15 juin 2016

Temps de lecture : 3 min

HopSkipDrive : le Uber pour enfant

Chers parents, nous avons une question simple pour vous : seriez-vous capables de laisser votre enfant voyager seul avec une conductrice-nounou dans un véhicule façon Uber ? Si c’est oui, une application californienne vous intriguera.

Chers parents, nous avons une question simple pour vous : seriez-vous capables de laisser votre enfant voyager seul avec une conductrice-nounou dans un véhicule façon Uber ? Si c’est oui, une application californienne vous intriguera.

Uber et Airbnb sont à l’économie collaborative ce que Zinedine Zidane est au football français : le référent de toutes les comparaisons. De nombreuses copies d’Airbnb et nouveaux Uber ont pullulé sur la Toile et fait tourner les têtes des capital-risqueurs. Mais la Silicon Valley a les fonds solides, elle encaisse les cassages de gueule comme un boxeur édenté. Dans le premier hub mondial de l’innovation technologique, l’échec est une valeur cardinale et fondatrice.

Quand il s’agit donc de continuer de promouvoir l’économie collaborative du futur, l’écosystème californien garde la même recette : une comparaison vulgarisatrice avec l’un de ses deux fleurons collaboratifs et un deuxième tour de table pour financer la trouvaille. Le nouvel élu s’appelle HopSkipDrive. Vous ne serez pas surpris de lire que l’application est présentée comme un Uber pour enfants et qu’elle vient de lever 10 millions d’euros un an après avoir déjà encaissé 3 millions. Lancée l’an dernier par trois co-fondatrices de Los Angeles, le service de VTC online débarque dans la baie de San Francisco après s’être rodé dans la Cité des anges et sa grande banlieue.

Définie par sa CEO Joanna McFarland comme « un service de baby-sitters au volant », HopSkipDrive offre exactement les mêmes avantages de Uber et Lyft sans en être le concurrent. La raison est simple : ses passagers ont entre 6 et 17 ans. Comme les deux pionniers du VTC, l’application permet de réserver un chauffeur en ligne et de payer via la carte de crédit enregistrée à l’ouverture du compte. La grosse différence est que chez HopSkipDrive, les conducteurs sont des nounous d’au moins 23 ans avec un minimum de cinq ans d’expérience dans la garde d’enfants. L’intérêt pour les parents ciblés par la plate-forme ? Permettre la mobilité de leur progéniture quand les transports publics et leurs contraintes d’emploi du temps ou de logistique contrarient les déplacements.

Shuddle, échec et contre-exemple

Persuadée que son offre répond à une demande de plus en plus croissante dans les grandes métropoles des Etats-Unis, et surtout San Francisco, Joanna McFarland estime dans le quotidien de la Silicon Valley Mercury News que « des millions de familles ont besoin de ce service ». La CEO oublie quand même de préciser que payer un trajet en voiture avec chauffeur à son rejeton reste sur le principe un luxe de cette catégorie CSP très + qui a relooké l’ancienne cité hippie et populaire d’idéalistes plébéiens. Maintenant, le prix des transports publics, les distances entre le domicile, les écoles et le lieu de travail, et les horaires de boulot de plus en plus chargés plaident en faveur de la démocratisation possible de HopSkipDrive.

Pour convaincre chaque utilisateur de laisser son enfant voyager avec une inconnue, car la grande majorité des chauffeurs sont des femmes, la plateforme met le paquet sur les garanties, les entretiens individuels et les vérifications. Il s’agit évidemment de rassurer. L’argument sécuritaire est tellement au cœur de la réussite de son modèle économique que l’application exige des voitures de moins de dix ans. Pour l’instant les conductrices sont des mères de famille, des nounous et des professeurs qui cherchent à arrondir les fins de mois. Leur comportement pendant chaque trajet est surveillé et les parents peuvent suivre la course de la prise en charge au dépôt. Cela sera-t-il suffisant pour franchir le nouveau cap de développement attendu par les capital-risqueurs qui ont investi dans HopSkipDrive ? Il y a deux mois, une application similaire, Shuddle, lancée en 2014, a mis la clef sous la porte.

Sur le papier, la demande pour un tel service existe si l’on en croit les conclusions d’une étude de 2015 du Pew Research Center . Elle concluait que 56% des parents actifs avaient du mal à équilibrer vie professionnelle et responsabilités familiales, 4 mères sur 10 affirmant se sentir en permanence dans le jus. Une autre étude du PRC démontre en revanche que 34% des utilisateurs de Lyft et Uber ne jugent pas ce service pertinent et approprié pour transporter des enfants non-accompagnés. Avec des chauffeurs expérimentés dans la garde d’enfants, le résultat serait différent, argue HopSkipDrive. Vraiment ?

Adler Benjamin

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