18 février 2015

Temps de lecture : 3 min

La fraternité est dans le pré !

Comment une industrie convenue et surannée comme l’agriculture peut-elle aujourd’hui aux Etats-Unis enlever leurs œillères aux ignorants et remettre plus de justice dans un système carcéral et une société raciste ? Demandez à la Freedom Food Alliance. A lire !

Comment une industrie convenue et surannée comme l’agriculture peut-elle aujourd’hui aux Etats-Unis enlever leurs oeillères aux ignorants et remettre plus de justice dans un système carcéral raciste ? Demandez à la Freedom Food Alliance.
A lire!

N’en déplaise à « L’amour est dans le pré », les fermes ne servent pas uniquement d’agences matrimoniales pour agriculteurs solitaires. Depuis 2009, dans l’état de New York, aux Etats-Unis, le collectif Freedom Food Alliance sert le message quarantenaire de Malcom X, « la révolution se trouve dans la terre ». Comment ? En incorporant la justice alimentaire pour lutter contre le racisme dans le système judiciaire de l’Oncle Sam. Alors qu’au pays de la malbouffe et de l’agriculture sur-industrialisée, les mouvements alimentaires alternatifs organiques et durables gagnent en popularité et en influence, certaines fermes communautaires commencent à rejoindre le combat de Freedom Food Alliance : utiliser les champs pour préserver les Afro-Américains défavorisés du crime et de la prison.

Sur son site web, la ferme familiale Soul Fire, membre de la Freedom Food Alliance, affiche sans ambiguïté son ambition sociale : « Nous essayons de relever le défi qui nous a été lancé à tous par l’activiste pour les droits civiques, Curtis Hayes Muhammad. Il faut reconnaitre que la terre et la nourriture ont été utilisées comme des armes pour maintenir le peuple noir sous l’oppression, mais qu’elles doivent désormais servir à sa libération ». Spike Lee lirait cela qu’il s’attelerait illico à un long métrage militant. Franchement, Jalal Sabur, Herman Bell, le Victory Bus Project et Project Growth le mériteraient. Laissez-nous vous résumer leur histoire.

L’entraide collective comme première arme sociale

Il était une fois Herman Bell, un leader influent et activiste de l’Armée noire de libération, groupe d’extrême-gauche engagé dans une lutte armée aux Etats-Unis entre 1970 et 1981 au nom de l’auto-détermination du peuple noir. Incarcéré il y a quarante ans pour le meurtre de deux policiers -crime qu’il a toujours contesté- ce prisonnier politique n’a jamais revu un coucher de soleil depuis son arrestation. C’est donc depuis sa prison qu’Herman Bell a œuvré pour lancer le projet Victory Gardens, créé pour rassembler urbains et ruraux par le travail agricole et produire des fruits et légumes bios dans l’état du Maine.

Entre 1995 et 2005, Victory Gardens a distribué de la nourriture à d’anciens prisonniers politiques et à leurs communautés de résidents dans le Maine, à New York (Brooklyn et Harlem), Boston et dans l’état du New Jersey. C’est lors de longues conversations avec Herman Bell que le fermier afro-américain, Jalal Sabur comprend l’essence même de l’idée de l’ex-responsable de la Black Army Liberation : seule l’entraide collective peut améliorer la condition sociale des défavorisés. « J’ai voulu trouver un moyen de recréer du travail transformatif », avoue Jalal Sabur dans Yes Magazine.

La récolte profite même aux familles des victimes

En 2009, il décide donc de collaborer au lancement de la Freedom Food Alliance, un collectif de fermiers et de prisonniers politiques dans l’état de New York. Un de leurs projets phares, le Victory Bus a permis pendant deux ans à 2120 prisonniers d’être réunis tous les mois avec leurs proches pour mettre les mains dans la terre et développer l’accès à de la nourriture organique et fraîche pour tout le monde. Le projet n’est malheureusement plus actif depuis 2011, coupes budgétaires obligent, mais il a prouvé que les autorités pouvaient participer à ce combat de justice sociale et carcérale par le travail des champs. C’est en effet le New York State Department of Corrections qui assurait le transport gratuit des visiteurs dans les 54 installations de l’état.

En 2013, toujours dans l’état de New York, l’avocate Jillian Faison concrétise son plaidoyer quotidien pour la justice réparatrice en créant le programme Project Growth, soutenu par les autorités du comté d’Albany, la capitale de l’état. Son but ? Offrir une alternative à la prison à des adolescents criminels en les faisant encore une fois travailler dans des fermes, l’argent récolté servant de compensation financière envoyée aux familles de leurs victimes. C’est là que débarque dans le récit la ferme familiale Soul Fire, partenaire pilote du Growth Project.

Dans le superbe article de Leah Penniman dans Yes Magazine, Asan, adolescent qui a préféré les champs aux barreaux, témoigne de son expérience : « Je m’attendais à connaître l’esclavage mais pour moi cela ne pouvait être que mieux que la prison. C’était différent de ce à quoi je m’attendais, on a été payés et on a pu rapporter de la nourriture. Les fermiers étaient noirs comme nous, je ne m’y attendais pas ». Asan conclut même : « je me verrais bien avoir une ferme un jour ». En 1920 les Afro-Américains possédaient 14% des terrains agricoles des Etats-Unis. Ils n’en ont plus aujourd’hui qu’1%.

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