21 juin 2021

Temps de lecture : 3 min

Le futur des Taxis volants se jouait hier dans le ciel francilien du Bourget

Selon plusieurs études, la future industrie des taxis volants devrait représenter plus de 35 milliards de dollars en 2035 pour, au moins, une soixantaine de villes desservies dans le monde. Décidé à se tailler une part du gâteau pendant qu’il en est encore temps, Volocopter présentait le lundi 21 juin dernier, à l’aéroport du Bourget, son prototype intitulé Volocity. Un vol inaugural orchestré dans la perspective d’une utilisation pour les JO parisiens de 2024. Sky is the limit.

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Depuis combien de décennies les voitures volantes hantent notre imaginaire collectif sans jamais avoir pointé le bout de leur parechoc ? Et ce ne sont pas les représentations populaires qui manquent. On pense immédiatement à ces vieilles publicités rétrofuturistes nous montrant une flopée de vieilles guimbardes – on adapte notre vocabulaire à l’époque – flotter au-dessus de nos têtes, symbole d’une société futuriste qui aurait atteint ses grands défis technologiques. Ou même au roman mythique de Jules Vernes, Maître du Monde, qui présente à ses lecteurs le proto exemple d’une telle technologie : l’Épouvante, à savoir un véhicule hybride, entre l’avion et la voiture, qui fait également office de bateau et de sous-marin. Des concepts ensuite largement popularisés dans les années 80 et 90 avec les incontournables Retour vers le futur, de Robert Zemeckis, et 5ème élement, de Luc Bessons. Mais, vous connaissez vos classiques.

Ce qui intéresse aujourd’hui c’est de savoir comment les ingénieurs de notre temps oeuvrent pour donner forme à cette véritable arlésienne ? Direction l’aéroport du Bourget pour s’en faire une idée. Lundi 21 juin dernier, la startup allemande Volocopter venait y tester son taxi volant, alias le Volocity, à l’occasion du Paris Air Forum 2021. Ce vol inaugural, orchestré dans la perspective d’un démonstrateur aux JO de 2024, nous présentait un prototype entièrement électrique, équipé de 18 moteurs et 9 batteries, à mi-chemin entre le drone et l’hélicoptère, et pouvant transporter un pilote et son passager sur une trentaine de kilomètres à une vitesse d’environ 100 km/h. Après ce premier test réussi, Volocopter, en collaboration étroite avec a région Île de France, le groupe ADP, la RATP, ainsi que Choose Paris, l’agence de promotion de la région parisienne, prévoit de faire voler son joujou sur l’aérodrome de Pontoise. Concernant son hypothétique deadline commerciale, Volocopter s’est fixé à l’horizon 2030.

Resserrer les boulons

Si ce projet a toutes les bonnes raisons de donner des ailes aux Franciliens, il reste à la start-up allemande de nombreux détails à régler pour pérenniser ses machines, concernant leur autonomie, notamment. Régler cette question reviendrait à prendre une bonne longueur d’avance sur ses concurrents, tels qu’Uber, Hyundai et Tesla. Mais son plus gros chantier, qui tranchera véritablement le sort de ces engins volants, reste la conquête de l’acceptabilité sociale des usagers. Patrick Cipriani, directeur de la sécurité de l’aviation civile de la DGAC, expliquait en 2019 à nos confrères de La Tribune que « Dans Paris aujourd’hui il n’y a pas d’hélicoptères ou très peu. Il y a pour cela une raison de sécurité des vols, de sûreté, et puis de nuisances, de bruit et in fine, d’acceptabilité, car le citoyen n’a pas forcément envie d’être survolé de multiples engins. Je crois que ces quatre conditions existeront toujours ».

🚁 Premier décollage réussi pour le #VTOL de @volocopter en direct du #ParisAirForum à Paris-Le Bourget 👏Rendez-vous en septembre prochain à l’aéroport de Pontoise pour l’expérimentation visant à industrialiser cette nouvelle solution de #mobilité urbaine. pic.twitter.com/nnNLIqip2N
— Groupe ADP #ParisAirForum (@GroupeADP) June 21, 2021

Un autre grand défi qui s’offre aux constructeurs est celui de la réglementation. Le même Patrick Cipriani avançait d’ailleurs que, au de-là de savoir si les voitures finiront bien par voler au-dessus de nos têtes, le plus important était de savoir « pour quoi faire et à quel horizon de temps ? Si on parle de taxis volants, on parle du transport des passagers. On s’attend pour ces opérations aux mêmes niveaux de sécurité des vols que dans l’aviation commerciale. On verra dans un premier temps des engins pilotés. Donc si ce sont des engins électriques, à décollage vertical, et pilotés, on est dans un contexte qui n’est pas très différent de la problématique bien connue des hélicoptères ». Avant de conclure que : « On aura toujours besoin de plateformes dédiées dégagées. Il faut bien imposer des trajectoires comme c’est le cas aujourd’hui avec les hélicoptères. En outre, s’il s’agit de survols urbains, il faudra aussi gérer des cas de pannes et il faudra vraisemblablement des procédures opérationnelles utilisables en cas de besoin urgent de se poser »

Pas – encore – de quoi déboulonner

En bref, la science-fiction devrait rester le seul territoire créatif capable de donner corps à ce concept pour quelques années encore. Le 12 juin dernier, le New York Times s’était d’ailleurs saisi du sujet en le présentant ni plus ni moins comme l’énième fantasme de la Silicon Valley et de ses entrepreneurs – en français dans le texte –. Un constat partagé par Ilan Kroo, professeur à Stanford et ingénieur en aéronautique, pour qui la priorité reste à perfectionner les véhicules autonomes. De quoi mettre un peu d’eau dans son kérosène. Affaire à suivre.

Montagut Sacha

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