16 juin 2010

Temps de lecture : 2 min

e-mortalité

Le mythe de l’immortalité a toujours hanté les rêves des hommes. A l’heure où les personnages de fiction comme les vampires évoluent de manière bien différente de leurs prédécesseurs, certaines initiatives digitales tendent à proposer de prolonger ou d’anticiper une vie éternelle. Par Thomas Jamet...

Le mythe de l’immortalité a toujours hanté les rêves des hommes. A l’heure où les personnages de fiction comme les vampires évoluent de manière bien différente de leurs prédécesseurs, certaines initiatives digitales tendent à proposer de prolonger ou d’anticiper une vie éternelle.

Les suceurs de sang ne sont plus ce qu’ils étaient… Le phénomène « Bit-Lit » décrit une tendance littéraire qui fait fureur chez les adolescents, proposant des histoires fantastiques bien loin des traditionnels romans gothiques au style souvent ampoulé et codifié. Les vampires d’aujourd’hui ont dépassé le stade des chauves-souris, des crucifix et des gousses d’ail. Ils sont devenus sexy, séduisent les filles en se baladant parfois en plein soleil comme dans Twilight. Et ils ont surtout appris à profiter de la vie et de ses excès, comme le prouvent les personnages de True Blood ou des romans de Lauren K. Hamilton. Cette tendance est en train de redéfinir fondamentalement l’image du non-mort dans la sous-culture occidentale.
Nous avions déjà évoqué ici le fait que les vampires avaient changé, en ce qu’ils apprennent aujourd’hui à se maîtriser, à vivre parmi nous, voire à entrer en réelle empathie avec les humains. Là où auparavant tout séparait les mortels des nosferatu, les vampires adolescents vivent comme tout le monde, portent les mêmes fringues et ont des problèmes d’ado et de vie amoureuse. N’y aurait-il réellement plus de différence entre un mort et un non-mort ou est-ce l’immortalité qui se banalise ?
De nombreux penseurs (de Spinoza à Bergson en passant par Deleuze) ont questionné le sujet de l’immortalité, mais en le redéfinissant et en le confrontant notamment à l’idée d’éternité. Pour Deleuze, le sentiment d’éternité naît d’une succession d’expérimentations, dans la vraie vie. C’est la partie intensive de l’existence qui crée ce sentiment d’éternité chez l’être humain, et l’envie de vivre pour toujours.

Un débat philosophique à part entière mais qui résonne étrangement avec www.futureme.org, un site existant depuis plusieurs années mais qui fait à nouveau parler de lui*. Cette pépite part d’une idée toute simple, celle de s’auto-envoyer un mail dans le futur, que la date soit proche, dans 10 ans ou au-delà. L’idée est de faire un vœu et de se donner rendez-vous dans le futur. Cette démarche quasi artistique a été proposée à l’expo ars electronica en Autriche il y a quelques années comme un exemple d’art digital. Elle nous montre tout le potentiel de projection du digital dans le futur en faisant écho au débat sur la conservation des données personnelles pour une longue période ou pour toujours, mais va également bien au-delà.

Cette initiative, tout comme la nouvelle littérature fantastique « bit-lit » créent de véritables sensations fortes, présentes dans le réel et dans la vraie vie. En cela elles concrétisent tous deux très certainement des «expériences intensives» pouvant faire naître ce fameux sentiment d’éternité cher à Deleuze… Le digital et la littérature: l’expérimentation de l’éternité ?

 Thomas Jamet – NEWCAST – Directeur Général / Vivaki (Publicis Groupe)
thomas.jamet@vivaki.com / www.twitter.com/tomnever

* 1139837 lettres avaient été écrites le 16 juin à 13h

La rédaction

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