17 avril 2013

Temps de lecture : 2 min

La France sous le choc

« Choc de compétitivité », « choc de simplification », « choc de moralisation », « choc de confiance »... Décidément, tous les problèmes du pays vont trouver, dans le « choc » qui leur est dédié, leur solution immédiate et radicale. Pas « pépère » pour un sou. C’est même du dernier chic. La nouvelle formule magique, en ces temps de crise, ou plutôt la nouvelle « formule choc »…

Qu’importe si, au fond, certaines choses comme la confiance ou la moralité ne s’obtiennent pas par des chocs. Loin s’en faut. L’important, c’est que le mot frappe fort et vite. Pour des hommes dépassés par les événements, il permet de donner le change le temps d’un discours. C’est le choc ou la claque.

À force de mettre un mot à toutes les sauces, il finit par se galvauder et perdre de son impact. Le choc a fait pschitt. Du « choc des civilisations » au « choc pétrolier » en passant par le « prix choc », il est vrai que le mot est très facilement déclinable et que sa prononciation sonne déjà comme une coup de fouet. Un coup de poing. Ça doit faire peur. Ça doit faire mal… En vérité, on a surtout mal aux oreilles. Un peu comme lorsqu’une une fausse note nous fait sursauter. Le « choc de moralisation », par exemple : comment peut-on imaginer moraliser « la vie publique » avec un traitement aussi agressif ? Certes, on espère effrayer (mais qui ?), dissuader les mauvaises conduites (quelle plaisanterie !), mais dans le meilleur des cas, se montrer honnête par peur n’est en rien un signe de moralité. Tout au plus un manque de courage.

Il faut faire attention à ces usages intempestifs des mots. En cherchant à produire un effet, on compromet leur sens. In fine, ils deviennent tellement familiers, faciles et gratuits, qu’ils n’évoquent plus rien. Le choc, aujourd’hui, est en toc. Alors que sa rareté eût pu lui conférer un peu de valeur.

L’emploi effréné de ce mot laisse entendre, par ailleurs, un certain diagnostic sur l’état du pays. On ne traite par le choc que les pays qui roupillent… et vu le nombre de chocs nécessaires pour la France, il doit s’agir d’un très profond sommeil. Ce « choc thérapeutique » ressemble à un aveu de panique. Un peu comme l’urgentiste qui, en dernier recours, « choque » son patient dont le cœur est à l’arrêt. Parler de choc si souvent, c’est avouer se sentir quelque peu aculé par les événements. On n’a plus d’autre solution que de réagir à chaud et brutalement pour ne pas perdre le malade. Toutes ces formules ne cacheraient-elles pas un réflexe affolé ? On a rarement besoin de provoquer des chocs lorsqu’on a la maîtrise d’une situation. Et prendre soin d’autrui, n’est-ce pas lui éviter les chocs ? Un p’tit clic vaut mieux qu’un grand choc, nous a-t-on appris.

La « méthode choc » se manifeste sous divers avatars : le « coup de balai », le « sursaut national », la « révolution citoyenne », etc. Les enjeux ne sont pas les mêmes, bien sûr, mais c’est toujours une stratégie du choc : susciter un heurt et mettre l’accent sur le résultat escompté. C’est un indice que la crise s’est aussi installée dans le discours politique. Ces traitements par électrochoc témoignent d’une autorité politique trop embarquée par les événements pour se projeter au-delà des conséquences des chocs successifs. Conséquences, au demeurant, suspectes, pour le moins. Qui, en effet, espère en un choc de simplification qui verrait enfin les entrepreneurs entreprendre au lieu de ferrailler avec les Cerfa ? Les crises obligent à gouverner au coup-par-coup, dans le temps court, sans véritable grand projet ni vision d’un temps long tellement incertain.

Lorsque le présent devient si pressant, jusqu’à quel point doit-on laisser les secousses de la réalité faire et défaire notre agenda politique ?

Bruno Scaramuzzino Directeur Associé, Meanings

La rédaction

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