6 octobre 2010

Temps de lecture : 2 min

La jeune fille et l’animalité

La figure de la jeune femme est radicalement en train de se réinventer. Une mutation «animale» en germe depuis toujours mais qui est très visible depuis les années 70 et réactivée par des mythes postmodernes, dans la musique comme au cinéma. Par Thomas Jamet...

La figure de la jeune femme est radicalement en train de se réinventer. Une mutation «animale» en germe depuis toujours mais qui est très visible depuis les années 70 et réactivée par des mythes postmodernes, dans la musique comme au cinéma.

«The Runaways» est un film incroyable. Ce biopic fascinant retrace l’histoire d’un vrai groupe de rock, «leadé» par Cherrie Curry et Joan Jett au cœur des années 70. Des jeunes filles d’à peine 17 ans qui ont fait le tour du monde. Leur manager producteur, le mythique Kim Fowley, parle d’élever une «bête sauvage», les dressant, malgré leur innocence pour en faire un paradoxe vivant. Des jeunes filles pures, à peine des femmes, qui chantent, hurlent, jouent un rock sale, dirty, violent et rauque. «Wild» diraient les Anglais. Le sauvage n’est jamais loin. Car l’homme est un animal politique paraît-il, mais il est aussi un animal musical.

La musique a toujours été bestiale. Et l’on semble le redécouvrir, alors même que la représentation de la bestialité a toujours été centrale dans toute création humaine, et en tout premier lieu dans la création musicale. Le sociologue Michel Boccara théorise même le chant comme structurant la toute première forme d’humanité, avant même la parole et l’homo sapiens, à la seule différence près que l’homo cantans fait justement encore partie du monde animal. Il est passionnant de se replonger également dans les réflexions de Georges Bataille. Ce dernier, dans «Lascaux ou la naissance de l’art», nous rappelle que dans l’art pariétal, l’homme cache systématiquement son visage en le remplaçant par un masque animal. L’hypothèse de Georges Bataille est que «le passage de l’animal à l’homme fut d’abord le reniement que fait l’homme à l’animalité».

Une représentation de la figure de la jeune femme qui résonne étrangement avec le fait que Kristen Stewart, actrice jouant la guitariste chanteuse Joan Jett dans « The Runaways » est la même comédienne interprétant Bella Swan, l’héroïne romantique de Twilight, voulant devenir vampire par amour pour son amour éternel Edward Cullen, dans le livre de Stephanie Meyer adapté au cinéma.

Le vampire et le côté obscur n’est jamais loin, tant la figure de l’animal est souvent proche de celle de la «bête» et de celle du diable. Michel Maffesoli parle de «Part du Diable» pour définir cette partie refoulée de nous-mêmes que synthétisent des représentations immortelles comme celles du vampire. Un reniement incarné dans une différence fondamentale entre l’homme et l’animal pour Bergson  la conscience et la maîtrise de soi. C’est cette lutte perpétuelle, entre voilement et dévoilement, qui « est la lutte intestine entre l’homme et l’animal ».

Dans cette bataille, le reniement n’est visiblement pas total, puisque la figure de l’animal qui resurgit est sans aucun doute concomitante avec une valeur centrale de notre société actuelle où se maîtriser, contrôler ses émotions, est absolument central. Etre une jeune femme aujourd’hui c’est justement se maîtriser, se contrôler. Ce n’est pas facile dans un monde dominé encore et toujours par la masculinité. C’est peut-être ce qu’incarnent ces héroïnes post-modernes que sont les Joan Jett, Cherrie Curry et autres Bella Swan.

Les rockeuses et les apprenties vampires sont-elles des résurgences symboliques de notre animalité et de notre refus subconscient de la non-maîtrise ? Quoiqu’il en soit, un nouveau chapitre de cette bataille éternelle semble ouvert. Nul ne sait qui gagnera, mais une chose est sûre, la bête est prête à se réveiller, et le XXIème siècle appartient aux jeunes filles.

 Thomas Jamet – NEWCAST – Head of Entertainment & brand(ed) content, Vivaki (Publicis Groupe)
thomas.jamet@vivaki.com
www.twitter.com/tomnever

La rédaction

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