1 juin 2021

Temps de lecture : 4 min

Étude Capterra: pourquoi la télémédecine ne convainc toujours pas les Français

Loin de se complaire dans la téléconsultation, et même si certains d’entre eux s’y sont frottés le temps d’une certaine crise sanitaire, les Français semblent encore attachés à se rendre physiquement chez leur médecin. De quoi déboulonner l’idée grandement répandue que les consultations en ligne sont vouées à s’imposer dans un mode post confinement ? Réponse grâce à une étude réalisée par Capterra.

Fin 2020, nous vous présentions une campagne orchestrée par MesDocteurs, filiale du groupe mutualiste VYV, dont l’objectif était de convaincre les clients… pardon, les patients… – la référence était gratuite – du bien-fondé de la téléconsultation. La start-up crée en 2015 était déterminé à faire « rentrer cette pratique dans les parcours santé des Français, qui connaissent finalement assez mal ses bénéfices et ses usages hors confinement ». Six mois plus tard, l’objectif est loin d’être rempli. Un semi échec qu’il ne revient d’imputer à la seule filiale de VYV, cela va de soi. Une nouvelle étude réalisée par Capterra, une plateforme de comparaison de logiciels professionnels, sert justement de bilan officieux à cette mission. La télémédecine s’est-elle développée en France depuis un an ? Les Français s’y sont-ils véritablement rompus ? Et surtout, auront-ils davantage le réflexe d’y recourir une fois la pandémie terminée ? L’heure est au diagnostic. Pour l’établir, le fournisseur basé à Courbevoie a interrogé 1017 Français issus de tous milieux sociaux. Afin d’élaborer un réel panorama des pratiques de santé à travers le monde, cette enquête a aussi été réalisée au Royaume-Uni, en Italie, en Espagne, en Allemagne, aux Pays-Bas et en Australie.

Parmi les Français interrogés, 9 % des répondants déclarent se rendre habituellement chez le médecin tous les mois, 34 % au moins une fois tous les trois mois, 29 % au moins une fois tous les six mois et 28 % au moins une fois par an. Si l’on compare cette donnée avec d’autres pays européens, le résultat est similaire en Allemagne mais moindre au Royaume-Uni – 22 % –, une différence qui s’explique par des disparités entre les différents systèmes de santé. Depuis le début de la pandémie, la fréquence des visites médicales a changé : 20 % de Français disent se rendre moins régulièrement chez leur médecin. Sur les 1017 personnes ayant répondu à notre étude, presque 72 % disent ne jamais avoir utilisé la télémédecine pour une consultation contre 45 % au Royaume-Uni ou encore 47 % en Australie. Quant aux autres 28 % ayant déjà eu recours à la télémédecine, les principales raisons sont les suivantes : la praticité des rendez-vous en ligne – 37 % –, le souhait d’éviter toute contagion pour soi ou pour les autres – 34 % –, la consultation en ligne était alors la seule option disponible – 34 % –, une consultation physique n’était pas nécessaire – 33 % –.

Reste à faire passer la pilule

Dès lors, pouvons-nous réellement affirmer que les Français ont adopté la télémédecine ? La réponse est : pas totalement. Les « disciples » d’Olivier Véran restent à convaincre et se montrent quelque peu dubitatifs, notamment sur la précision des diagnostics reçus par le biais d’une consultation en ligne. Selon cette étude, parmi celles et ceux qui ont déjà eu recours à la télémédecine, leur première consultation a eu lieu pendant la pandémie pour presque 90 % d’entre eux. Cependant, celle-ci n’était pour la majorité – 65 % – pas liée au COVID-19. Le contexte et la situation actuelle ont donc impulsé l’usage de cette technologie qui existait auparavant mais qui n’était pas autant mise en avant dans l’hexagone. La médecine générale est de loin la médecine en ligne la plus utilisée – pour 62 % des répondants – par rapport aux autres spécialités ; 78 % des répondants ayant eu recours à la téléconsultation se disent satisfaits puisqu’ils affirment que leur problème a été réglé et n’a pas nécessité de rendez-vous supplémentaire, en ligne ou présentiel.

Mais l’étude démontre toujours que ces consultations en ligne ne sont pas encore pleinement adoptées en France. Parmi les répondants qui ont déjà utilisé la télémédecine, seulement un Français sur dix utilise la télémédecine pour toutes ses consultations. 37 % l’utilisent pour moins de 25 % de leurs consultations – seulement en cas de besoin ou de manque d’alternatives – et moins d’un Français sur deux envisage à l’avenir de consulter plus régulièrement grâce à la téléconsultation et 50 % affirment que cela ne changera pas leurs habitudes. En ce qui concerne les patients qui n’ont jamais eu recours à la télémédecine, plus de la moitié – 53 % – ne semblent pas décidés à changer d’avis et préfèrent se rendre sur place, quel que soit le contexte. Les raisons qui les poussent à la méfiance sont d’abord, et simplement, une préférence d’un face à face avec leur médecin – 67% –, un sentiment que leur médecin ne pourra pas fournir un diagnostic correct en ligne – 38% –, ou encore une indisponibilité de la téléconsultation auprès de leurs médecins – 30% –. Globalement, 73 % du total de répondants estiment que les consultations en ligne sont moins efficaces qu’un diagnostic en face à face.

Un saut dans l’inconnu

Mais une fois toute cette situation sanitaire décantée ?  16 % des répondants affirment qu’ils n’utiliseront plus que la télémédecine, 72 % répondent qu’ils ne l’utiliseront que dans certains cas et 12 % rejettent tout bonnement cette idée. Les raisons pour lesquelles les Français ne souhaitent pas utiliser la télémédecine à l’avenir sont diverses mais l’impossibilité de mener un examen physique et le fait de se sentir plus à l’aise face à son médecin sont les deux arguments qui reviennent le plus – pour 63 % et 29 % des répondants respectivement –. La télémédecine, malgré son émergence durant cette crise sanitaire, n’est donc toujours pas pratique courante en France, et encore loin de le devenir. Jusqu’à la prochaine campagne du ministère nous encourageant à y avoir recours

Montagut Sacha

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