20 novembre 2013

Temps de lecture : 5 min

Festival Lyrique d’Aix-en-Provence : much more than a festival

Le Festival d’Art Lyrique d’Aix en Provence est un festival internationalement reconnu qui a bénéficié d’une fréquentation record et d’une large couverture médiatique lors de sa dernière édition. Fondé en 1948, il est aujourd’hui une véritable entreprise culturelle qui s’inscrit dans le rayonnement de sa région. Tourné vers l’avenir, il a su s’imposer grâce à une programmation multidisciplinaire et œuvre désormais à un élargissement de son public et à un renouvellement de l’image de l’art lyrique. Entretien avec Marie-Victoire Abbou Caubel, Directrice du mécénat et du développement.

Le bilan de l’édition 2013 est sans précédent: 83 6000 spectateurs, une couverture médiatique exceptionnelle, une participation au projet Marseille-Provence… Comment expliquez-vous le succès de cette édition ?

Marie-Victoire Abbou Caubel : Nous avons en effet connu un record de fréquentation en 2013 et une couverture médiatique elle aussi exceptionnelle puisque le festival a aussi accueilli cette année plus de 200 journalistes de 19 pays. La qualité des artistes présents et la diversité de la programmation sont certainement les points clés de ce succès, avec une mention particulière pour la production d’Elektra qui a été sans aucun doute l’un des grands moments de la saison lyrique internationale. Outre ces succès traditionnel, le Festival cherche à se renouveler et réfléchit depuis longtemps à son rôle à jouer en Méditerranée. En tant qu’événement culturel européen majeur – nommé ambassadeur culturel européen – et compte tenu de sa position géographique, le Festival entend participer au renouveau culturel qui s’amorce dans les pays de la rive sud de la Méditerranée.

La densité de la programmation a conduit pour la première fois en 2013 à la création du « Festival d’Aix en Juin », un pré-festival qui propose des concerts, activités pédagogiques, événements avant l’ouverture officielle du festival en juillet. Par ailleurs , l’Académie Européenne de Musique (créée par le festival en 1998) réunit aujourd’hui plus de 200 artistes qui se produisent toute l’année en France et à l’étranger. Pourquoi cette volonté de proposer un programmation au delà du mois de juillet ?

MVAC : Nous avons pris conscience du décalage très fort qui existe entre la réalité du festival et sa perception par le grand public, ainsi que par certains décideurs. Nous avions le sentiment de renvoyer l’image d’un festival élitiste, image due au prix des places élevé que nous pratiquons sur certains spectacles. Or, ce prix se justifie par le fait que nous devons réaliser tous les ans un montant important de recettes de billetterie – environ 4 M € – afin de réaliser nos objectifs de recettes propres. Cet objectif élevé s’explique par le fait que notre taux d’autofinancement est très élevé, de l’ordre de 65 %. De ce fait, une image caricaturale s’était progressivement installée, que nous peinions à corriger. L’idée d’Aix-en-Juin était de se défaire de cette image d’élitisme en mettant en avant d’autres réalités du festival, comme les sessions de l’Académie européenne de musique ou nos actions pédagogiques et socio-artistiques. Aix en juin est l’occasion de valoriser toutes ces activités qui n’avaient jusqu’ici pas beaucoup de visibilité, avec une offre avant tout dédiée au public local, à des tarifs attractifs, et beaucoup de spectacles gratuits.

Quant à l’Académie, elle réunit des artistes du monde entier à Aix au mois de juin et en juillet et certains d’entre eux son en effet suivis tout au long de l’année et engagés dans des productions du Festival, à Aix ou en tournée. Le festival développe par ailleurs son ancrage local (projections gratuites et en direct dans des villes de la région PACA et dans les instituts français) et international.

Stratégie de développement, ouverture internationale, plans d’action, rentabilité… plus qu’un festival, peut-on parler d’une entreprise ?

MVAC : Oui bien sûr ! Même si nous sommes une association 1901 et donc sans but lucratif, nous devons financer nos projets à 65% (35% de subventions publiques) et donc comme une entreprise, nous devons trouver des ressources propres. Que ce soit grâce à la billetterie ou auprès des entreprises et des particuliers mécènes qui nous soutiennent, le Festival doit être innovant et réfléchir à de nouvelles formes de modèles économiques. C’est très vrai dans le domaine des coproductions, dans lesquelles le Festival est souvent l’initiateur et producteur délégué, où il ne faut pas hésiter à réinventer un modèle, à produire moins cher, et à s’associer à des partenaires dont la nature est très différente en fonction des projets.

Nous avons réalisé en 2012 une étude de l’impact économique du festival qui a en effet montré qu’un euro de subvention génère un impact total de 10 €. Ce chiffre très important montre que les subventions accordées au festival ont un très fort effet de levier, venant à la fois des dépenses directes prises en charge par le festival et des dépenses indirectes faites sur le territoire par le public qui vient voir les représentations. Il nous a semblé important de prouver qu’une entreprise culturelle peut être un acteur économique impliqué sur son territoire. Mais au-delà des raisons financières, même si nous avions les moyens de produire seuls les opéras que nous présentons, il serait très décevant de les produire pour seulement quelques représentations s’ils rencontrent le succès, comme cela a été le cas en 2012 avec Written On Skin, création du compositeur britannique George Benjamin. Ici, le véritable succès est d’avoir créé l’événement à Aix, et de faire voyager le spectacle non seulement chez nos partenaires coproducteurs, mais aussi dans d’autres lieux, comme à Vienne, Munich et Paris. Les coproductions et les tournées sont donc à la fois une nécessité économique et une opportunité pour le rayonnement du festival au niveau national et international.

La programmation se place désormais sous le signe du croisement des mondes du théâtre, de la danse et de l’opéra. Pourquoi cette multidisciplinarité est-elle aujourd’hui nécessaire ?

MVAC : L’opéra est un genre qui est par nature interdisciplinaire. Dès sa création, les fondateurs du Festival ont fait appel à des artistes plasticiens pour créer les décors et nous invitons régulièrement des chorégraphes ou des metteurs en scène de théâtre à participer à nos productions d’opéra. La multidisciplinarité fait donc partie de l’ADN du Festival. Il ne s’agit pas seulement d’être fidèle à une tradition, mais également de se renouveler afin de montrer que l’opéra est un art vivant, qui se réinvente constamment. Le Festival entend être une sorte de laboratoire qui contribue à ce renouvellement. Par exemple, au sein de l’Académie, nous avons un atelier dédié – l’Atelier Opéra en Création – qui permet à des artistes d’horizons et de disciplines variés de se retrouver et de s’enrichir pour réfléchir à l’Opéra de demain.

Nous faisons tous les ans une place importante à la création. Cela a été en 2013 la création mondiale d’un opéra intimiste de Vasco Mendonça, The House taken over, avec un livret inspiré d’une nouvelle de Julio Cortazar. Cet opéra tourne actuellement en Europe comme la plupart de nos autres productions.

L’art lyrique reste encore et toujours associé à une image élitiste. Toutefois le festival développe depuis les années 90 des actions et programmes visant à la démocratisation de cet art (sensibilisation des étudiants, filières professionnelles, tarifs préférentiels etc…). Quelles opérations et innovations peuvent aujourd’hui s’inscrire dans la continuité des actions menées par le festival jusqu’à présent ?

MVAC : Le Festival d’Aix en Juin est une des réponse que nous apportons à cette problématique d’ouverture. Nous travaillons aussi beaucoup sur la médiation auprès du public. Jusqu’à présent réservé à des publics scolaires ou associatifs, l’idée est d’étendre cela au Grand Public. Pour cela nous avons créé des outils numériques interactifs et participatifs avec l’aide de l’IRI (institut de recherche et d’innovation du Centre Pompidou) appelé webdocs.
Nous essayons également d’étendre la diffusion toujours dans une logique de gratuité ( c’est ce qui nous différencie aussi des retransmissions au cinéma du Met ou d’autres maisons d’opéra qui font partie d’un modèle économique)
Par ailleurs, nous pourrions être encore plus ambitieux dans notre approche tarifaire si nous pouvions trouver un partenaire près à nous soutenir sur cette dimension !

Propos recueillis par Clara Darrason
Rubrique réalisée en partenariat avec La Société Anonyme

Crédit photo cover : Rigoletto – Festival d’Aix-en-Provence 2013 © Patrick Berger / ArtcomArt
Crédit photo 1 : Elektra – Festival d’Aix en Provence 2013 © Pascal Victor _ Artcomart
Crédit photo 2 : Les Noces de Figaro Aix en Provence © JC Carbonne
Crédit photo 3 :Don Giovanni – Festival d’Aix-en-Provence 2013 © Patrick Berger / ArtcomArt

La rédaction

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