15 janvier 2014

Temps de lecture : 2 min

Femme de ménage vs Rolex

Avec ses très originales peintures-magazines, un jeune artiste de Los Angeles dénonce le peu d'importance des employés de maison face à l'imagerie des produits de luxe. Une vision intéressante de la publicité dédiée à ce secteur...

Imaginez une publicité pleine page avec, placé devant la Rolex, un post-it sur lequel est noté le salaire journalier de la femme de ménage ? Imaginez que sur la photo d’un magazine de maison et de décoration, chaque employé domestique soit mis en scène devant une luxuriante piscine, dans un salon dispendieux ou devant la façade d’une somptueuse demeure ? Et si la pub de luxe rappelait que derrière chaque plaisir matériel privilégié, il y ceux, qui, dans l’ombre – et pour des revenus très faibles – entretiennent ces achats onéreux ? En attendant qu’une agence s’empare éventuellement de son concept, Ramiro Gomez dénonce avec beauté et intelligence cette inégalité de représentation !

Exposées tout le mois de janvier à la galerie Saint James, dans le centre ville de la Cité des anges, les peintures de l’artiste avouent une ambition sociale dont le message s’adresse aussi aux marques : donner la même valeur de considération à la main d’œuvre domestique, orpheline de papier glacé, qu’aux objets luxueux, exposés avec l’attention et l’esthétisme des biens enviables. « C’est très humiliant de se sentir moins important qu’un produit de luxe », justifie l’artiste de 27 ans sur le site de Fast Company.

Issue d’une famille très modeste d’immigrés mexicains à Los Angeles, Ramiro Gomez a lui-même, après le décès de sa grand-mère, été employé de maison pendant deux ans. Il s’occupait de garder les enfants et d’entretenir la maison d’une très riche famille des beaux quartiers, pour moins de 8 euros de l’heure. Il se souvient encore récupérer les colis de sacs Louis Vuitton livrés sur le perron, alors qu’on lui refuse une augmentation. C’est le déclic. « Dans un sens, je l’ai pris personnellement », raconte-t-il.

4,50 euros de l’heure en moyenne

Dans les poubelles de la demeure, il récupère alors des magazines de luxe et en arrache les pages pour les sampler sur ses toiles. Une fois le décor peint, il rajoute sa touche personnelle : la silhouette sans visage d’un jardinier, d’une femme de ménage, de deux maçons, du pisciniste… « Mon but n’est pas de dénigrer et de dénoncer la richesse. Je ne décrie pas ceux qui travaillent dur pour se construire des fortunes. Je veux juste amener une nouvelle perspective sur une consommation obséquieuse. Je veux rejeter le rejet de l’autre et ce sentiment que le domestique est diffamé et considéré comme un parasite ». Par qui, les marques ? En premier lieu oui ! Après tout, la pub ne peut-elle pas être une peinture littéraire plus réaliste, une écriture picturale plus équitable ? Il faut voir la vérité dans ses interstices et ses émiettements, prêchait Oscar Wilde.

Dans une étude publiée en 2012, le syndicat national des employés de maison et l’Université de l’Illinois-Chicago démontraient que 23% de plus de 2000 nourrices, aides-soignant(e)s et femmes ou hommes de ménage gagnaient moins que le Smic, et que 67% de ceux qui habitaient avec leurs employeurs touchaient 4,50 euros de l’heure.

Benjamin Adler / @BenjaminAdlerLA

La rédaction

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