28 novembre 2016

Temps de lecture : 3 min

Entreprises, éducation et nouvelles générations : entre saines mutations et lourdes contradictions

Le progrès propose des choix de vie que les nouveaux entrants sur le marché du travail ont adoptés - et qui ne sont clairement plus compatibles avec le cadre régulier des organisations. Conscients de leur pouvoir d'influence, ils ne s'en laissent pas conter et contraignent les entreprises à vivre dans leur siècle. Entre les deux, l'éducation s'évertue à bâtir le pont.

Le progrès propose des choix de vie que les nouveaux entrants sur le marché du travail ont adoptés – et qui ne sont clairement plus compatibles avec le cadre régulier des organisations. Conscients de leur pouvoir d’influence, ils ne s’en laissent pas conter et contraignent les entreprises à vivre dans leur siècle. Entre les deux, l’éducation s’évertue à bâtir le pont.

Hier, quand il s’agissait de recruter un jeune diplômé, on s’interrogeait pour savoir « s’il était vraiment fait pour notre entreprise ». Avec les nouvelles générations, la question est de savoir si « l’entreprise est faite pour elle ». Rarement l’adéquation de nos talents à notre écosystème n’aura été si préoccupante, dans une économie où les entreprises ont plus de mal à recruter des éléments de valeur, concurrencées par l’international, l’entrepreneuriat, les entreprises d’un nouveau type… et l’éclatement du salariat.

Travailler, oui, mais pas seulement

Quand on étudie les 18/25 ans, leurs comportements sont bien différents de ceux de leurs parents, mais surtout plus complexes dans leur relation aux entreprises. Le respect de la vie privée dominait la conduite personnelle des « affaires », répondant à l’exigence des entreprises de voir ses collaborateurs se plier aux règles de confidentialité. On assiste aujourd’hui à l’explosion de la frontière public/privé. On étale, on exploite, on monnaye. L’intime et le public ne sont plus distincts. Que signifie pour ces jeunes une telle discipline quand tout est accessible 7/7 j et 24/24 h ?

La mobilité s’est imposée comme un mode de vie et de survie pour cette génération, elle veut vivre plusieurs vies. Cette fugacité va se confronter à la réalité des entreprises. Entre l’immédiateté, l’impatience et la non-linéarité d’une part, l’exigence de patience et de continuité d’autre part, l’inadéquation risque de provoquer bien des tensions.

Chaque jour est un nouveau jour, ce qui compte c’est de pouvoir s’exprimer, concevoir, fabriquer, avoir le sentiment qu’on est maître de son destin : « ne pas attendre et faire ce que j’ai envie, comme je veux et quand je veux ». Une journée de travail dans une entreprise peut convenir, mais ne pas suffire à satisfaire une génération qui cherche à multiplier les expériences.

Un cynisme affirmé ? C’est de l’auto-défense dans un monde si incertain, non pour rejeter les systèmes, mais s’en protéger ; une façon de prendre du recul pour « mieux connaître l’ennemi ». Cette génération se distingue par sa capacité à se débrouiller, à inventer ses solutions, ses trucs et astuces ; elle sait ne devoir compter que sur soi et son entourage. Les amis, la famille inspirent confiance, bien moins les entreprises.

D’où découle un rapport contradictoire à l’entreprise : c’est un univers « infernal », le chômage, les CDD qui débouchent sur des stages… Mais c’est aussi un imaginaire idéalisé à travers la valorisation de la start-up et les discours sur la liberté d’entreprendre, l’innovation. Ce n’est plus un idéal dans lequel on se projette, mais une expérience qui sera suivie de bien d’autres.

Vivre passionnément et réussir

Ce qui définit les comportements culturels de ces jeunes, c’est le survol plutôt que l’approfondissement, l’éphémère plutôt que la durée. Ce sont les reflets de la culture zapping : diversité, renouvellement, expériences qui cassent avec le quotidien. Difficile alors d’harmoniser les plans à long terme  – dont sont friands les marques – et la génération du buzz, de la réactivité et de « l’instant marketing »…

Consciente de sa domination, de ses capacités à s’adapter à chaque innovation, cette génération née au cœur d’une société du marketing à 360° comprend bien l’importance de la relation client (« le client, c’est moi »), de l’expérience consommateur, de la réputation… Dans la relation avec les employeurs, la relation du « donnant-donnant » devient donc une pratique comprise et pratiquée sans peur(s) ni reproche(s).

C’est une génération qui dispose, par la révolution numérique, des avantages qui favorisent un dialogue transparent et direct. Elle a peut-être perdu de la naïveté, mais pas l’envie de vivre passionnément, ni celle de réussir. Mais pas n’importe comment ni n’importe où, encore moins avec n’importe qui. Et pour les entreprises, c’est la génération la plus difficile à appréhender, à comprendre et à persuader.

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Drillech Marc

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