15 septembre 2021

Temps de lecture : 3 min

Jeff Bezos investit sa fortune dans la quête de l’immortalité

Révélé par une enquête de la MIT Technology Review parue le 4 septembre dernier, plusieurs milliardaires se sont associés pour créer une start-up qui mise sur la reprogrammation cellulaire afin d’atteindre l’immortalité. Plusieurs grands scientifiques de renom ont déjà sauté le pas, bien aidés par la promesse de budgets exorbitants et par une autonomie dont seul le secteur privé peut bénéficier.

 

Jeff Bezos, l’homme le plus riche de la planète, a soufflé sa 57ème bougie le 12 janvier dernier. Un anniversaire qui lui a peut-être fait l’effet d’un électrochoc : « aurais-je suffisamment de temps pour profiter de mes quelques 200 milliards de dollars ? ». Même ses rêves – encore – inassouvis de conquête spatiale ne semblent pas en mesure de dilapider toute sa fortune personnelle. Dès lors, la solution lui est apparue est aussi limpide qu’un ciel dépourvu de drones Amazon : le financement, conjoint, -avec plusieurs de ses amis milliardaires-, tels que le russe Yuri Milner, d’une start-up chargée de trouver la formule de l’immortalité. Un investissement un poil risqué – le ROI n’est pas pour la semaine prochaine – mais toujours plus enrichissant que de s’injecter 3 kg de botox dans les bajoues. Dénommé Altos Labs, la jeune entreprise a déjà recruté les meilleurs spécialistes de la planète, leur promettant une liberté d’action totale et des salaires mirobolants, comme révélé par le MIT Technology Review. Dommage que cette belle aventure soit motivée par l’argent plutôt que par la science et que le reste d’entre nous ne puisse – certainement – jamais profiter de ces découvertes.

 

La crise de la cinquantaine Jeff ?

La reprogrammation biologique – l’approche privilégié par Jeff et consorts – est une méthode de génie génétique qui consiste à modifier directement l’état d’une cellule. L’objectif à atteindre est de reprogrammer les cellules adultes différenciées, à savoir les cellules de la peau, les neurones etc., en leur état pluripotent – c’est-à-dire en pouvant se différencier entre n’importe quel type de cellules. Oui, on a fait quelques recherches. Cette approche est depuis longtemps considérée comme la clé de la médecine régénérative, et donc de la longévité humaine. Plusieurs start-up spécialisées en ont déjà fait leur cheval de bataille, tels que Life Biosciences, Turn Biotechnologies, AgeX Therapeutics, et autres. Pour y arriver, Altos Labs a recruté notamment deux illustres scientifiques espagnols : Manuel Serrano et Juan Carlos Izpisua, qui toucheront pour leur peine des salaires annuels de plus d’1 million de dollars. Serrano, qui travaillait jusque-là à l’Institut pour la Recherche en Biomédecine de Barcelone, a révélé au quotidien El País qu’on lui avait promis un énorme budget, une grande autonomie et donc un salaire cinq à dix fois supérieur à celui qu’il touchait jusque-là. « Notre objectif est de comprendre le fonctionnement du rajeunissement. À travers une entreprise privée, nous avons la liberté d’être audacieux et d’explorer, ma cure de jouvence personnelle en quelque sorte », plaisantait-il.

 

Manuel Serrano, ALBERT GARCIA

 

Dans une interview donnée en 2017 au même quotidien espagnol, ce dernier livrait son opinion sur l’idée de rajeunissement en ces termes : « l’avancée la plus importante de ces dernières années a été de commencer à considérer le vieillissement comme une maladie, qui pouvait donc être traitée. Nous avons déjà réussi à inverser le processus chez des souris, à savoir que certaines de nos expériences ont permis de faire vivre des souris plus longtemps et même à rendre des souris en fin de vie jeune à nouveau. Cela relevait de la science-fiction il y a peine 10 ans. Je pense que si nous pouvons le faire pour nos cousins les rongeurs, nous pouvons y arriver pour les humains. Les résultats seront plus durs à obtenir, bien évidemment, mais je pense que les premières thérapies contre le vieillissement seront disponible dans un futur proche, peut-être d’ici dix, vingt, ou trente ans. Je doute que cela puisse nous rendre immortel, mais nous allons en ce sens». Un discours plein d’optimisme qui avait de quoi taper dans l’œil de vous savez qui.

 

Mais que font les Avengers ?

Altos Labs a prévu d’établir plusieurs laboratoires de recherche aux États-Unis, au Royaume-Uni et au Japon, toujours selon le MIT Technology Review. Le prix Nobel de médecine 2012 Shinya Yamanaka, qui avait reçu la récompense pour ses travaux sur cette même thématique, a été confirmé au poste de président du conseil scientifique de l’entreprise, une position qu’il occupera sans toucher de salaire. Le biologiste allemand Wolf Reik, qui a récemment démissionné de son poste de directeur de l’Institut Babraham à Cambridge, est une autre recrue importante de l’entreprise. Un mercato XXL plein de promesses. Pourtant, plusieurs experts en la matière ont déjà témoigné d’une certaine réticence, à l’image d’Alejandro Ocampo, professeur à l’Université de Lausanne. Interrogé par le journaliste Antonio Regalado du MIT Technology Review, celui-ci rappelle que l’application de la technique de reprogrammation cellulaire à l’humain n’est pas sans risques : « L’un des principaux problèmes est que la reprogrammation ne fait pas que rajeunir les cellules, elle modifie également leur identité, par exemple en transformant une cellule de la peau en cellule souche ». On se croirait presque dans une histoire de super héros, où une expérience pleine d’avenir aurait fini par créer le méchant du film. Altos Labs n’a pas fini de faire parler de lui.

 

 

En résumé

Jeff Bezos, Yuri Milner et d’autres milliardaires ont créé la start-up Altos Labs chargée de trouver la clé de l’immortalité

Sacha Montagut

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