5 décembre 2012

Temps de lecture : 1 min

L’image de la retraite est inversement proportionnelle…

... A celle que s’en fait le pré carré des analyseurs de tendances. Et si on modifiait enfin l’image de la retraite et de la vieillesse ? Le coup de gueule de la psychosociologue Danielle Rapoport

Je vous l’avais dit qu’il fallait changer ce terme de « retraite » si l’on veut effectivement qu’elle soit « bonne ». Ce qui veut dire aujourd’hui, dans la tête et les jambes des hyperactifs non professionnels, valoriser leurs capacité de séduction, leur libido, leur énergie et autres mobilités, de préférence à l’étranger. Vieillir ? Pas question pour ceux qui s’y sont pris tôt, très tôt, de faire fructifier toutes leurs capacités physiques, mentales et relationnelles pour prendre sa place dans ce monde acharné de présentisme fébrile.

Bien. Ce n’est pas la posture philosophique des « merchandiseurs » d’un grand magasin de la rive droite. En reniflant dans les rayons ce qui pourrait retenir mon attention… je tombe, littéralement, sur deux tourniquets de cartes de vœux. Le premier conte fleurette pour une « Bonne retraite », apaisée, arabesques, et autres coquelicots et verdures à l’appui. Pas de quoi s’exploser, mais on a le droit de prendre du (bon) temps. Sachant que souhaiter une « bonne retraite », c’est déjà exprimer sa perception compassionnelle d’un retrait obligé…

Le second présentoir, jouxté comme un inséparable compagnon, prend la relève avec des cartes on ne plus gaies et stimulantes. « Joyeux anniversaire …En retard », « Je te demande pardon » , « Courage », et, last but not least, « Sincères condoléances ».

(Temps de pause)

Qu’est-ce à dire ? Que l’image de la retraite est inversement proportionnelle à celle que  s’en fait le pré carré des analyseurs de tendances ? Que le « merchandiseur » agréé était soit phagocyté dans le mythe d’une éternelle jeunesse, à qui tout ça n’arrivera pas, et qui dénie en les ghettoïsant cette mort qui attend au tournant toute entrée en « retraite » ? Soit lui ou elle, proche du moment fatidique où l’entreprise signifiera son congé, se défoule en exprimant, comme il (elle) peut, ses angoisses ?…

Quoi qu’il en soit, ne faudrait-il pas créer une troisième voie, entre la stigmatisation et la peur ? Le vieillissement inéluctable (si, si !) comme une partie de plaisir, d’intelligence, de bonification, de liens intergénérationnels, de différences. Et surtout, que chacun l’imagine, le construise, et que tous, communication comprise, facilitent mutuellement le travail en modifiant l’image d’un vieillir, encore trop emprunt de la dictature d’un temps figé dans le lisse d’une jeunesse d’apparence.

Danielle Rapoport, Psychosociologue, aiguilleur de solutions

La rédaction

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