15 septembre 2021

Temps de lecture : 3 min

Hazel Savage, Musiio : « L’IA telle que je l’envisage est un outil d’assistance, non pas un musicien»

Hazel Savage est la co-fondatrice et la CEO de Musiio. Cette start-up basée à Singapour utilise l’IA pour analyser des millions de titres et extraire les musiques les plus adaptées aux goûts et aux besoins de ses clients.

Hazel Savage, Co-fondatrice de Musiio.

INfluencia : Pouvez-vous nous en dire plus sur votre entreprise.

Hazel Savage : Nous nous décrivons comme une entreprise d’intelligence artificielle pour l’industrie de la musique, mais nous sommes avant tout une entreprise de traitement de données, il se trouve que les données que nous traitons sont de la musique. J’ai rencontré mon cofondateur Aron Pettersson à joinef.com en 2018. Nous avons levé 2 millions de dollars de fonds et notre valorisation atteint aujourd’hui 10 millions de dollars. Notre équipe est composée de 15 personnes, toutes basées à Singapour. L’idée derrière Musiio est née lorsque j’empilais des étagères chez HMV, un magasin de disques britannique. Ce tout premier job que j’ai décroché à ma sortie de l’université il y a quinze ans consistait à ranger les nouveaux CD dans les présentoirs. Chaque semaine, entre deux et dix nouveaux singles sortaient dans le commerce. En 2021, 60.000 chansons sont publiées chaque jour sur les plateformes de streaming du monde entier. Il sort plus de musique chaque jour qu’il n’en sortait en une année entière. Après avoir constaté que ce nouveau volume de contenus représentait un défi, j’ai commencé à travailler avec mon cofondateur Aron Pettersson afin d’examiner les difficultés que cette tendance générait et comment nous pourrions utiliser la technologie pour les résoudre.

 

IN : Quelle technologie utilisez-vous et comment fonctionne-t-elle ?

H. S. : Nous utilisons l’apprentissage automatique et les réseaux neuronaux pour identifier les caractéristiques de la musique. Tous nos modèles sont propriétaires et construits en interne. Nous transformons chaque chanson en un spectrogramme très détaillé et entraînons l’IA à « chercher » lorsqu’elle repère un nouveau morceau.

 

IN : Qui sont vos clients et comment utilisent-ils vos services ?

H. S. : Nous avons de nombreux clients tels que Hipgnosis, Epidemic Sound, Jamendo. Chaque client peut avoir un cas d’utilisation légèrement différent. Certains utilisent le marquage, d’autres la recherche, d’autres un mélange des deux. Au fond, les deux technologies génèrent des données sur de grands volumes de musique.

 

IN : Quel est le rôle actuel de l’IA dans le monde de la musique ?

H. S. : Je crois personnellement que l’IA est la plus puissante lorsqu’elle effectue une tâche qu’un humain ne peut ou ne veut pas faire en raison de l’ampleur de la tâche à accomplir. Marquer un million de pistes est un travail extrêmement fastidieux qui peut prendre des années. C’est là que l’IA excelle car elle représente un outil d’assistance et de description formidable.

 

IN : L’IA pourrait-elle remplacer les compositeurs à l’avenir ?

H. S. :  Les humains aiment créer et écrire de la musique, c’est un art, de  l’inspiration. l’IA telle que je l’envisage, n’est pas là pour composer des morceaux, mais bien comme un outil de rangement, de classement aux vues des quantités industrielles de musiques produites, pur s’y retruver. Je peux aussi me tromper, le temps nous le dira.

 

IN : L’IA permet de trouver les morceaux ou les mélodies qui pourraient être populaires, mais l’utiliser à outrance n’empêchera pas de créer de nouvelles formes ou de nouveaux styles de musique ? Si vous ne produisez que ce qui est populaire, vous ne créerez jamais de nouveaux types de musique…

H. S. : Il y a toujours un risque avec l’IA de créer des bulles ou d’avoir une trop grande uniformité. Il est toutefois possible de lutter contre ce phénomène et je pense qu’il est important d’avoir des gestionnaires fiables pour cette technologie. Bien sûr, vous pouvez aussi faire en sorte que l’IA soit plus exploratoire et qu’elle prenne des directions différentes. Comme je le dis toujours, l’IA est rarement le décideur ultime, ce qui laisse toujours une chance à la créativité spontanée. Et à juste titre…

 

IN : Quel sera le rôle de l’IA dans la musique à l’avenir ? Quelles sont les technologies en cours de développement et que pourront-elles apporter à la musique ?

H. S. : Je suis très enthousiaste quant à la manière dont nous continuons à développer nos capacités de recherche chez Musiio. C’est un outil incroyablement puissant qui permet de rechercher des millions de titres en quelques secondes. Je suis également enthousiasmée par les nouvelles technologies telles que Audioshake, une incroyable source basée sur l’IA, sans perte de qualité. Les nouvelles technologies font entrer la musique dans une époque passionnante.

Frédéric Thérin

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