvestir un jour ou l’autre pour dégager des profits.

IN :  Qui va profiter de cette reprise et quand aura-t-elle lieu ?

C. G. : Les investisseurs vont certainement chercher à posséder un portefeuille d’actifs plus large que ces dernières années. Ils risquent aussi de réfléchir à deux fois avant de se lancer dans un marché plutôt qu’un autre. Se faire livrer à son domicile un pack de bières en moins de 30 minutes est-il un service réellement nécessaire et doit-on investir des sommes astronomiques dans un tel secteur ? Plus de 30 milliards de dollars ont été investis dans Uber et dix ans après sa création, l’entreprise américaine de VTC vaut moins de 55 milliards en bourse. Ses actionnaires auraient obtenu un meilleur rendement en achetant des obligations gouvernementales il y a dix ans… Quant à savoir la date de la sortie de la crise actuelle, je ne suis pas un gourou mais je pense que les incertitudes actuelles dureront au moins jusqu’au début de second semestre 2023. On voit déjà des deals se boucler mais le diable se cache souvent dans les notes de bas de page. Sil dans le passé, les investisseurs acceptaient de dépenser d’énormes sommes d’argent dans des sociétés sans demander quoi que ce soit, ni même un siège au conseil d’administration, ils donnent aujourd’hui beaucoup moins de liquidités et posent de nombreuses conditions préalables. Certains exigent même des « rendements privilégiés » et même des « rendements garantis ». On est passé d’un extrême à l’autre et le retour du balancier vers un juste milieu pourrait prendre du temps.

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