27 janvier 2010

Temps de lecture : 2 min

Enfermés dehors

A l'heure où des journalistes tentent une expérience inédite : s'informer uniquement via Facebook et Twitter, nous pouvons nous poser la question de la place qu'occupent ces réseaux dans notre société. Ils représentent en effet une redéfinition du rapport à l'info mais ils incarnent au-delà une perspective éclairante sur le rapport que nous avons avec notre intériorité. Par Thomas Jamet...

A l’heure où des journalistes tentent une expérience inédite : s’informer uniquement via Facebook et Twitter, nous pouvons nous poser la question de la place qu’occupent ces réseaux dans notre société. Ils représentent en effet une redéfinition du rapport à l’info mais ils incarnent au-delà une perspective éclairante sur le rapport que nous avons avec notre intériorité.

Cinq journalistes de radios francophones viennent d’avoir l’idée géniale et saugrenue de s’enfermer prochainement dans une ferme du Périgord avec Facebook et Twitter comme seule nourriture informationnelle. L’objectif est d’investiguer la possibilité d’avoir accès à une information correcte avec ces seuls réseaux comme source d’information. Ils arriveront sans doute à déterminer quelque chose de passionnant et il est assez impressionnant de voir à quel point ces sites ont révolutionné et accéléré notre façon de consommer l’actualité (on peut penser à la mort de Michael Jackson comme un nouveau modèle de rapidité de diffusion de l’info et de l’émotion).
Mais quels que soient les résultats de cette expérience, cette tendance de fond nous éclaire sur une autre réalité : l’information n’appartient plus seulement aux seuls éditeurs légitimes d’information, elle existe surtout à présent par la somme d’informations relayées sur ces réseaux sociaux par des individus partageant leurs pensées ou leurs actions avec leur réseau. Ce qui était dans la sphère privée arrive dans la sphère publique et devient de l’information. Cette « pensée de la place publique » qu’avait prophétisée Mc Luhan change la réalité : le dedans est devenu tellement visible, qu’il est devenu le dehors, commun à tous…
Les réseaux sociaux démontrent une fois de plus que nous nous avançons petit à petit et au quotidien dans une extraversion généralisée. C’est en cela que -pour paraphraser Jacques Lacan- nous pouvons parler d’ «extime» (d’extériorisation durable et structurelle de notre intimité), alors que celle-ci est érigée en un certain nombre de règles de vie, que connaissent bien les «digital natives».Peut-être est-il temps de dire adieu à l’ «homme intérieur» dont parlait Platon, notion qui caractérisait pour le philosophe la part de divin et de recueillement en chaque être humain, et sa capacité à se retrouver à l’intérieur de soi.

En choisissant de se tourner vers l’extérieur, l’Homme change.Le digital, en nous proposant de nous libérer de l’intériorité et en nous permettant de nous «e»- térioriser, nous libère peut-être de cette part de divin, comme Facebook et Twitter nous libèrent dans une autre mesure des media traditionnels.Le mythe de l’intériorité a vécu. Nous sommes tous enfermés dehors!

  Thomas Jamet est directeur général adjoint de Reload, structure de planning stratégique, d’études et d’expertise de Vivaki (Publicis). thomas.jamet@reload-vivaki.com

La rédaction

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