9 décembre 2013

Temps de lecture : 2 min

Cultures digitales : des hackers à l’amateur

À l’encontre des idées reçues, la culture digitale puise ses sources bien avant l’invention du web. Depuis près d’un demi-siècle, elle a été façonnée par des populations qui ont, chacune à la suite, développé des usages et des codes spécifiques. Découvrons-les à travers les différentes époques d’Internet.

Nous sommes dans les années 60 : c’est la naissance de la culture digitale. On assiste à une triple collision : la contre-culture LSD de Timothy Leary et Aldous Huxley, la cybernétique, science du contrôle de Norbert Wiener, et l’informatique de Von Neumann. Le résultat de ces frottements entre informatique, science du comportement et mysticisme aboutit à un syncrétisme culturel d’où émergent pêle-mêle conscience collective, Transhumanisme, Techno Gaianisme, ou encore Neurothélologie et Post Genderism – autant de concepts qui vont influencer les cultures digitales telles que nous les connaissons aujourd’hui.

Le digital de 1968 à nos jours…

Mais le numérique, c’est avant tout de l’information. Et l’information veut être libre, annonce Stewart Brand, qui le prouve en 1968 avec le « Whole Earth Catalog », un avatar de Wikipedia avec 35 ans d’avance. Cette idée d’un savoir collectif a été émise et ne quittera plus l’humanité.

C’est sur ces premières strates culturelles et idéologiques que vont se superposer le Cyberpunk et la culture hacker, dérivée des romans de Gibson et Sterlin, et basée sur la liberté de l’information, la coopération et la réputation auprès de ses pairs. Une contre-culture véhiculée par des magazines comme Mondo 2000 et d’où seront issus 30 ans plus tard le système Anonymous et des services comme Wikileaks, 4chan, reddit ou encore SilkRoad.

En 1993, l’invention du World Wide Web permet à de nouveaux utilisateurs de rejoindre cet esprit « d’autonomie, de liberté de parole, de gratuité, de consensus et de tolérance » ( Dominique Cardon dans « La Démocratie Internet  »).

Ces nouveaux utilisateurs – non informaticiens – vont amener avec eux de nouvelles expertises et l’état d’esprit du pro-am. Cet « expert par le bas » va en effet utiliser Internet pour diffuser ses compétences et points de vue issus de l’expérience, remettant ainsi en cause l’autorité universitaire, médiatique, politique ou même médicale. Internet, c’est aussi la culture de la contestation.

2002 : la bulle aura appris aux acteurs du web que capter ses utilisateurs c’est bien, mais que les retenir, c’est mieux. D’utilisateur, l’internaute devient alors valeur marchande qui démultiplie les contenus postés en ligne. C’est l’émergence du 2. 0, qui va permettre le retour des folksonomies et des utopies collaboratives avec  Wikipedia ou encore le Peer to Peer. Apparaissent les makers, gourous prêcheurs de la culture Do It Yourself, qui multiplient les forums et blogs prouvant que tout le monde peut le faire. Les 5 minutes de gloire de Warhol à la portée de n’importe qui. Cette époque voit aussi l’avènement du folklore digital : mèmes, demotivational posters, lolcats, rage faces,…

2006 : le développement des réseaux sociaux de masse et la valorisation de la culture populaire du « geek » provoque la guerre du copyright. L’industrie de distribution de bouts de plastique tente d’imposer une culture officielle, immédiatement détournée par les immenses fandoms où la libre circulation des idées est permanente. Le fan devient un personnage sur qui compter. Les marques vont devoir apprendre à l’appréhender, lui et sa culture bien éloignée de celle d’une campagne média.

Le futur probable des cultures digitales ? L’arrivée en masse des populations asiatiques sur la toile « sino-transforme » les services, les contenus des marques et des médias. Gageons qu’en quelques années, les mélanges de langages, d’idéogrammes et les bribes de cultures asiatiques et occidentales aboutiront à un melting pot culturel digital en constante évolution. Comme l’écrivait déjà en 2005 le visionnaire William Gibson dans Wired en 2005 : « The remix is the very nature of the digital ».

Retrouvez la typologie du Maker, Hacker, Pro-AM et Fan dans la revue digitale INfluencia sur la Culture en cliquant ici

Cyril Rimbaud / @Cyroultwit
Maud Serpin /  @maudule
Guillemette Houdard

Membres du cabinet d’intelligence digitale Curiouser.

Illustrations : Thomas Fournier

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La rédaction

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