4 novembre 2009

Temps de lecture : 3 min

Digital, la machine à fabriquer les mythes

Les mythes peuvent redevenir réels, à condition d'être régénérés. La re-création du mythe moderne de Star Wars obéit à ce processus de manière nouvelle grâce à la technologie digitale. Par Thomas Jamet...

Les mythes peuvent redevenir réels, à condition d’être régénérés.  La re-création du mythe moderne de Star Wars obéit à ce processus de manière nouvelle grâce à la technologie digitale.

Les mythes sont communément considérés comme un ensemble de grands récits auxquels plus personne ne croit vraiment. Mais il arrive parfois que ceux-ci redeviennent réels, à condition d’être régénérés.  La re-création du mythe moderne de Star Wars obéit à ce processus de manière nouvelle grâce à la technologie digitale.

« Star Wars Uncut »* est un projet un peu fou initié par un fan de Star Wars. Le principe est simple : recréer « à la maison » l’intégralité de « La Guerre des Etoiles – Episode 4», classique de George Lucas, sorti en 1977. Le film est découpé en séquences de 15 secondes et les internautes sont  invités à choisir le passage qu’ils souhaitent recréer. Le résultat est assez loufoque : bataille au sabre laser avec des pailles, poursuite en vaisseau spatial avec des instruments de cuisine, dialogues entre Luke Skywalker et Obi Wan Kenobi filmés dans le jardin de la maison… A la fin, chaque séquence sera mise bout à bout pour aboutir à une expérience à la fois identique et totalement différente.

Au-delà du fait que Star Wars est LE film de toute une génération, et l’un des éléments fondateurs de la culture geek, cette initiative est révélatrice de ce qu’est un mythe. La re-création participative de ce monument cinématographique est en effet truffée de références à d’autres mythes digitaux, qu’il s’agisse de clins d’œil à des jeux vidéo, à d’autres films ou sites internet, mélangés au contenu produit par les participants : un processus d’intégration culturelle finalement bien connu. Les mythes antérieurs ont ainsi toujours été re-traduits par la culture de l’époque (les fêtes chrétiennes, Halloween, etc. Nombreux sont les éléments culturels qui sont des re-créations de mythes antérieurs). Notre calendrier est un vrai mash-up de religiosité et de mythes transformés et régurgités.

Le rôle des media et de la technologie fut essentiel dans ce processus. La formalisation de la connaissance (notamment via l’écriture) permit d’imposer divers éléments culturels « retranscrits » par la culture dominante, avant que les mass media modernes ne diffusent et incarnent les mythes nationaux, toujours de manière descendante. L’ère digitale dans laquelle nous sommes entrés fait à nouveau « parler » les mythes, et elle est en cela finalement plus proche de la période antique (dominée par l’oralité) lors de laquelle se diffusaient les mythes via le bouche à oreille, mélangés, réappropriés, en véritable patchwork mythologique.

Comme le disait Roland Barthes « un mythe peut passer d’une existence fermée, muette, à un état ouvert à l’appropriation de la société ». Cet état prend aujourd’hui toute sa dimension avec le 2.0, qui permet non seulement à certains mythes d’être ressuscités, régénérés, mais également mélangés à d’autres puis appropriés par tous de manière participative pour accoucher d’une re-création. En un sens « la conjonction du chevalier et du rayon laser », comme le nota un jour Michel Maffesoli. C’est ce qui se passe avec Star Wars Uncut.

Ce phénomène nous fait comprendre également que le digital est plus qu’un agrégateur de mythes. La capacité de stockage du web et les centaines de milliers de mythes recréés chaque jour par les vidéastes amateurs font penser à la fameuse noosphere théorisée par le mystique Teilhard de Chardin, ce réservoir de rêves commun à toute l’humanité et que certains croient voir incarnée par Internet et ses échanges synaptiques…

Le web n’est donc pas un véhicule mythologique, il est une machine mythographique (au sens premier, le mythographe est celui qui construit et compile les mythes) qui coordonne une conjonction entre les mythes les plus oubliés et les éléments culturels les plus récents, et dont le carburant est le rêve de l’Homme.

 Thomas Jamet est directeur général adjoint de Reload, structure de planning stratégique, d’études et d’expertise de Vivaki (Publicis).
thomas.jamet@reload-vivaki.com

Star Wars Uncut

 

La rédaction

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