27 octobre 2010

Temps de lecture : 2 min

Google, l’hypothèse post-humaine

Une récente intervention du CEO de Google fait entrer Google dans un débat fondamental sur le dépassement de l’humanité comme modèle définitif de l’existence. Le géant digital prépare-t-il une ère post-humaine? Par Thomas Jamet...

Une récente intervention du CEO de Google fait entrer Google dans un débat fondamental sur le dépassement de l’humanité comme modèle définitif de l’existence. Le géant digital prépare-t-il une ère post-humaine?

«Ce que nous construisons réellement est une version augmentée de l’humanité, des ordinateurs qui aident les humains à faire les choses qu’ils ne pourraient pas faire mieux». Eric Schmidt, tenant ce discours à la fin du mois de septembre 2010, pouvait peut-être se douter qu’il allait aussitôt mettre le feu aux poudres. Beaucoup de bloggers s’offusquent en relevant ses propos*. C’est la levée de boucliers. Google n’en est pas à son coup d’essai dans ce domaine puisqu’en 2009 la firme de la Silicon Valley sponsorisait avec la NASA la « Singularity University », très inspirée par les thèses de Ray Kurzweil, scientifique américain rendu célèbre par ses écrits prônant l’utilisation des sciences et des techniques pour améliorer les capacités mentales, psychiques et physiques de l’homme, notamment via les nanotechnologies.

Eric Schmidt n’est certainement pas un dangereux prophète d’une humanité augmentée. Mais il laisse transparaître un débat dont nous n’avons certainement pas fini d’entendre parler: l’homme serait-il dépassé? Selon bon nombre d’auteurs, l’homme serait en voie d’être «augmenté», «transformé» grâce aux nouvelles technologies. C’est notamment la thèse soutenue par les trans-humanistes dont l’un des plus célèbres porte-paroles est justement Ray Kurzweil.

Depuis toujours, l’homme a un rapport ambigu avec la technologie. Le mythe de Prométhée imposa dès l’Antiquité un pré-requis négatif sur la technique et l’utilisation d’éléments artificiels pour améliorer la condition humaine. En allant plus loin, Rousseau célébra le culte de la Nature comme seul terreau favorable de l’homme, et en enseignant que tout ce qui menait à un processus de dé-naturation et d’éloignement avec la Nature était le mal. En réaction se développa l’idée contraire chez Nietzsche ou encore chez Kant pour qui «il n’est d’humanité que dans la rupture avec la nature». Devons-nous voir aujourd’hui l’homme augmenté comme un danger ? Freud pensait que l’homme avait été trois fois humilié: prise de conscience qu’il n’était pas au centre de l’Univers avec Galilée, prise de conscience qu’il était le fruit d’une évolution avec Darwin, et prise de conscience de son inconscient avec ses propres travaux.

Le débat n’est plus de savoir si l’être humain sera augmenté ou s’il doit revenir à la nature. Les extrêmes existent dans les deux camp : partisans du retour à la nature comme dans les gourous du trans-humanisme. Loin de voir une humiliation dans l’apport des machines, voyons-y une opportunité unique de se poser les bonnes questions.

Une seule chose est certaine: l’humanité est à un tournant. Et il est important de se poser les bonnes questions dès maintenant, à un moment où nous pouvons encore maîtriser la technologie. Car imaginons là où nous en serons dans quelques dizaines, voire centaines d’années… Comme le dit Maurice G Dantec:« Nous ne sommes encore que des chimpanzés qui jouent avec des machines à écrire».

 Thomas Jamet – NEWCAST – Head of Entertainment & brand(ed) content, Vivaki (Publicis Groupe)
thomas.jamet@vivaki.com / www.twitter.com/tomnever

La rédaction

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