17 décembre 2013

Temps de lecture : 3 min

AT&T : échange datas contre promotions

AT&T aurait-il trouvé la recette miracle pour faire passer la pilule des datas aux citoyens ? L'opérateur américain expérimente un levier prometteur de récolte de données. Encore faut-il bien l'expliquer...

Parce qu’elles servent notre quotidien ultra connecté, les marques peuvent-elles jouer les Big Brother sans jamais franchir le Rubicon de la vie privée ? Les révélations sur des programmes de récupération de données apportent des éléments de réflexion et de craintes auprès de chaque citoyen. Dans la course effrénée aux données que se livrent les marques, les géants de l’Internet et les cadors des nouvelles technologies, le consommateur accepte sans broncher ou savoir les règles d’un jeu qu’il pense encore contrôler.  L’offre proposée par AT&T pourrait non pas rebattre les cartes mais permettre à la data d’être perçue différemment.

Lancé dans la ville d’Austin au Texas, le donnant-donnant d’AT&T propose un discount à chaque souscripteur Internet qui acceptera de lui laisser vendre son historique de navigation aux annonceurs. Concrètement, chaque client intéressé par le gigabit du package GigaPower U-Verse, peut économiser 29 dollars sur un forfait mensuel de 99 dollars. Il lui suffit pour cela de souscrire à l’option « Internet Preferences » qui donne l’autorisation à AT&T de monnayer les données contenues dans son historique de navigation.

Dans sa présentation officielle, le numéro un de la téléphonie mobile aux Etats-Unis explique que « si vous cherchez des billets de concerts, vous êtes susceptible de recevoir des offres et des pubs pour des restaurants aux alentours de la salle ». Il souligne également que « si vous effectuez une recherche pour des hôtels à Miami, vous recevrez éventuellement des offres promotionnelles pour des voitures de location sur place ». Idem pour les produits ménagers si vous vous êtes lancé dans une recherche sur le Web.

Les données personnelles exclues du lot ?

Désireux de jouer la carte de la transparence avec le consommateur, AT&T omet (a priori sciemment) de mentionner l’utilisation faite des navigations moins avouables, comme par exemple les sites pornographiques. Les surfs très privés sont-ils compris dans les données vendables ? Impossible de le savoir. Le fournisseur s’engage en revanche à ne jamais revendre les données personnelles de ses clients, comme expliqué dans Forbes par son porte-parole Fletcher Cook. Pour l’instant l’idée parait intéressante mais le manque d’explication sur l’utilisation des données pourrait au final rendre cette offre contre-productive pour le consommateur et AT&T.

Anticipant les craintes logiques des défenseurs de la protection de la vie privée sur le Web, AT&T s’est également fendu d’un communiqué officiel, plus formel que les assertions de ses représentants dans la presse : « Nous utilisons plusieurs méthodes pour collecter les information sur la navigation et nous continuons d’en examiner certaines avant de les rendre opérationnelle. Mais quelle que soit la méthode, nous ne collecterons jamais les informations de sites sécurisés ou codés comme ceux des banques ou d’e-commerce, ni toutes les informations personnelles». On a envie de dire : encore heureux !

Le rêve des annonceurs de la pertinence ultime

Le timing choisi par AT&T pour lancer son offre ne doit rien au hasard. Il coïncide avec la poussée de Google Fiber Inc pour lancer son propre service de gigabit dans la région d’Austin. Surtout, « Internet Preferences » débarque dans un contexte propice à la surveillance du consommateur sur ses supports mobiles. Le 6 novembre dernier, Digiday évoquait un programme confidentiel de Google pour espionner les déplacements physiques des consommateurs. En utilisant les données de location du smartphone, Google espère pouvoir dire aux annonceurs dans quel magasin se situe la cible, où il se rend après, dans quel restaurant il mange… Un vrai flicage technologique ! Pour la multinationale de la Silicon Valley, cette nouvelle technologie est censée prouver aux annonceurs l’efficacité de ses pubs sur mobiles, guerre contre Facebook et Twitter oblige. Rassurez-vous, pour éviter cet espionnage possible sur iOS comme Android, il vous suffit de désactiver la fonction « services de location ».

Stimulé par le fantasme d’annonceur de pouvoir marier les activités offline et online du consommateur, la combat féroce pour la collecte de données est justifié et justifiable par les études. Une toute récente enquête publiée début novembre par Google/Nielsen démontre que les consommateurs étasuniens passent plus de 15 heures par semaine à rechercher des informations produites sur le Web et plus de la moitié valide l’achat dans l’heure qui suit les recherches.

Espérons toutefois que cette nouvelle tendance ne poussera pas les entreprises, telles des prospecteurs d’or en train de filtrer l’information des internautes, à ne pas utiliser tous les moyens pour obtenir ces précieuses données…

Benjamin Adler / @BenjaminAdlerLA

La rédaction

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