22 janvier 2014

Temps de lecture : 5 min

Gertrude : quand l’art contemporain devient une expérience

Gertrude est une nouvelle plateforme dans le monde de l’art contemporain, qui bouleverse les codes traditionnels en mettant l’expérience et le public au cœur de sa démarche.

Le développement des ventes d’art sur Internet (avec des plateformes comme Artsy, Paddle8, Larry’s List) a amorcé une profonde modification de la structure du marché, remplaçant les intermédiaires traditionnels que sont les galeries par exemple. Si c’est une véritable innovation, ce n’est pas une révolution : elles n’attirent pas un public nouveau, autre que les initiés… Contrairement à Gertrude, une startup arty qui nous vient tout droit de New York, dont la philosophie est de rendre l’art plus compréhensible et engageant

Mais qui est Gertrude ?

Gertrude est née de la volonté de Kenneth Schlenker, un franco américain, ancien salarié de chez Google et d’Astrid de Maismont, une jeune curatrice française installée à New York. Leur objectif ? Changer la relation du public avec l’art contemporain. Ils ont décidé de lancer les salons Gertrude, à New York puis Miami (dans le cadre de la foire Art Basel). Le nom a été choisi en hommage à Gertrude Stein, écrivain et poétesse d’origine américaine, qui organisait des salons au début du XIXème siècle dans son appartement parisien. Parmi ses invités rue de Fleurus : Picasso, Hemingway ou encore Matisse…

Les fondateurs des salons Gertrude en 2013 ont souhaité aller beaucoup plus loin que la simple vente d’art en ligne, considérant qu’acheter de l’art ce n’est pas acheter un objet mais vivre une expérience. Les salons sont alors l’occasion de rencontrer les artistes, comprendre leur processus créatif, et de découvrir leurs œuvres dans un autre contexte que celui des galeries ou des foires, intimidantes pour les non initiés. La dimension sociale est au cœur du projet de Kenneth et d’Astrid : il s’agit de se rencontrer autour des œuvres, pour supprimer la barrière entre le monde de l’art et les jeunes collectionneurs notamment ceux qui se sont enrichis dans les nouvelles technologies, qui sont issus d’une culture start up très méritocratique, en opposition frontale avec un monde de l’art très exclusif.

                                                        
Comment ça marche ?

C’est sur une plateforme en ligne que s’organisent les salons Gertrude et que se planifient les rencontres. Le digital ne remplace donc pas l’expérience, il la complète et simplifie le processus. Chaque salon est organisé de la même manière : un curateur Gertrude ou invité choisit un artiste et une sélection de ses œuvres – dix au maximum – qu’il présente. Si ce n’est pas le but de la rencontre, les œuvres sont tout de même proposées à la vente. Le curateur fixe également le prix du ticket d’entrée, entre 0 et 1 000 dollars, en fonction de l’événement et de l’artiste invité.

Les participants ont une heure – et pas une minute de plus – pour poser leurs questions aux artistes et curateurs. Les salons Gertrude ont une capacité maximum de 40 personnes, pour garantir la qualité des échanges, la spontanéité, la liberté de ton. Le lieu du salon est révélé 24h à l’avance aux participants, et se caractérise toujours par son originalité : les bureaux de Google New York, un penthouse dans l’East Village et parfois même le studio des artistes. Si vous voulez découvrir ces lieux, merci d’être ponctuel, où l’accès vous sera refusé. Et ça marche ! Il y a déjà une liste d’attente de 6 mois pour les prochains salons, si bien que l’équipe pense intensifier le rythme des rencontres.

Et comme personne ne parle mieux de Gertrude que son fondateur, voici les réponses de Kenneth Schlenker à nos questions :

Gertrude est-elle la première plateforme à allier Internet à une expérience de l’art contemporain ? A proposer une rencontre entre artistes et amateurs / collectionneurs ?

KS : Nous ne sommes pas les premiers (ce qui est une bonne chose), mais nous le faisons mieux que ceux qui ont essayé jusqu’à présent. Les initiatives que je connais sont plutôt des « clubs » qui cherchent à recréer l’exclusivité et l’opacité du monde de l’art au sens traditionnel sur internet. Nous construisons un produit technologique qui a le potentiel de permettre à des millions de personnes d’accéder à la culture.

Comment s’inscrire comme un acteur incontournable de l’art contemporain sur le long terme ?

KS : Je pense qu’un jour, personne ne voudra se rendre à un évènement de présentation d’un artiste qui ne soit pas un Salon. La plupart des vernissages sont des expériences médiocres pour leurs visiteurs. On n’y apprend peu, on n’y discute encore moins, et surtout on n’y trouve pas l’accès a ce qui a le plus de valeur : rencontrer l’artiste. Seul réconfort : un dépliant discrètement subtilisé a l’entrée sur lequel on lit un communiqué de presse en langue de bois. Les Salons sont des évènements intimes, où l’on apprend d’un curateur et par la conversation avec l’artiste. Je pense qu’avec la croissance que nous avons actuellement, soutenue par la qualité de l’expérience offerte lors de nos Salons, nous sommes en phase de rassembler la plus grande communauté artistique au monde.

Avez-vous rencontré des réticences de la part des galeries ou directeurs de salons / foires d’art ?

KS : Certaines des meilleures galeries de New York commencent à travailler avec nous – parmi elles Paula Cooper et la Pace Gallery. Nous revenons d’Art Basel Miami Beach où nous avons organisé deux Salons et nous sommes proches de Frieze et de la Fiac. Notre directrice de la curation, Astrid de Maismont, est en contact avec un nombre croissant de galeries et de foires, et la réception de Gertrude est très bonne.

Souhaitez-vous doter Gertrude d’une présence « physique » ? Avec un lieu unique par exemple qui hébergerait une collection permanente, ou des expositions dans les foires incontournables (FIAC, Frieze, Basel…) ?

KS :Nous n’aurons pas de présence physique, mais cherchons plutôt a transformer l’ensemble des espaces artistiques existants en Salons. Une collection permanente est une idée a laquelle nous réfléchissons.

Pourquoi avoir choisi l’art contemporain ? Pensez-vous intégrer des rencontres entre le public et des artistes / créateurs issus d’autres secteurs (littérature, musique, danse… à la manière de Gertrude Stein à son époque) ?

KS :L’art contemporain est certainement aujourd’hui le secteur culturel le plus créatif et innovant. C’est aussi le plus inaccessible. Nous nous concentrons aujourd’hui sur l’art contemporain pour mieux nous ouvrir demain à l’ensemble de la culture contemporaine.

Aujourd’hui des plateformes comme le Google Cultural Institute développent des nouveaux outils technologiques mis au service des artistes et du grand public. Pensez-vous qu’au delà de « l’expérience » qui revient au coeur de l’art contemporain (Turrell, Rain Room etc…), Internet soit aujourd’hui la forme la plus démocratique pour faire découvrir l’art ?

KS :Absolument.

A ce titre, peut-on imaginer dans le futur des salons Gertrude « online » (système de vidéoconférence, interaction par chat etc…) ?

KS :Nous travaillons dessus, nos premiers Salons livestreams vont apparaitre prochainement! Notamment grâce a un partenariat avec Google…

Les salons Gertrude arrivent-ils bientôt en Europe ?

KS :Très bientôt ! Vous serez invités évidemment.

Arnaud Giscard et Clara Darrason
La Société Anonyme

Crédit photos : Gertrude

Cover : Chris Burden, 2014, « Extreme Measures », New Museum, New York, Courtesy of Chris Burden and New Museum, Gertrude Salon: « Closed DoorsTour of Chris Burden « Extreme Measures », Curator: Margot Norton, Assistant Curator of New Museum

Photo 2 : Gertrude Logo

Photo 3 : View of Stephen Felton Salon, © Liam Alexander, Curator: Astrid de Maismont

Photo 4 : Prune Nourry, Terracotta Daughters, Magda Danysz Gallery, September 2013, © Prune Nourry, Curator: Gaelle Porte

Vidéo 1 : Bosco Sodi

Vidéo 2 : Prune Nourry

Photo 5 : View of Grimanesa Amoros Salon, Curator: Katy Donoghue, Editor-in-Chief Whitewall Magazine

photo 6 : Bosco Sodi in his Studio, © Bosco Sodi, Curator: Lilly Wei

 

La rédaction

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